On nous mène en bateau avec le « modèle allemand »

par Michel Koutouzis
samedi 4 février 2012

Si le modèle allemand était si fantastique, la première ministre allemande ne serait pas dans une logique de dérive nationaliste et prisonnière de l’extrémisme de son allié bavarois de la CDU, ou, du moins, elle aurait critiqué vertement les articles carrément racistes et dédaigneux des tabloïdes populaires allemands concernant la Grèce et par extension tous les pays du sud européen. Elle n’aurait pas tardé non plus à prendre des décisions aux prémices de la crise de la dette, ce qui aggrava la crise grecque et rendit caduques les premières mesures, trop tardives, de l’Europe, juste pour ne pas perdre les élections de plusieurs Länder. Peine perdue par ailleurs : depuis qu’ Angela Merkel est au pouvoir elle a perdu toutes les élections intermédiaires, même dans les fiefs historiques de la CDU, tandis que ses alliés libéraux mangent la poussière à chaque scrutin. Par contre, De Linke, qui n’était fortement implanté jusque là que dans les Länder de l’est représente désormais plus de 11% des suffrages nationaux. Tout cela n’est que calcul pour éviter des résultats électoraux calamiteux. 

Mais ces résultats ne sont que le résultat effectif de ce que la partenaire du président Sarkozy considère comme un modèle idyllique à suivre et à imposer au reste de l’Europe. Précarité de l’emploi, très bas salaires pour une grande partie de la population active, protection sociale anémique, prédation par les grandes enseignes à l’Est sur le dos des friches industrielles est-allemandes, pression sur les salaires par une population surexploitée de travailleurs saisonniers issue des pays limitrophes (Pologne, Ukraine, Biélorussie, etc.), paupérisation des classes moyennes, des scientifiques des universitaires de l’ex Allemagne de l’est, stagnation en conséquence du pouvoir d’achat interne que les exportations cachent mal. Que le président Français ose dire, puisqu’il fait de l’Allemagne un modèle à suivre impérativement, quel est le pourcentage des femmes dans le marché du travail. Qu’il indique quel est le salaire moyen des salariés mobiles, flexibilisés et corvéables à merci. Qu’il nous explique pourquoi il clame que les charges sont plus importantes en France quand en fait, en calculant les spécificités allemandes (dont les « impôts religieux ») les charges en France sont 20% moins importantes. Qu’il dise ouvertement que les multiples caisses d’assurance maladie sont des « fonds de pension », spéculent et - quand tout va bien - redistribuent, ce qui explique des salaires convenables, mais aussi la place de la finance dans le marché du travail et tout ce qui en découle. 

« L’Allemagne sera la cible de la fureur européenne  » vient de déclarer à Munich Robert Zelik, président de la Banque Mondiale, « si elle persiste dans sa politique de rigueur sans contrepartie significative de mesures de relance  ». Que le président français, qui prépare en ce moment une interview croisée avec Angela Merkel, assume cette politique d’austérité qui ne répond désormais qu’aux intérêts bien compris de la finance et de l’industrie exportatrice allemande et aux besoins électoraux de la coalition au pouvoir à Berlin. Et que les spécialistes et autres commentateurs audio-visuels prennent enfin la peine d’expliquer en détail ce que signifie pour le citoyen français l’alignement à cette politique. Au lieu de répéter invariablement qu’il n’existe pas d’autre choix. 


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