Irlande : bataille truquée, bataille perdue, mais pas la fin de la guerre

par Sébastien Ticavet
lundi 5 octobre 2009

Le OUI au Traité de Lisbonne a donc fini par l’emporter en Irlande. D’après les premières estimations, 67% des électeurs ont choisi de soutenir le Traité, alors que 53% avaient dit NON lors du premier référendum en juin 2008. Les observateurs soulignent que les quartiers populaires ne se sont pas déplacés dans les bureaux de vote cette fois-ci, alors que les villes bourgeoises, majoritairement favorables au OUI, ont davantage voté qu’il y a un an.

Même si nous espérions toujours un sursaut, cette victoire du OUI était prévisible. Comme nous l’avions analysé, la campagne a largement favorisé le camp des partisans du Traité. Médias, grands patrons en affaire avec la commission de Bruxelles, gouvernement, opposition officielle, Etats étrangers, tout le système était rangé derrière le OUI. Le mensonge a envahi cette campagne. La crise a servi de prétexte pour présenter la cause, l’ultralibéralisme européiste, comme un remède. Le chantage aux subventions européennes a tourné à plein régime.

Le résultat est celui qu’on connaît désormais. Les anciens opposants au Traité, souvent issus des classes populaires et des classes moyennes en voie de paupérisation, se sont abstenus, logiquement découragés par ce vol de leur vote souverain. En parallèle, les clientèles du OUI, ainsi que ceux auprès de qui la campagne de peur a fonctionné, sont allés grossir les rangs des partisans de Lisbonne.

Ce 2 octobre 2009 un jour très triste pour l’Europe et la démocratie. Pour l’Europe, parce que le Traité de Lisbonne, qui n’est rien d’autre que la Constitution européenne rebaptisée, la précipitera plus vite encore sur la voie de la mondialisation débridée, du libre-échange généralisé, de la libéralisation des services publics (la Poste est la dernière victime des directives de Bruxelles), et de l’affaiblissement des Etats et des nations.
Triste jour aussi pour la démocratie, parce qu’il a été confirmé qu’on ne faisait plus grand cas sur ce continent du vote souverain des peuples. Quand un peuple dit NON à l’oligarchie européiste, il n’y a plus que deux issues possibles : soit on vote à la place du peuple, dans les cénacles discrets des parlements (comme ce fut le cas en France et aux Pays-Bas après le refus de la Constitution Giscard par référendum), soit on lui demande de revoter, dans le bon sens cette fois-ci, à coups de milliards et de propagande.

Où sont d’ailleurs passés nos professionnels autoproclamés des droits de l’homme ? Où était donc l’inégalable Bernard Henri-Lévy face à ce terrible déni de démocratie, ce coup de force contre les peuples ? Lui qui d’habitude est si prompt à publier des tribunes enflammées dans tout ce que la France compte de journaux officiels, là rien. Pas un mot. Peut-être parce qu’il était trop occupé à défendre son ami Polanski, injustement rattrapé par la justice pour une "erreur de jeunesse", selon les mots du philosophe mondain... Plus sûrement parce qu’il a l’indignation sélective. Les coups de force qui ne bousculent pas l’idéologie dominante, mais qui au contraire servent ses intérêts, ne sont pas de nature à heurter sa sensibilité, comme celle de ses confrères médiatiques. Bien au contraire.

Triste jour donc, bataille truquée, bataille perdue, mais pas la fin de la guerre. D’abord parce qu’on peut toujours espérer compter sur la détermination du président tchèque Vaclav Klaus à s’opposer à ce Traité. Ensuite, parce que cet épisode aura contribué à ouvrir encore davantage les yeux des peuples sur la réalité du projet européiste.
 
Le Vrai Débat

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