Les Pays-Bas demandent un embargo sur les armes de l’UE destination de la Turquie. Que dit l’Allemagne ?

par PETINOS
dimanche 15 novembre 2020

Selon le site d’information roginfo.com, la coalition au pouvoir aux Pays-Bas a demandé un embargo, à l’échelle de l’Union européenne, sur les armes à destination de la Turquie[1].

Le ministre des affaires étrangères Stef Blok cherche à obtenir le soutien de l’UE pour un embargo sur les armes contre son allié dans l’OTAN. Il a indiqué qu’il voulait faire campagne au sein de l’Union européenne en faveur d’un embargo européen sur les armes à destination de la Turquie, membre de l’OTAN. Les quatre partis composant la coalition au pouvoir ont soumis une demande en ce sens suite à l’engagement militaire de la Turquie dans l’Artsakh (Haut-Karabakh) et en Libye, et à ses activités de forage en Méditerranée orientale.

Selon le VVD (Parti populaire pour la liberté et la démocratie), le CDA (Appel chrétien-démocrate), le D66 (Démocrates 66) et la CU (Union chrétienne), le gouvernement d’Ankara viole le droit international en participant aux conflits armés en Libye et dans l’Artsakh. Ils ont souligné par ailleurs que la Turquie effectuait des forages pétroliers dans les zones sous juridiction grecque.

Le ministre des affaires étrangères Blok a déclaré qu’il serait heureux de suivre cette proposition et qu’il chercherait à obtenir le soutien de ses homologues européens.

Les partis formant la coalition au pouvoir ont exprimé le souhait que le gouvernement néerlandais mène à bien cette proposition d’embargo au sein de l’Union européenne. « La Turquie a franchi la limite encore et encore ; il est temps d’agir de manière décisive », a déclaré l’auteur de la motion, le député Voordewind de l’Union chrétienne, évoquant notamment l’envoi par la Turquie de mercenaires syriens dans l’Artsakh[2].

Sur le même registre, le ministre grec des affaires étrangères, Nicos Dendias, lance un appel déséspéré à l'Allemagne pour qu'elle arrête d'armer la Turquie avec des armes sophistiquées. Nous avons vu ce que cela a donné dans la Caucase, où l'Azerbaidjan, fort des milliards cumulés grâce au pétrole et au gaz naturel, a acheté les armes dernier cri auprès d'Israël et de la Turquie notamment (pour des milliards de dollars), les a utilisées contre l'Artsakh massacrant indifférammenet population civile, soldats, monuments historiques, hôpitaux, écoles, etc et occupant illégalement une grnade partie de ce territoire arménien depuis des millénaires.
 
Mais, revenons, au sujet de l'embargo : « Nous sommes menacés par les armes allemandes de la Turquie »
 

Voilà la phrase du jour, prononcée par le ministre grec des Affaires étrangères Nicos Dendias.

Nikos Dendias évoque, en effet, la menace de guerre en Méditerranée, les provocations du gouvernement de Recep Tayyip Erdogan et le danger auquel la Grèce est confrontée face aux armes allemandes (que l’Allemagne s’apprête à livrer à la Turquie, nda) dans une série d’articles dans le Welt am Sonntag, du 8 novembre 2020, intitulés « Nous devons protéger l'UE ».

La Grèce et la Turquie se sont retrouvées face à face l’été dernier et au bord du conflit armée en Mer Egée, à cause des violations répétées par la Turquie de la zone économique exclusive de la Grèce. La Turquie prétendant que ces zones lui appartenaient en vertu d’un accord de délimitation avec la Libye (le gouvernement d’entente national d’el- Sarraj, contre une aide militaire turque dans la guerre civile libyenne), illégale et contrevenant à toutes les pratiques internationales ainsi qu’au droit de la Mer.

Le ministre grec des Affaires étrangères souligne que, comme le montre la nouvelle sortie dans la zone économique exclusive grecque du navire de prospection turc Oruc Reis, la position conciliante de l'Allemagne et la logique d'apaisement envers la Turquie a échoué.

