La Crise... Et après ?

par Alexandre Genko-Starosselsky
jeudi 13 mai 2010

La crise de l’Europe se terminera forcément par le chaos ou la révolution... 

Comment ne pas être stupéfait par l’attitude de notre élite accusant la spéculation internationale d’être responsable de la déroute des marchés ? Non, si l’Europe plonge c’est qu’elle vit au-dessus de ses moyens, que sa croissance est insuffisante pour faire face à son endettement, qu’aucune perspective sérieuse n’est ouverte pour relancer l’investissement et le développement économique compétitif par rapport aux autres acteurs du commerce mondial.

Pour s’en sortir, il ne suffira pas de construire un gouvernement économique européen comme chacun semble le croire. Il faudra que ce gouvernement impose à toute l’Europe un plan de reconquête des marchés mondiaux. Or, une mobilisation des européens dans cette direction ne semble ni possible ni réaliste.

C’est que nous ne disposons pas du cadre idéologique pour lancer cette nouvelle politique. L’élite européenne continue de penser la politique économique avec les outils du passé : fiscalité, subvention, grand emprunt d’un côté et réformes économiques sans envergure de l’autre.

Soyons clair, rien de tout cela ne peut fonctionner au stade avancé de la crise où nous sommes rendus. Ces outils sont dépassés pour de multiples raisons : on le sait, les Etats n’ont plus de marge de manœuvre financière, la population s’accroche avec violence à des avantages sociaux issus de l’ère de la colonisation et du pétrole pas cher, l’Europe à part l’Allemagne ne dispose plus d’un seul savoir faire qui n’ait été copié par les autres, les meilleurs cerveaux européens fuient inexorablement vers d’autres cieux et surtout, personne en Europe n’a le sentiment de participer un projet de société : les européens vivent au jour le jour en espérant en vain que demain sera meilleur qu’aujourd’hui.

Que faire pour remettre les Etats européens en route vers la prospérité et la stabilité ? Il me semble que nous devons provoquer un débat sans précédent autour d’un nouveau projet de société européen : les principaux sujets de ce débat sont explicites : le travail doit-il avoir pour seule finalité l’obtention d’un salaire et le financement de l’Etat, ou bien doit-il contribuer aussi à la construction d’une société plus juste et toujours humaine ? Car dans une société déjà avancée comme la nôtre, le progrès technologique et la concurrence internationale conduisent au résultat opposé (moins de justice et moins de travail humain). Il faut donc poser les bases qui permettront demain le maintien du travail humain alors que potentiellement 80% des fonctions productives et de service pourront être automatisées.

Il faut inventer une nouvelle société et c’est ce projet qui pourrait galvaniser la population européenne. La création d’une économie verte n’enthousiasme pas, mais le développement systématique d’écovilles pourrait avoir un sens bien différent. Penser un travail moins spécialisé, plus polyvalent, et plus convivial est également une orientation. Comment maintenir l’activité humaine face à l’informatique ? Tous les européens doivent-ils nécessairement faire partie de la société marchande ou bien pourrait-on accepter la coexistence de différents systèmes ? Comment régler le boom démographique, la pauvreté du tiers monde, la montée de l’insécurité et des risques écologiques ; le projet de société Européen ne pourrait-il pas s’efforcer de répondre à ces questions ?

L’Europe est une terre de prospérité révolue. Elle découvre ses fragilités et sa dépendance au reste du monde. Elle court à la faillite. La plus sombre issue c’est le populisme et la ruine. La seule solution c’est l’innovation et l’audace. C’est la révolution dans le bon sens du terme. Il est temps de réunir une constituante européenne qui ne fasse pas de la petite politique. Il est temps de dessiner un vrai projet de société européen.

Documents joints à cet article


Lire l'article complet, et les commentaires