Merci la Suisse de faire voter sur la monnaie pleine

par Laurent Herblay
samedi 9 juin 2018

Il est vraiment malheureux que l’on n’en parle pas plus, mais malheureusement, nos média malpensants et intolérants préfèrent trop souvent passer sous silence le référendum fondamental de dimanche en Suisse sur l’initiative dite de la monnaie pleine. Dans ce pays où les banques sont si importantes, les citoyens peuvent choisir de leur reprendre le contrôle de la création de la monnaie !
 

La monnaie : une question profondément démocratique

La Suisse est un pays ambivalent. D’une part, il s’agit du premier parasite fiscal au monde selon le Tax Justice Network, un pays dont la richesse repose en partie non négligeable sur des pratiques asymétriques et non reproductibles, et surtout moralement plus que contestables. Mais c’est aussi un pays dont certaines pratiques sont rafraîchissantes, notamment démocratiquement, échappant à l’orthodoxie pesante du reste du continent. Le pays multiplie les référendums, démontrant une vitalité démocratique qui contraste avec la camisole juridique européenne qui enserre les pays qui entourent la confédération helvétique, jusqu’à refuser le revenu de base il y a exactement deux ans.

Je serais curieux de connaître l’ampleur du débat public helvétique sur ce sujet si fondamental. Il y a un peu plus de deux ans, le gouvernement avait pris position contre le projet de Monnaie Pleine, mais il est positif que les citoyens puissent se prononcer sur une telle question. En effet, même si dans la zone euro, la monnaie a été sortie du cercle démocratique, et confiée à des pseudo-experts trop prompts à mener des politiques qui servent les intérêts des milieux d’où ils viennent, le tout sur un ensemble de pays que rien n’aurait du pousser à partager leur monnaie tant ils sont différents, notre voisin helvétique nous démontre que la monnaie peut parfaitement être un sujet démocratique.
 
Et un pays démontre justement que la monnaie est un sujet éminemment démocratique : le Japon. Shinzo Abe avait été élu en 2012 avec un programme radical, comprenant justement une monétisation de masse de la dette publique, portée de 25 à 100% du PIB en seulement cinq ans. La Banque du Japon a monétisé l’équivalent de 15% du PIB de dette publique tous les ans pendant cinq ans, démontrant que la question du contrôlé de la création monétaire est primordiale, tant elle peut changer la situation économique d’un pays. Les Suisses voteront dimanche sur une question encore plus fondamentale : reprendre complètement le contrôle de la création de la monnaie aux banques privées.
 
C’est une idée poussée par les disciples de Maurice Allais, le regretté Jean-Baptiste Bersac et l’école néo-chartaliste. Une idée qui devrait être pleinement débattue dans ces pays européens dont les démocraties sont tétanisées sur la question depuis la sortie des banques centrales du périmètre démocratique. Il faudra peut-être attendre la prochaine crise financière pour qu’elle dépasse les cénacles des cercles de réflexion comme le G21 et Pomone qui ont tenu un colloque à l’Assemblée fin mai.

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