Le Roi des Belges et son inséparable mentor

par François Collette
jeudi 20 janvier 2011

 

La lente agonie de l’Etat fédéral Belge, englué dans une interminable crise de tétanie politicienne, donne l’occasion de revenir sur un sujet déjà développé ici - Albert II, un roi instrumentalisé dans une Belgique déboussolée - et de tenter, cette fois, de lever un coin du voile, « côté Cour », sur le rôle obscur, opaque et secret de l’homme-clé du Palais : le directeur de cabinet du roi. 

Jacques van Ypersele de Strihou est ce personnage emblématique et inoxydable de la monarchie belge depuis… 27 ans. Après avoir servi dix ans feu Baudouin Ier, il fut repris avec armes et bagages par Albert II qui lui succéda en 1993. Voilà bien une habitude propre à l’Ancien Régime auquel appartient la monarchie. 

Une personnalité controversée

La rumeur publique attribue à ce très fidèle serviteur de soixante-quatorze ans une influence majeure sur la personne du roi au point que certains hommes politiques n’hésitent pas, sous couvert de l’anonymat, à le dénommer ‘vice-roi’, ‘Richelieu’, ou pire, ‘Raspoutine’. Les qualificatifs sur sa personnalité sont partagés entre admiration et sarcasmes. Idéaliste, maître de lui, prudent et mesuré, courtois, jovial, charmant, tenace, omniscient et omniprésent pour certains ; soumis, diabolique, rusé, dangereux, retors, insaisissable, aux idées théocratiques du XIXe siècle pour les autres. Il doit y avoir un peu de vrai dans tout ça. 

Jacques Ier et Albert II, un couple fusionnel.

Bardé de diplômes et honoré de mandats au FMI et à l’OCDE, l’homme est assurément compétent dans tout ce qui touche au monde politique et socio-économique. Inféodé depuis plus de quarante à la particratie belgo-belge, il en connaît toutes les ficelles. Mais, dans une monarchie catholique, cela ne suffit pas. Proche des mouvements de renouveau charismatique, tout comme le couple royal, ce catholique convaincu se trouve parfaitement en phase spirituelle avec son patron tout comme il l’était avec le précédent. Voilà certainement un facteur à ne pas négliger. 

Ce statut privilégié a-t-il permis à van Ypersele de concentrer sur sa personne un pouvoir important et incontournable ? Personne n’est en mesure de le prouver mais il est indéniable qu’à l’accession au trône d’Albert II en 1993, le personnage est devenu l’homme fort du Palais sinon la doublure du souverain. De là à prétendre que ‘Van Yp’, fort de son influence incontournable, a une emprise sur le roi, il y a un pas que tout le monde ne franchit pas. 

Le roi des Belges navigue donc bien entre deux quais, celui des partis politique et celui de son ‘vice-roi’. On voit le résultat.

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A lire au second degré, un ouvrage polémique sur le sujet, traduction de l’original paru en néerlandais en 2001 :

Roi et Vice-Roi. L’Influence de la Cour et le Pouvoir de Jacques van Ypersele de Strihou (Guy Polspoel & Pol Van Den Driessche aux éditions Luc Pire, 2003)


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