La vérité sur la politique en France

par Darwa
lundi 16 juin 2008

Agoravox existe depuis quelques temps et a pris de l’ampleur au fur et à mesure de l’actualité et notamment l’actualité politique. De nombreux articles se consacrent à parler de Nicolas Sarkozy ou de Ségolène Royal ou encore de François Bayrou pourtant leur pouvoir politique est quasi nul d’où une certaine fatigue de voir les rédacteurs d’Agoravox se focaliser sur eux alors que les vraies questions sans réponses sont ailleurs. En effet alors que l’Irlande vient de dire non au Traité de Lisbonne, on peut se demander qui connaît vraiment les pouvoirs dont dispose l’Union européenne ? Qui connaît ceux qui font réellement la politique en France ? Qui connaît nos commissaires européens ?

Les élections présidentielles que vous le vouliez ou non ne sont que des pièces de théâtre qui finissent par un résultat joué d’avance : 51 %, 49 %. Ségo ou Sarko ? Peu importe car je sais que les vrais enjeux et les vrais pouvoirs sont ailleurs. Je souhaite vous ouvrir les yeux sur cette réalité. Que se passe-t-il vraiment en Europe car de gauche ou de droite le gouvernement ne fait qu’appliquer ce qui est fixé a Bruxelles, il ne fait qu’appliquer les mesures imposées par la commission européenne puisque c’est la seule qui font la politique. Alors quand je lis un article qui se soucie encore de Ségolène Royal...

Tout se décide en Europe. La TVA à 5,5 % dans la restauration ? C’est l’Europe qui décide sur ce sujet et c’est d’ailleurs ce pour quoi Jacques Chirac n’a pas réussi à la mettre en œuvre. En effet, pour modifier le taux de TVA à 5,5 % sur la restauration, en France, il faut un vote à l’unanimité des 27 pays européens. La TVA est une des sources de financement[1] de l’UE. Chaque membre lui en reverse une part. Les Etats membres peuvent fixer leurs propres taux de TVA dans les limites des paramètres fixés au niveau communautaire, et disposent aussi d’une certaine marge de manœuvre pour décider de la taxation ou non de certains biens et services. Cette marge de manœuvre a été figée dans le marbre avec l’article 269 du traité CE qui « arrête les dispositions relatives au système des ressources propres de la Communauté dont il recommande l’adoption par les États membres, conformément à leurs règles constitutionnelles respectives ».

De ce fait, il y a alors une séparation entre taux plein, taux réduit et taux super réduit (2,1 % pour les médicaments, en France, par exemple). Preuve en est que c’est l’Europe qui décide des taux de TVA. En 1999, le Conseil a lui-même adopté la directive 1999/85/CE concernant la TVA réduite sur les services à forte intensité de main-d’œuvre. Celle-ci a autorisé l’application à titre expérimental d’un taux de TVA réduit sur certains services spécifiques à forte intensité de main-d’œuvre pendant une période limitée à trois ans afin de tester les effets de cet allégement en termes de création d’emplois et de lutte contre l’économie souterraine. Cette volonté de la part de l’UE a donc permis au gouvernement français de l’époque de baisser le taux de TVA dans les métiers du bâtiment. A l’époque, cette prouesse passait souvent pour une réforme française alors qu’il s’agissait en fait d’une simple expérience européenne et que la France a dû en faire la demande sous réserve d’acceptation à Bruxelles.

L’augmentation de l’âge de la retraite ? C’est une consigne de la commission qui se soucie du vieillissement de la population en contradiction avec les politiques migratoires. Dans ce rapport de la Commission européenne, il est explicitement écrit à la page 51 l’ensemble des recommandations politiques de la Commission européenne en matière de politique sociale et notamment l’augmentation de l’âge de la retraite, du travail salarié des femmes, de l’insertion des jeunes, etc. , ce qui nécessite selon la Commission un « grand changement de mentalité. » L’ensemble de ces recommandations deviennent obligation dans la mesure où elles sont inscrites dans l’agenda de Lisbonne qui est censé être respecté par les pays membres et ont déjà fait l’objet de nombreuses directives.