Le ministre grec précise qu’il y a effectivement un risque de conflit à cause des violations répétées de la zone économique exclusive de la Grèce et de Chypre par la Turquie, qui se prépare à forer dans les eaux que la Grèce et de Chypre, prétendant qu’elle y a droit.

Répondant à la question si la Turquie violait le droit international, le ministre grec déclarait : « La Turquie viole à nouveau le droit international alors que l'Oruç Reis se prépare à forer dans une zone qui n'a été attribuée à la Turquie par aucun accord international. Bien sûr, les Turcs ont des droits, tout comme nous. Mais nous disons que la portée exacte de ces droits doit être déterminée conformément au droit international. Si la Turquie veut alors exploiter les ressources naturelles des zones maritimes qui lui seront accordées, elle sera libre de le faire ».

Mais comme la Turquie n'a pas signé la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, et refuse que les juges de La Haye appliquent le droit international de la mer. « Au lieu de cela, Ankara essaie de résoudre le problème par la force. » Et face à cela, l'Europe doit enfin agir de manière cohérente. Cet appel du ministre grec s'adresse principalement à l'Allemagne, qui assure actuellement la présidence du Conseil de l'UE et a tenté de jouer le rôle de médiateur à Ankara.

Conséquences

« Malheureusement, l'approche bienveillante de l'Allemagne à l’égard de la Turquie a échoué », a encore déclaré Dendias. « Je n'aime pas utiliser ce mot quand il s'agit de l'Allemagne, mais malheureusement la politique de Berlin envers Ankara peut être décrite comme une tentative d’" apaisement " ». « Les Allemands ont essayé d'apaiser les Turcs et cela n'a pas réussi. Ceci est clairement démontré par a sortie de l '"Oruc Reis" ». « C'est pourquoi nous avons proposé au Conseil européen de faire comprendre à la Turquie que les violations du droit international auront des conséquences. Autrement dit, des sanctions contre l’économie turque. »

Arrêtez la livraison de sous-marins

Mais Dendias a également une demande spécifique en direction de Berlin. « La Grèce est menacée par les armes allemandes entre les mains de la Turquie », a déclaré le ministre des Affaires étrangères. L'Allemagne fabrique de très bonnes armes. Les sous-marins de type 214 sont parmi les meilleurs sous-marins offensifs au monde. « Nous le savons très bien et nous avons quatre de ces sous-marins », déclare Dendias. « Ces sous-marins nous donnent un avantage stratégique dans le sud-est de la Méditerranée et la mer Égée. Mais Ankara a également commandé six de ces sous-marins. « Si l'Allemagne les lui livre, la Turquie aura à nouveau le dessus sur nous. » C'est pourquoi il demande au gouvernement fédéral : « L'Allemagne devrait arrêter la livraison de ces sous-marins à la Turquie ». On pourrait se demander pourquoi la Grèce mériterait-elle cet avantage plus que la Turquie. Dendias peut l'expliquer : « Parce que nous ne sommes pas les agresseurs ici. Nous ne menaçons personne de guerre. Nous ne voulons rien de la Turquie. Et nous sommes un État membre de l'UE. C'est pourquoi nous disons à nos amis allemands : ne donnez pas à la Turquie quelque chose qui déstabilisera toute la Méditerranée orientale. « Quelque chose qui pourrait créer des problèmes importants dans l'UE et en Allemagne. » La Turquie ne devrait obtenir ces armes que si elle reprend le chemin du respect du droit international. Mais si Ankara poursuit ses provocations, il faudra lui imposer un embargo total sur les armes.

