L’Union Européenne, victime collatérale de la crise

par Henry Moreigne
vendredi 26 mars 2010

Et de quatre. Après la crise financière systémique de 2008, la crise économique et de l’emploi de 2009, la crise s’étend aujourd’hui aux Etats et déborde par ricochet sur l’Union Européenne. Le sauvetage Grec, est devenu une pomme de discorde dans le couple Franco-allemand et au-delà entre l’Allemagne rigoriste et une bonne partie des Etats membres de l’UE. La solidarité, ciment de la construction européenne, est mise à mal par un tsunami que rien ne semble en capacité d’arrêter. La vertueuse Allemagne est à mots découverts accusée d’avoir construit sa prospérité sur la consommation et l’endettement des autres Etats membres.

Non sans raison, de nombreux observateurs se déclarent stupéfaits de voir progresser l’idée d’un recours au Fonds monétaire international (FMI) pour assurer le sauvetage Grec au sein de la zone euro, un peu comme si la Californie faisait appel à l’institution internationale plutôt qu’à l’Etat fédéral. A cet égard il convient de distinguer la solution technique la plus adaptée, celle d’un recours au FMI dont c’est finalement le métier, de la solution politique qui ne peut ignorer l’importance de la symbolique.

De fait, la solution FMI constituerait un aveu d’échec de la monnaie unique et un revers notable pour la construction européenne. Un quotidien reprenait dernièrement l’image parlante employée par Gilles Moec, économiste à la Deutsche Bank : “Faire entrer un acteur externe dans le système, c’est avouer qu’il manque une brique à l’édifice de la zone euro, comme le dénoncent depuis longtemps les Anglo-Saxons“.

La position allemande est conforme au cliché qui colle à la patrie de Goethe. De la rigueur, toujours de la rigueur, encore de la rigueur. Elle a au moins le mérite de la clarté : il ne saurait être question de transférer l’argent des contribuables du seul pays qui suit à peu prés les règles de la zone euro notamment en termes de déficits publics vers des pays qui les violent.

Le raisonnement est partiellement juste. La prospérité allemande au sein de ce qui constitue plus une confédération de républiques marchandes qu’une union politique a de fait été permise par le niveau de consommation de ses produits par ses voisins.

Présentée comme le talon d’Achille de l’UE, la Grèce assure surtout un rôle de victime expiatoire. L’Etat Hellénique a certes commis des erreurs, reconnues et assumées depuis avec un plan d’austérité conséquent, mais est aussi la victime du dysfonctionnement du système financier.

L’Allemagne désormais ne dit plus non à une aide à la Grèce mais, en dernier recours et sous la double réserve que le FMI participe au sauvetage et que la discipline budgétaire soit renforcée dans la zone euro.

Le quotidien Helvétique Le Temps se fait l’écho de plusieurs sources européennes selon lesquelles la France et l’Allemagne travailleraient, sans y être encore arrivées, à une position commune sur le mécanisme d’aide, le rôle du FMI et la gouvernance économique future de la zone euro.

Les autorités Grecques se déclarent optimistes et ont réaffirmé leur volonté de voir aboutir une solution européenne à l’occasion du sommet qui se tiendra jeudi et vendredi à Bruxelles en présence des dirigeants des 27 pays de l’UE dans l’objectif d’arrêter une stratégie économique pour les dix prochaines années. La crise actuelle met en exergue le fait que l’euro, seule monnaie au monde orpheline d’une nation est aujourd’hui victime d’une absence de respect des règles du jeu inscrites dans le pacte de stabilité et de croissance au sein de sa zone.

L’affaire s’est pourtant compliquée lundi à la suite des propos du président de la Banque centrale européenne (BCE). Jean-Claude Trichet s’est en effet déclaré défavorable à la demande Grecque de bénéficier de prêts à taux d’intérêts faibles pour faire face à son déficit.

Il semblerait toutefois que l’hypothèse la plus sérieusement étudiée à Bruxelles reste celle de prêts bilatéraux par des Etats volontaires à des taux inférieurs à ceux du marché qui sont extrêmenent pénalisants pour la Grèce. Ils seraient complétés par le FMI. Une solution à la normande donc susceptible de satisfaire toutes les parties.

La dette Grecque n’est pas anecdotique et pourrait constituer la mise en bouche, l’amuse-gueule des marchés. Elle pose la question de la garantie des dettes publiques dans leur ensemble. L’enjeu est de taille : toute faiblesse réelle ou supposée offre l’occasion aux spéculateurs d’entrer en scène. A cet égard la solidarité entre Etats est essentielle, c’est la seule qui puisse offrir un bouclier efficace contre un système financier qui ne connaît que les rapports de force.

La situation actuelle est également révélatrice de l’affrontement entre les tenants de l’orthodoxie financière et ceux qui au contraire s’inscrivent dans la pensée Keynesienne. Ces derniers rappellent que la croissance mondiale est tirée par les Etats endettés et qu’une vague généralisée d’austérité contribuera à tuer la demande et donc à renforcer la crise. Pour l’OFCE, “le plus sage, serait d’attendre que l’économie ait retrouvé sa croissance antérieure pour s’engager dans une politique de rééquilibrage des finances publiques.”

En filigrane, derrière la maladresse des propos de Christine Lagarde, de nombreux Etats européens formulent le souhait que l’Allemagne relance sa consommation intérieure et importe davantage, de façon à générer un effet de relance mécanique qui bénéficierait à l’ensemble du continent et réduirait d’autant les mesures d’austérité qu’à l’image de la Grèce les Etats endettés seront amenés à prendre tôt ou tard.

Entre rigueur absolue et laxisme volontaire une troisième voie pourtant se dessine. Un hybride entre la cigale et la fourmi : le concept de “discipline budgétaire équitable” défendu par Thomas Hoening, le patron de la Fed de Kansas City. Une approche qui combine réduction des déficits, baisse des taux d’intérêts réels, maîtrise de l’inflation, baisse du chômage et reprise de la croissance. Un plus petit dénominateur commun qui pourrait finalement correspondre à la recherche de solution européenne.

 Vidéo : Michel Rocard inquiet sur le devenir de l’euro (se rendre à 12′31)

 

 

 

 

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