La privatisation du secteur public ? Une volonté de la Commission à la concurrence dirigée par Neellie Kroes. Lorsque Mme Kroes est nommée commissaire européen à la concurrence, elle a la réputation d’une Margaret Thatcher hollandaise, et est connue au royaume orange pour avoir privatisé la poste et les télécommunications. Elle a notamment siégé auprès de 43 conseils d’administration de grandes entreprises hollandaises ou européennes comme le précise sa biographie officielle sur le site de l’Union européenne. Avec un avis à donner chez Volvo, MM02, Thalès ou Meyer.

Une situation douteuse qui provoque la colère des parlementaires européens lorsqu’elle conquiert ce poste en 2004. Elle promet de ne pas se charger des dossiers « à risque ». Mais les critiques penchent finalement contre ses mesures, comme la privatisation du secteur de l’énergie, la fusion GDF-Suez ou la fin des aides financières aux régions jugées riches. Neelie Kroes déplaît beaucoup au sein d’une Europe en panne. Mais elle a le poste, la puissance et l’autorité de la 53e femme la plus puissante du monde selon le magazine Forbes en 2008.

Le contrat de travail unique ? Je vous invite à lire ce document édité par la Commission européenne sur l’avenir du marché du travail. Page 17 notamment, on y explique que « Différents contrats ont proliféré en l’absence d’une adaptation plus globale du droit du travail et des conventions collectives ». Pour y remédier, l’UE dans la suite du paragraphe cité souhaite mettre fin à tous les types de contrats existant et instaurer un contrat simple et flexible. Sarkozy n’a donc rien inventé en revanche l’Europe oui.

La fin du tabac dans les lieux publics ? Là aussi ne croyez pas que la France est aux avant-postes et se soucie plus que les autres de la santé de ses concitoyens, encore une fois elle ne fait qu’appliquer la volonté de la Commission qui a notamment écrit ce document simplement intitulé : « Vers une Europe sans fumée de tabac : les options stratégiques au niveau de l’Union européenne. »

On pourrait continuer la liste des heures et sur tous les sujets économiques, politiques, stratégiques, militaires et de la vie quotidienne. A chaque fois, la Commission a un avis sur la question, des recommandations. Alors il est légitime, d’une part, d’arrêter de parler de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal et, d’autre part, de poser la question fatidique : qui sont ces commissaires qui influencent et orientent les politiques en Europe ?

Force est de constater que le rôle de la Commission européenne me laisse perplexe car il occulte la majorité des forces de propositions et donc de pouvoir. Afin de vous convaincre définitivement voici quelques arguments que je vous laisserais libre de juger quant à leur influence sur la construction européenne et la façon dont le pouvoir s’exerce en Europe.

Cette réflexion a été accentuée par la publication d’un article de Jean Quatremer dans le journal Libération.

Pendant la préparation de l’actuelle guerre en Irak par les Etats-Unis (sans l’aval de l’ONU), les téléphones des délégations nationales au Conseil des ministres européens se sont mis à sonner sans raison. Les services techniques ont inspecté le central téléphonique et ont trouvé des « dispositifs électroniques » d’écoutes : « Ces dispositifs ont été coulés dans le béton et ont donc été installés lors de la construction du bâtiment, quelque part entre 1989 et 1995, par des gens qui connaissaient particulièrement bien les lieux » avait déclaré un responsable de la sécurité des bâtiments de l’Union européenne selon le journal Libération. Cette affaire n’a pas fait grand bruit à l’époque et je ne me souviens pas avoir vu les journaux télévisés en avoir fait état et pourtant cette affaire est à mon avis le symptôme d’un problème grave : l’Union européenne n’est que du vent et un vent visiblement contrôlé par tout sauf les citoyens européens. Pour m’expliquer voici quelques arguments. Jusqu’à aujourd’hui cette affaire n’a connu aucune suite et pourtant un juge d’instruction belge travaille toujours sur le sujet.

