Partis extrémistes belges cherchent désespérément électeurs amnésiques. Démocrates s’abstenir

par Malika NN
jeudi 29 novembre 2012

La crise israélo-palestinienne a la capacité de mettre en évidence les propriétés démocratiques et les orientations idéologiques d’un parti politique plus qu’un papier de tournesol dans le laboratoire d’un chimiste. Et cela même sous la grisaille belge, à des milliers de km distance du bleu ciel de Jérusalem, du Mont des Oliviers ou l’Esplanade des Mosquées.

Après les horreurs de la 2ème Guerre Mondiale, après l’extermination des Juifs par le régime nazi, le racisme, l’anti-sémitisme et autres débats communautaires ou religieux semblent puiser en permanence leurs racines dans la crise du Proche-Orient. Certains partis d’extrême droite se découvrent soudainement des soit-disant sympathies pro-Israël. Les mêmes partis qui, jusqu’à il y a quelques années menaient un combat rexiste, encensaient la mémoire du père Degrelle ou faisaient la fête jusqu’au petit matin avec des groupuscules national-socialistes, pardon nationalistes.

Coco avant Chanel. Nazie après l’Abwehr

Certes, le prétendu soutien de l’Israël par des partis d’extrême droite n’est pas né en Belgique. Déjà lors de la guerre d’Algérie, les partis de droite, même ceux d’inspiration pétainiste, avaient découvert que haïr les Arabes musulmans faisait oublier à certains le régime de Vichy et les compromissions multiples avec l’occupant nazi : déportations, assassinats, délations et autres florilèges. Compromissions auxquelles même Coco Chanel aurait succombé, vu sa relation avec le baron Hans Günther von Dincklage, dit”Spatz” (Moineau) des services secrets de l’Abwehr. Une histoire qui ne sent guère le célèbre parfum N°5, mais illustre comme la collaboration avec les nazis était tant horizontale que verticale. Jusqu’aux symboles de la francitude comme Chanel ou autres Arletty. Accusée par des historiens d’antisémitisme, espionnage en faveur de l’Abwehr, facilitation des contacts dans les hautes sphères de l’époque, la fameuse couturière aurait été classifiée comme l’agent F-7124, nom de code Westminster. Son but aurait été d’obtenir en échange la libération d’un neveu, André, emprisonné dans un camp allemand.

Cependant, ses fréquentations intimes des nazis et ses opinions antisémites qu’on lui impute ne l’auraient pas empêchée de s’associer, dès 1924, avec la famille juive Wertheimer, 6 ans après la naissance du parfum le plus connu au monde, pour le produire et le distribuer. Antisémite au lit, philo sémite aux affaires ?

La voix de la passion démocratique est assourdissante. Surtout quand elle est soudaine…. 

L’exemple de Gabrielle Chanel est édifiant pour une attitude duale tourmentée bien possible : détester les Juifs mais faire en même temps des affaires avec eux. Beaucoup moins glamour et infiniment moins célèbres que Coco Chanel, bien moins classe et aucunement des symboles de l’élégance ou du style, les nationalistes francophones belges montrent, à leur minuscule échelle, que l’on peut fréquenter des néonazis et aller en même à une manifestation en faveur de l’Israël ( !!). L’on peut encenser Degrelle pendant des longues années et signer des pétitions contre les ennemis déclarés de celui-ci. Non pas par amour pour le peuple israélien, mais par haine envers les Musulmans. Une façon de dire « voilà, puisque nous avons aujourd’hui les mêmes ennemis, nous sommes des amis  ». Une façon d’espérer que les faits affreux, les crimes d’hier contre les Juifs, dont les chefs spirituels de certains d’entre eux sont coupables, seront ainsi oubliés. Balayé le passé antisémite, place au présent islamo-vigilant.

Un tour d’horizon rapide de l’attitude des partis nationalistes francophones belges dans la crise israélo-palestinienne démontre amplement ces remarques. La NWA n’était pas gênée de s’afficher jusqu’à il y a peu avec Nation, dont les membres se font systématiquement épinglés pour des remarques racistes et antisémites. Nation, dont le fondateur, ancien sous-officier, assura jadis la protection de Faurisson, négationniste acharné, lors de ses visites en Belgique. Nation, dont les murs des JN sont recouverts de photos nazies. Malgré les demandes répétées de les cacher, de la part des leaders du mouvement, qui ont trop peur des conséquences légales. Malgré les insistances de ne plus identifier ses photos pour ne pas faciliter le travail de la police et de la Sûreté de l’Etat, institutions pour lesquelles Nation se rend coupable d’extrémisme idéologique. 

Inutile demande des chefs des troupes : chasser le naturel, il revient au galop. Les membres Nation sont ouvertement amis avec des national-socialistes et certains d’entre eux présents sur des groupes néonazis. Surement, un certain JP Demol s’essoufflera à tout nier, comme toujours, mais les évidences sont écrasantes. Nation, qui manifeste chaque début septembre à Dortmund contre la «  finance apatride ». Dans leur esprit torturé par la théorie du complot, nouveau terme antisémite pour désigner la finance de Bildenberg à Goldman Sachs et retour. Manifestation en compagnie des partis allemands officiellement néonazis comme le NPD. Parti menacé par ailleurs par une potentielle procédure d’interdiction devant la Cour constitutionnelle du pays, vu le danger pour la démocratie des idées avancées. Nation qui.., et j’en passe.

