La tentation du protectionnisme et de l’économie administrée

par Aurelien
samedi 8 novembre 2008

Dopé par la crise, Nicolas Sarkozy tente de s’imposer au monde en profitant de la faiblesse d’Angela Merkel, en pleine cohabitation, de Gordon Brown, contesté au sein de son propre parti, et de l’exécutif américain en cours de transition. Ayant obtenu la tenue d’un sommet du G20 à Washington le 15 novembre prochain, il a semé le trouble chez nos partenaires européens en revendiquant la présidence de l’Eurogroupe jusqu’en 2010.

Si son énergie et son sens politique incontestables ont transformé les premiers couacs européens en coordination efficace, nous voyons poindre chez lui une tentation populiste inquiétante. Ce qui fut un atout dans l’urgence pourrait bien devenir un handicap dans les prochains mois.

Au cours des dernières semaines, les manœuvres énergiques des gouvernements ont abouti à un plan efficace d’aide aux banques. Nicolas Sarkozy n’y est pas pour rien. Couplé avec la mobilisation des banques centrales, la première phase de la crise est maintenant derrière nous. Restructuré et remis à flot par un apport abondant de liquidités et de fonds propres, le système bancaire international fonctionne à nouveau. Mais pour ne pas voir l’inflation et l’endettement public déraper, nous devrons rapidement assister au retour à la rigueur monétaire et à la cession de ces participations par l’Etat.

Nicolas Sarkozy aborde maintenant la deuxième phase de la crise, la récession économique. Chaque jour apporte son lot de mesures désordonnées qui brouillent la lecture d’ensemble. Heureusement, le gouvernement ne semble pas s’orienter vers un « plan de relance ». Il est bien inspiré, car il n’aurait pour principal effet que de gonfler un endettement public déjà excessif. En revanche, il prend le risque de transformer la récession en dépression par le renforcement de notre protectionnisme. Or, notre économie va avoir besoin de toute la dynamique de la mondialisation pour redémarrer.

En affirmant vouloir protéger les entreprises françaises contre les « prédateurs » étrangers, il envoie un signal négatif au monde. Alors que nos entreprises souffrent et cherchent de l’argent, les investisseurs étrangers et leurs capitaux vont éviter la France. Est-ce là un moyen de renforcer l’autorité de l’Etat sur les banques et sur les entreprises ? La montée en puissance de l’agence publique Oseo et l’annonce du lancement d’un fond d’investissement stratégique vont dans le sens d’une étatisation de l’économie nationale. Ce repli dirigiste nous éloigne de la reprise et menace nos finances publiques.

Les 320 milliards d’euros de prêts garantis aux banques par l’Etat via la Société Française de Refinancement de l’Economie sont essentiels à court terme. S’ils ne pèsent pas sur l’endettement public, ils constituent bien un engagement (hors bilan) de l’Etat français. Est-il raisonnable de vouloir aussi lancer un Fond d’Investissement Stratégique avec de l’argent et des compétences que l’Etat n’a pas ? Cela ne revient-il pas à pratiquer le fameux effet de levier tant dénoncé par Sarkozy lui-même ? L’Etat est en train de se transformer au mieux en fond de pension bricolé, au pire en économie socialiste. Inutile de préciser les risques que cela fait courir aux Français.

Devons-nous aussi nous « protéger » en faisant de l’étranger une menace ? L’Allemagne a été prompte à dénoncer cette attitude qui revient sur le fondement de la construction européenne, sur ce qui nous a assuré une magnifique prospérité à tous depuis la création du marché unique. Alors que nos entreprises mènent une politique d’acquisition dynamique hors de nos frontières, nous devons aussi laisser des acteurs étrangers investir dans nos entreprises, nous apporter capitaux et savoir-faire. Il en va de notre vitalité économique.

Enfin, Nicolas Sarkozy a annoncé vouloir accélérer les réformes. Nous ne pouvons que le soutenir dans ce sens. Les grandes crises sont des idéales pour faire passer des réformes structurelles difficiles. Il est temps de pratiquer une politique offensive en faveur des entreprises, en allégeant considérablement la réglementation du travail, en baissant drastiquement les charges qui pèsent sur leur développement et en simplifiant la vie des sociétés et des travailleurs indépendants. La suppression de la Taxe Professionnelle sur les nouveaux investissements va dans ce sens. Il faut continuer. Pour rendre du pouvoir d’achat aux Français, le levier le plus important consiste à diminuer les impôts qui représentent 44 % du PIB (contre une moyenne de 36 % dans l’OCDE). Cette relance fiscale exige une baisse de la dépense publique, c’est-à-dire une vraie réforme de l’Etat.

Lorsque le président du groupe socialiste au parlement européen a déclaré que Nicolas Sarkozy parlait « comme un socialiste européen », ce dernier a acquiescé. Hugo Chavez a enfoncé le clou quelques jours après. Pour que ces propos restent de l’ordre de la boutade, Sarkozy devrait se recentrer ses propositions sur la libération des énergies et des talents dans notre pays. Ce n’est pas l’Etat qui créera des emplois utiles et de la richesse. Ce sont les entreprises, françaises ou étrangères, et leurs investissements.
 


Lire l'article complet, et les commentaires