L’Europe, une chance pour la Pologne

par Paul ORIOL
lundi 1er août 2011

La Pologne, depuis de lustres, est coincée entre le monde germanique et la Russie. Elle en a beaucoup souffert et ne doit son existence à personne si ce n'est à sa volonté farouche d'exister.

Dépecée par le traité germano-soviétique en 1939, reconstituée mais déplacée à l'ouest en 1945, sous tutelle soviétique de 1945 à 1990, la Pologne a été à la tête de la révolte des pays de l'Est contre cette domination soviétique. Ce qu'a parfaitement reconnu l'Allemagne, par la place qu'elle lui a faite lors du 20ème anniversaire de la chute du mur (cf dominos).

Si la frontière Oder-Neisse, définie par la conférence de Postdam en 1945, a été reconnue par la RDA dès 1950, il a fallu attendre 1990 pour qu'elle le soit aussi par la RFA. C'était une condition à l'acceptation de l'unification allemande.

Depuis plus de 20 ans, pour la première fois dans son histoire, la Pologne connaît la démocratie, l'indépendance et la paix sans menace aux frontières ! Mais on sait ce que valent les engagements : promesses verbales et chiffons de papier. On n'est jamais trop prudent.

Aussitôt l'indépendance retrouvée, la Pologne a cherché des appuis extérieurs pour assurer ses frontières entre les deux « géants », Allemagne et Russie. Elle signe des accords avec la France (29/09/90) et avec l'Allemagne (14/11/90) et à l'initiative de Hans Dietrich Genscher, Allemagne, France, Pologne mettent sur pied le « triangle de Weimar » en 1991 pour engager une coopération à 3 qui a abouti à l'adhésion de la Pologne d'abord à l'Otan en 1999 et à l'Ue en 2004 ensuite.

Par cette adhésion à l'Otan, la Pologne recherche l'important parapluie militaire étasunien. Cette adhésion désirée, absolument indispensable à ses yeux, peut expliquer l'alignement sur les États-Unis au moment de la guerre en Irak, alignement qui lui a valu, alors, les paroles condescendantes et peu diplomatiques de Chirac en 2003.

Le ferment anticommuniste et la volonté d'éloigner les conflits entre la France et l'Allemagne sont à l'origine du projet européen à l'ouest. L'adhésion de la Pologne à l'Otan vise à s'assurer la puissante alliance militaire étasunienne face au voisin russe. L'intégration à l'UE garantit à la Pologne, la sécurité politique extérieure, la pérennité de ses frontières qui ne repose plus sur une contrat bilatéral avec telle ou telle puissance européenne mais sur un engagement collectif avec l'Ue et toutes ses composantes. Une nouvelle querelle de frontières entre membres de l'Ue est désormais difficilement concevable.

La normalisation des relations européennes de la Pologne par son intégration peut être une voie pour les États européens des Balkans ou de l'ancienne Yougoslavie.

Le monde change. La puissance des États-Unis n'est plus tout à fait la même, leur préoccupation essentielle n'est plus l'ogre soviétique en Europe mais la Chine et plus généralement l'Asie. Et l'Ue vient encore de démontrer avec l'intervention en Libye qu'elle est toujours tributaire des moyens militaires des États-Unis. D'où la volonté d'associer ces deux entités : Otan et Ue.

Désormais, la Pologne occupe sa place, toute sa place au sein de l'Ue. Elle a traversé, jusqu'ici presque sans encombre la crise économique. Au moment où certains doutent, elle continue à penser à adopter l'euro. Depuis le 1er juillet, elle préside l'UE et peut profiter de l'occasion pour favoriser une avancée de la politique de défense. Dès décembre 2010, avant même d'avoir entamé sa présidence, les ministres des Affaires étrangères et de la défense des trois pays du triangle de Weimar (Allemagne, France et Pologne) ont adressé un appel Catherine Ashton. Pour la Pologne, une politique européenne autonome ne doit pas être concurrente mais complémentaire de la politique atlantique.

Le moment est probablement favorable à une telle initiative :

Si le moment paraît favorable pour l'initiative polonaise, encore faudrait-il qu'existe une politique étrangère et de défense « européenne ». Ce n'est pas le cas. On l'a bien vu au moment de la guerre en Irak, on vient encore de le voir avec les différentes appréciations sur l'intervention en Libye. Au delà, le tropisme des États européens continentaux et méditerranéens n'est pas obligatoirement le même.

La création du poste de haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité n'a pas suffi à définir une politique européenne. Et Lady Ashton n'en est pas la seule responsable.

Il serait temps que ces questions soient enfin débattues. Sur la place publique.

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