A l’époque, quelques déclarations de diplomates peu prolixes avaient filtré, mais sans apporter d’éléments nouveaux. Ce qu’il faut surtout remarquer c’est que d’emblée l’hypothèse américaine a été écartée : un diplomate déclarait (source : Libération) "l’hypothèse américaine est sans doute la moins probable" alors que les faits suggèrent l’inverse. En effet, les diplomates interrogés ne s’attardent pas sur le fait que les écoutes ont été découvertes dans les locaux des délégations nationales, l’unique lieu où les Etats peuvent discuter, recevoir des instructions en prenant en compte leurs intérêts nationaux, éventuellement pour les faire prévaloir sur la construction européenne, ce qui ne serait évidemment pas public, mais du plus grand intérêt pour les Américains. Pourtant, dès le début, la piste américaine est écartée. « On ne voit vraiment pas pourquoi les Etats-Unis auraient mis sur écoute le Royaume-Uni, qui « leur raconte absolument tout ce qui se passe à Bruxelles », osait déclarer encore un bureaucrate de Bruxelles... La piste israélienne a aussi été évoquée. Voici enfin une autre des déclarations faites à l’époque « Lorsqu’on parlait de la situation au Proche-Orient et qu’on sortait de la salle pour informer l’ambassadeur d’Israël, il savait déjà tout ce qu’on avait dit et avait déjà une réaction de son gouvernement, se souvient un diplomate européen. Ça m’a toujours un peu surpris... »

Libération continue et précise qu’une affaire d’espionnage en 2001 révélait qu’un fonctionnaire de la Commission, le Britannique Desmond Perkins, chef du bureau chargé du cryptage des communications pour l’UE, avait fait vérifier ses systèmes de cryptage par la National Security Agency (NSA), prétextant que l’un de ses parents y travaillait. Perkins, qui n’a jamais été sanctionné pour cette affaire, a expliqué que ce n’était pas très grave puisque de toute façon « les Américains lisent tout grâce à leurs satellites ».

Que peut-on conclure de ces affaires ? : l’Europe n’a visiblement pas de stratégie de conservation de l’information, pas de culture de la sécurité, et que la population s’en fout, elle ne cherche même pas à connaître la composition de la Commission, véritable poumon de la politique en Europe.

En ce qui concerne Barroso, le président de la Commission, son attachement aux Etats-Unis est des plus prononcés. En effet, regardons le parcours de M. Barroso avant sa nomination au poste actuel. De même que Meglena Kouneva, la négociatrice en chef (de l’adhésion à l’Union européenne), Ján Fige chargé de l’éducation, l’apprentissage, la culture et le multilinguisme et Dalia Grybauskaitė, chargé de la programmation financière et du budget dans la Commission Barroso, ils ont tous effectué un séjour à la Gorgetown Universtity aux Etats-Unis. Il faut rappeler que la Georgetown University est cette même université où Gorge Tenet ancien directeur de la CIA est sorti diplômé puis nommé professeur de diplomatie à la Edmund A. Walsh School of Foreign Service au sein de l’université de Georgetown, la même ou Franck Carlucci ancien directeur de la CIA est sorti diplômé de cette même School of Foreign Service ou encore de nombreux autres directeurs ou haut gradés du renseignement comme Robert Michael Gates 22e secrétaire à la défense des États-Unis nommé suite à la démission de Donald Rumsfeld (le copain de chambrée de Franck Carlucci).

On pourrait continuer la liste pendant des heures dans la mesure où la Georgetown University forme les cadres qui travailleront pour les services de renseignement ou les organisations de sécurité ou de stratégie des Etats-Unis puisque c’est l’un des but de la School of Foreign Service de la Georgetown University. Alors qu’est-ce que Barroso est allé faire là-bas. A priori rien de spécial en matière de diplomatie, c’est sûrement une des meilleures écoles, mais alors pourquoi avoir continué les fréquentations avec Carlucci, l’un des directeurs les plus mémorables de la CIA.

Il faut noter que Carlucci, avant d’être nommé directeur adjoint de la CIA par Jimmy Carter en 1978, a été ambassadeur à Lisbonne pendant la Révolution des œillets en 1974, à la même période où Barroso était président des étudiants maoïstes (MRPP). Pendant cette période, on peut clairement dire que Carlucci a remodelé dans un sens la vie politique du Portugal pour conserver leur présence dans l’Otan. Alors il est évident qu’il y a un lien entre Barroso et les Etats-Unis. Barroso a, par la suite, changé de camp politiqué à droite, mais de son passage, des maoïstes aux sociaux-démocrates, il y a un facteur commun : la fidélité aux Etats-Unis. Il l’a souligné encore quand, Premier ministre du Portugal en 2003, il a accueilli aux Açores, archipel portugais au milieu de l’Atlantique, le sommet Bush, Blair, Aznar, Berlusconi préparant la guerre en Irak.

