L’insoutenable « je t’aime moi non plus » européen

par Yoann Gontier
mercredi 4 avril 2007

Dimanche 25 mars 2007, l’Europe fêtait son 50e anniversaire. Heureux hasard du calendrier, la date anniversaire de la signature du traité fondateur de Rome coïncidait avec la présidence allemande de l’Union, et c’est donc à Berlin, ville hautement symbolique, que la famille européenne réunifiée s’est retrouvée pour célébrer ses noces d’or. L’occasion de dresser le bilan de cinquante ans de construction européenne mais aussi et surtout de dégager des perspectives pour l’avenir.

En cinquante ans, l’Europe a permis des avancées considérables en matière économique et dans une moindre mesure en matière politique. Surtout, la construction européenne aura permis de stabiliser notre continent et de repousser définitivement le fléau de la guerre. A la faveur des révisions successives du traité fondateur dont on célébrait le 50e anniversaire, l’Europe a vu son champ d’intervention s’étendre considérablement et son ambition économique initiale se doubler d’un dessein politique, affirmé explicitement pour la première fois à Maastricht en 1992.

L’intégration économique est une réussite, mais paradoxalement le thème du déficit démocratique commence à s’imposer. L’Europe est confrontée à un problème de légitimité pour poursuivre son intégration. Le double rejet du traité établissant une Constitution pour l’Europe le 29 mai 2005 a marqué un tournant et témoigne de la nouvelle étape franchie.

Repositionner la France dans l’Europe est une obligation si nous voulons avoir droit au chapitre au plan mondial. L’Union, dotée d’institutions pérennes, doit se penser en tant qu’Europe puissance dans un monde multipolaire et ne pas se résumer à une simple zone de libre-échange.

Cette campagne, tout comme les élections législatives, ne pourra pas faire l’économie d’un débat sur l’Europe. Nous sommes en droit d’attendre des prises de position claires et identifiables. Mais la relance présuppose que les politiques revoient leur discours. Il semble que, du côté des états-majors des « grands » partis, chaque scrutin a sa logique propre. Alors qu’à l’occasion du référendum en mai 2005, les partisans du oui se faisaient les chantres de la construction européenne, à la veille de l’élection présidentielle il semble que l’hiver ait radouci les plus chauds europhiles. Si pour regagner les faveurs de l’opinion l’Union doit incontestablement gagner en efficacité, en transparence et en légitimité, les politiques doivent également changer de discours. Vanter les mérites de l’intégration communautaire pour l’accabler de tous les maux quelques mois plus tard n’est pas tenable. Le résultat tant analysé et commenté du 29 mai 2005 tient ici l’une de ses clés de lecture.

Pour réussir la relance de l’Union, quatre domaines méritent une attention particulière.

Après la réunification de l’Europe amorcée en mai 2004, l’Union européenne s’est encore élargie à la Roumanie et à la Bulgarie le 1er janvier 2007, faisant passer l’ensemble communautaire à 27 membres. La nécessité d’une réforme institutionnelle dans une Union élargie demeure. Doter l’Union d’outils institutionnels stables et capables de fonctionner à 27 est un gage d’efficacité.

La méthode conventionnelle a fait ses preuves tant en terme d’efficacité que de légitimité. Génération Ecologie plaide pour la réunion d’une nouvelle convention chargée de reprendre les points de blocage qui ont conduit au rejet de la Constitution établissant une Constitution pour l’Europe.

En outre, si elle veut se penser en tant qu’entité politique, l’Union doit se doter de frontières clairement établies. Il faut donc avoir le courage politique de faire émerger une grande problématique sur la question de l’élargissement et des frontières qui prendra, en premier lieu, la forme d’une pause dans l’élargissement. Au préalable, l’Europe doit résoudre la question de ses institutions et digérer sa dernière vague d’adhésion et tout nouvel élargissement devrait faire l’objet d’un référendum paneuropéen. Enfin dans le cadre d’un monde multipolaire, l’Union doit rechercher un partenariat avec la Turquie ainsi qu’avec l’ensemble du pourtour méditerranéen plutôt que de franchir le pas de l’adhésion qui aurait pour conséquence de vider de sens la construction européenne en la ramenant à la simple construction d’une vaste zone de libre-échange.

La question du déficit de légitimité de l’Union doit prendre place au cœur de l’exercice de repositionnement. L’Europe doit y répondre en orientant davantage sa politique en direction des citoyens. La promotion des droits fondamentaux, en prise directe avec les préoccupations quotidiennes, à travers une charte des droits fondamentaux dotée d’une force juridique contraignante apparaît comme un outil efficace pour répondre à ce défi de légitimation.

Enfin, reste l’aménagement du territoire. Aborder une telle question dans le cadre d’une relance de la construction européenne peut surprendre. Pourtant, c’est bien à partir de « solidarités de fait », pour reprendre la célèbre formule de Robert Schumann, que l’Europe s’est construite. L’émergence d’un sens commun européen est sûrement à rechercher également dans cette structuration de l’espace. En ce sens, les échanges et projets communs entre régions voisines doivent se multiplier et les regroupements interrégionaux, tels que l’Arc Atlantique, l’Arc Méditerranée, l’Arc Manche ou l’Arc alpin, être reconnus et encouragés. Ce découpage en macrorégions permet de valoriser les atouts des régions tout en atténuant leurs handicaps et offre une nouvelle lecture de l’espace européen qui dépasse les cadres nationaux pour donner une cohésion territoriale à l’Europe.


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