L’UE, nouveau boulet de la France dans la crise

par Laurent Herblay
mercredi 5 octobre 2022

Lors de la crise sanitaire, l’UE nous a considérablement ralenti dans l’approvisionnement des vaccins, ainsi que dans la mise en place de plans de relance bien limités. Malheureusement, dans cette nouvelle crise économique, allumée par les sanctions contre la Russie, qui ont déclenché une envolée du prix de l’énergie, on constate à nouveau que l’Union Européenne est un boulet pour la France.

 

Crée les problèmes et y répond mal

Pour qui prend un peu de recul sur la crise économique dans laquelle nous entrons, il y a de quoi avoir le vertige. Passons sur le fait que les restrictions sur l’achat d’hydrocarbures venant de Russie sont une sanction peu efficace, pour ne pas dire contre-productives  : même si la Russie y perd des volumes de vente, de manière limitée par le fait qu’elle peut vendre à d’autres, elle s’y retrouve très largement en valeur du fait de l’envolée des prix, comme le témoigne l’envolée de son excédent commercial. Au final, les pays d’UE se sont presque plus sanctionnés qu’ils n’ont sanctionné la Russie quand on examine les tendances économiques des trimestres à venir. Pire, cela nous rend dépendants de fournisseurs guère plus recommandables, de l’Arabie Saoudite (en guerre au Yémen) à l’Azerbaïdjan (en Arménie).

Mais outre des sanctions à l’efficacité discutable, le marché européen de l’énergie porte une très lourde part de responsabilité dans la crise actuelle, conjugué au relatif abandon de la filière nucléaire depuis plus de dix ans en France. En effet, en 2008, l’envolée du prix des hydrocarbures avait eu une conséquence minime sur le prix de l’électricité, dont l’origine était à 75% nucléaire et 10% hydraulique. C’était la grande force de notre pays. Si nous avions continué à investir dans notre parc nucléaire et avions refusé les délires bureaucratiques de l’UE, le prix de l’électricité aurait à peine progressé depuis deux ans, donnant à notre pays un avantage concurrentiel considérable par rapport à la plupart de nos partenaires européens. Las, aujourd’hui, le prix de l’électricité est fixé sur le prix de production de la source marginale, en général le gaz, tel que le marché la fixe, avec toutes les conséquences que nous découvrons.

En clair, les fournisseurs privés qui sont généreusement apprivisionnés à bas prix en électricité nucléaire peuvent la revendre avec une marge considérable. Ce n’est que sur l’électricité qu’ils vendent au-delà de ce quota qu’ils se retrouvent confrontés à l’explosion des prix du marché. Malheureusement, beaucoup avaient souscrits à des tarifs avantageux quand les prix du marché étaient bas et ils découvrent aujourd’hui le côté obscur de ces nouveaux contrats qui peuvent faire varier le prix de l’énergie de 1 à 5 ou 10. Mais si la France avait conservé son service public, refusé les délires de prétendue libéralisation bureaucratique du marché et continué à investir dans le nucléaire, nous traverserions cette crise tranquillement et l’Europe entière vanterait notre modèle. Malheureusement, aux délires de l’UE, nos dirigeants ont ajouté une gestion effarante d’EDF, digne d’un fonds vautour, limitant les investissements à long terme.

Plus globalement, tout le fonctionnement du marché européen de l’électricité semble construit contre EDF et la France. Il est tout de même incroyable d’avoir imposé à l’opérateur historique de vendre une part de sa production à ses « concurrents », qui n’ont même pas eu à se soucier de produire quoique ce soit. Pire, le nucléaire est toujours le parent pauvre des différentes règles européennes. Longtemps menacé de ne pas pouvoir faire partie des énergies qui pourraient bénéficier des fonds européens, le nucléaire n’a obtenu qu’un statut hybride d’énergie de transition. Il est effarant qu’il ne soit pas mieux traité que les hydrocarbures, qui polluent et dont nous manquons. Malheureusement, ce maltraitement se poursuit, avec le projet de super taxe sur les profits des énergéticiens, qui viserait notamment ceux qui vendent de l’électricité nucléaire au prix du marché, mais pas les fournisseurs de gaz. Enfin, l’UE vient également d’accorder le statut d’hydrogène vert à des productions issues d’hydrocarbures. Les lobbys allemands veillent…

Pour couronner le tout, la montée de l’inflation illustre à nouveau la malfaçon de l’euro. L’inflation varie de 6 à 20% dans la zone euro, mais il n’y a qu’une politique unique possible sur les taux, une cote mal taillée, qui va probablement être trop souple pour certains, et trop dure pour d’autres. Nous risquons à nouveau de souffrir d’une politique monétaire trop dure pour notre économie. Heureusement, pour une fois, cette moyenne produit un euro bon marché, qui va rendre notre pays plus attractif pour les touristes et nos productions plus compétitives, d’autant plus que nous avons une plus faible inflation, en partie conséquence du maintien d’un chômage de masse, améliore également notre compétitivité par rapport à nos compagnons monétaires d’infortune… En revanche, comme trop souvent, on peut parier que la zone euro et l’UE seront trop modérés pour soutenir l’économie, préférant une politique trop austéritaire.

Bref, si tout n’est pas totalement négatif pour la France, malheureusement, dans cette crise, encore une fois, on peut constater que l’UE est un boulet pour les pays qui la composent. Nous prenons certaines sanctions, dans le domaine énergétique, dont le principal effet semble être de nous affaiblir, plus que la Russie. Nous subissons un marché européen de l’énergie largement à notre défaveur, et qui produit une envolée des prix que nous pouvions éviter. Et enfn, l’euro impose une réponse unique forcément inadaptée à des pays si différents. Y a-t-il seulement un domaine où l’UE et l’euro apportent du bien ?


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