Il utilise l'immigration comme une arme

« Nous n'avons rien contre la Turquie », a précisé Dendias. Les Grecs et les Turcs se ressemblent beaucoup. « Nous aimons même le même type de nourriture. Nous aimerions vivre en tant que voisins d'une Turquie cosmopolite, moderne, économiquement prospère. « Mais pas du côté d'un État islamique radical qui veut déstabiliser toute la région. » Il est connu, dit le ministre, que le gouvernement Erdogan fait la promotion des Frères musulmans hyper-conservateurs au Moyen-Orient. Il tente d'introduire une éducation islamique en Europe, qui est clairement plus proche de l'islam radical. « Peut-être que certains politiciens allemands ont inconsciemment peur que le gouvernement Erdogan puisse utiliser l'immigration comme une arme », a-t-il déclaré. Erdogan a tenté cela en mars 2020, lorsqu'il a poussé de nombreux immigrants à la frontière grecque. « Mais cette tentative a échoué, car non seulement la Grèce a bien protégé ses frontières, mais de nombreux autres pays de l'UE ont également envoyé des forces. »

C'est aussi une question de psychologie

Et en général (dit le ministre) la Grèce a besoin d’encore plus de personnes de l'UE pour protéger ses frontières. Après tout, dans aucun autre pays de l’UE n’arrivent autant de migrants. « C'est également une question de psychologie », dit Dendias. « Même si seul un petit groupe (de gardes-frontières, nda) de chaque pays européen vient (protéger, nda) nos frontières, cela montrera clairement à tout le monde qu'il ne s'agit pas seulement des frontières de la Grèce, mais des frontières de l'UE. Et ce sera une dissuasion pour ceux qui veulent nous faire chanter. »

Son pays (dit le ministre) a également besoin de plus d'argent pour faire face à l'immigration, mais surtout l'Europe entière a besoin d'une nouvelle politique migratoire. « Cela signifie (l’établissement, nda) d’un processus d'asile commun, un partage de la charge et un processus par lequel les migrants économiques seront rapidement renvoyés dans leur pays d'origine. » Quiconque a besoin de protection pourra rester. Au lieu de cela, les migrants économiques devraient être renvoyés dans leur pays d'origine - « dans le respect de leur dignité, mais avec cohérence et rapidité ».

La Grèce demeure un état occidental

Certains observateurs se demandent déjà si l'Europe du Sud-Est ne s'éloigne pas de l'Ouest, de toute façon. Outre la Turquie, la Chine et la Russie y sont également très actives. Nous devons coopérer avec la Russie, répond Dendias. Cependant, la Grèce reste un État occidental et elle l'a clairement signifié aux Russes. En ce qui concerne la Chine - avec son entrée dans le port du Pirée, la République démocratique est désormais de facto présente en Grèce. Nous n'avons pas cherché cela, dit le ministre des Affaires étrangères. « Pendant la crise de l'euro, l'UE nous a obligés à privatiser le port du Pirée et les Chinois étaient les seuls à vouloir risquer leur argent dans cet investissement. » Il faut maintenant remercier les Chinois qui ont modernisé le Pirée et en ont fait le plus grand port de la Méditerranée.

Activité géopolitique de l'Europe 

Dendias se dit préoccupé par le retrait américain de la région. L'Amérique (dit-il) est un partenaire important et un facteur important de stabilité dans sa région. « En fait, nous aurions besoin de plus de présence américaine. Et de plus de présence européenne ». Ursula von der Leyen (souligne le ministre des Affaires étrangères) a pris ses fonctions en disant que sa Commission serait une Commission géopolitique. « Mais si l'Europe veut être un acteur géopolitique, elle doit aussi être active. Elle devrait s’activer dans ce domaine ». Cependant, par exemple, si la Turquie viole les eaux territoriales de Chypre, l'UE ne fait rien (souligne le ministre). « La présence de seuls navires de guerre européens montrerait clairement : ‘‘Nous sommes ici’’. » Ils n'auraient même pas à utiliser ces armes, dit Dendias. « L'UE est une entreprise extraordinaire de l'humanité, qui nécessite peut-être des siècles d’évolution. Nous devons protéger ce projet. Et pas seulement avec les règles émanant de Bruxelles ».

 

 

[1] Roginfo.com, dépêche du 14 novembre 2020 : https://rojinfo.com/les-pays-bas-demandent-un-embargo-sur-les-armes-de-lue-a-destination-de-la-turquie/

[2] Op.cit.


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