Barroso en tant que Premier ministre portugais avec Martins Da Cruz, ministre des Affaires étrangères, a facilité l’acquisition de la société nationale de pétrole par le groupe Carlyle (un exemple parmi d’autres) et maintenant Martin Da Cruz et le représentant de Carlyle au Portugal et Barroso président de la Commission européenne.

Alors peut-on penser que la Commission Barroso à Bruxelles est largement à l’image de son chef et ne peut sur tous les dossiers européens que prendre des positions qui ne nuisent pas aux intérêts des Etats-Unis ? A la mi-avril 2005, souvenez-vous, comme le rappelle la BBC, la presse allemande avait révélé que José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, s’était fait offrir, en août 2004, une semaine de vacances en famille sur le bateau du milliardaire grec Spiro Latsis. A cette époque, Barroso n’avait pas encore pris ses fonctions à Bruxelles, mais il avait été désigné à ce poste lors d’un sommet européen, le 29 juin. En France, cette affaire n’avait pas eu d’échos alors même que l’affaire de Sarkozy et du Paloma avait ému nos braves citoyens.

La porte-parole de Barroso avait confirmé ces informations, mais dénonçait les amalgames : "Le groupe Latsis n’a aucun lien avec la Commission européenne. Une enquête parlementaire a montré que les affaires du groupe Latsis (banque, immobilier, pétrole, construction navale) en Grèce et dans les Balkans ont bénéficié des largesses de la commission, et que ses filiales, basées à Jersey, Monaco ou Luxembourg ne sont pas totalement transparentes. En effet à six reprises, depuis 1999, la Commission européenne dans ses avis ou décisions a aidé le groupe Latsis. Ainsi, de 1999 à 2004, la banque du groupe grec, EFG Eurobank, a été choisie par la Commission pour faire transiter l’argent des financements européens en Grèce.

De même, l’exécutif européen a autorisé plusieurs rapprochements entre le groupe Latsis et des entreprises. En septembre 2004, la Commission a autorisé l’octroi d’une aide aux chantiers navals Shipyard, propriété de Latsis. Enfin, Barroso, une fois installé à la tête de l’exécutif européen, a nommé conseiller spécial à la Commission Dusan Sidjanski, également patron du Centre européen de la culture, financé par le groupe Latsis. Les postes stratégiques de la commission sont tous sujet à controverse. En effet, l’un des postes les plus importants après celui de président et celui du budget il y a celui de la concurrence attribué à la Néerlandaise.

Neelie Kroes a été est mise en cause aux Pays-Bas pour les relations d’affaires qu’elle aurait entretenues avec un promoteur immobilier selon le journal Le Monde, Jan-Dirk Paarlberg. Paarlberg n’est pas moins qu’au centre d’un dossier criminel depuis 2004, et selon la justice néerlandaise, est membre de l’organisation criminelle de Willem Holleeder, spécialisée dans l’extorsion, les faux et le blanchiment. Mme Kroes se voit reprocher de ne pas avoir, contrairement à ses affirmations, rompu à temps tous ses liens avec M. Paarlberg, par ailleurs membre de sa formation politique, le Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD, libéral). Mais au-delà de ces faits, je ne manquerais pas d’analyser les décisions désastreuses pour l’Europe en matière de concurrence qu’a prises Mme Kroes et clairement à l’avantage de tout sauf l’Europe. La privatisation de tous les services assurés par l’Etat au détriment du consommateur en termes de prix en est la preuve. (Livret A, services postaux, électricité, etc.)

Bref cet article a le mérite de montrer une chose : nous ne connaissons pas ceux qui nous dirigent.

Alors qui sont les membres de la Commission. Quels sont leurs réels pouvoirs. Qui nous dirige vraiment. Quels sont encore les pouvoirs dont dispose le gouvernement français ? Je vous invite à vous informer notamment à travers les livres vert et blanc de la Commission disponibles à cette adresse :

http://europa.eu/documents/comm/green_papers/index_fr.htm



[1] Pour consulter le budget de l’UE et la part de la TVA :http://ec.europa.eu/budget/budget_glance/where_from_fr.htm


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