La NWA, amnésique qu’elle fut amie comme cochon avec Nation, du temps des alliances nationalistes. Elle a récupéré et recyclé un certain nombre des rescapés FN, voire PFN. Des membres comme Georges José, qui en message privé parle de « l’islam qui a pris la place de la juiverie d’hier » (vocabulaire d’origine !) mais sur les pages publiques prétend sans vergogne soutenir l’Israël. Un président comme Philippe Duquenne, qui aime des commentaires d’un certain Carl Lepage, national-socialiste wallon actif, sur les fours à gaz. Un vice-président comme Olivier Buys qui espère que grand malheur arrivera à son peuple, pour que les nationalistes deviennent incontournables ? Faute de programme de parti ou des idées propre, attendre que l’Apocalypse se passe pour que le pauvre canoë nationaliste passe pour une arche de sauvetage. Voici en essence la finesse de la « pensée » (association fortuite de mots NWA et pensée) politique de la NWA. Les Clausewitz et autres Metternich peuvent aller dormir. La NWA est née.

La NWA pousse l’audace jusqu’à envoyer une lettre à l’ambassade de l’Israël, soit-disant de soutien. Mal écrite (et traduite en anglais avec Google Translation, pour montrer encore une fois l’amateurisme), avec des arguments diplomatiques inexistants. La preuve que la démarche n’a pas vraiment comme objectif de soutenir l’Israël dans son droit légitime de se défendre contre une pluie de missiles. Cette lettre est plutôt un réquisitoire de la Belgique (quoi de plus normal pour des patriotes, n’est pas ?) et des Musulmans y vivant. La haine viscérale des membres NWA de l’Islam n’est pas nouvelle, mais accuser les autorités belges d’avoir soutenu le printemps arabe, qui a conduit au renversement des dictatures, n’est pas une vraie preuve de solidarité avec le peuple israélien, qui tremble sous les roquettes. La NWA ne soutient pas vraiment l’Israël, elle règle ses comptes avec le gouvernement belge, à cause du cordon sanitaire qui étouffe l’exotique groupuscule radical. Qui n’oublie pas d’y ajouter que c’est un parti de la droite radicale. Vu que c’est leur propre définition, espérons que ça nous évitera les crises des nerfs habituelles quand on y fera référence…

Démocratie Nationale – DN dirigée par Marco Santi mène une campagne de silence. Tout comme le camarade SeSSler. Mais vu que celui-ci fut presque le valet du général SS Degrelle, allant à Madrid pour commémorer la mort de Franco…

Certes, difficile de la jouer ami de l’Israël quand on a dans ses rangs – comme la DN – un leader comme Patrick Cockriamont qui prêta jadis serment le bras levé, vers la stupeur et le tremblement du tout Royaume. Très difficile aussi quand on fait alliance européenne avec un parti profondément antisémite comme le parti hongrois Jobbik. Qui récemment demandait l’introduction obligatoire d’un test sanguin pour prouver la pureté du sang hongrois, comme dans le mauvais temps de l’eugénisme.

Selon la presse hongroise, il y a deux jours seulement, le parti ami de la DN exigeait des mesures qui rappellent des tristes années du nazisme : réaliser un inventaire complet des investissements israéliens en Hongrie, des clarifications gouvernementales sur la rumeur persistante selon laquelle l’Allemagne, la Hongrie et la Pologne ont signé un traité confidentiel avec Israël afin d’accueillir en cas d’urgence, vu la situation au Proche-Orient les réfugiés juifs (le quota hongrois serait de 500.000 personnes), ainsi que la fin de l’Accord bilatéral avec l’Israël. Sans parler de l’innommable demande de surveillance des politiciens hongrois ayant la double nationalité, hongroise et israélienne, pour éviter le lobby. Il y a peu, Nation faisait sur son groupe l’apologie du parti nationaliste Jobbik, pour ses actions en faveurs des nationaux hongrois. Dis-moi qui tu admires…

La même haine de l’islam, devenue un fond de commerce que les partis d’extrême droite essaient de rentabiliser partout en Europe, mobilise aussi d’autres partis : le Parti Populaire, qui a d’ailleurs introduit la notion de « fascisme vert » en Belgique. Non, non, pas une idée originale, il ne manquerait plus que ça au PP. La formule (et tout qui en dérive) fut volée au discours de Geert Wilders, le confrère hollandais en chute électorale libre.

Le parti La Droite, de l’ex membre PP Aldo Mungo, n’excelle pas non plus dans l’originalité. Il fait du marketing électoral auprès du même consommateur de base. Pas de hasard qu’il fut le co-fondateur du Mouvement « Les Résistants » avec le vice-président PP, Philippe Chansay Wilmotte. Qui, du temps qu’il défendait les intérêts d’un Musulman célèbre, le feu Khaddafi, connu pour ses habitudes démocratiques, avait moins d’états d’âme à l’adresse dudit fascisme vert.

Enfin, la masse des autres nationalistes, populistes ou régionalistes joue, sur tous les murs Facebook, la même carte du recyclage des haines. Certains, le cœur en balance, en fin compte, sont face à un choix cornélien : qui haïr plus pour faire semblant de prendre la défense de l’autre camp ? Ils ont tranché sous des phrases faussement neutres : « occupons-nous de nos problèmes en Belgique, avant d’aller chez les autres ». Traduisez : « je ne veux surtout pas prendre position. Je les déteste en égale mesure et demain qui sait, ça pourrait se retourner contre moi, en fonction de l’évolution de la situation »

La manifestation de dimanche a mis ensemble les protagonistes les plus inattendus. Une Sandra Latinis, ex-SU, ex-FN, ex-fiancée politique de courte durée de la DN, malgré sa connaissance des réelles sympathies de Marco Santi et Patrick Cockriamont. Très liée aux infréquentables milieux national-socialistes consacrés, d’où elle tire des amitiés avec des leaders NS Wallonie, comme Carl Lepage ou Francis Coune. Manifestant il y a deux semaines avec le mouvement racialiste des suprémacistes blancs, d’inspiration néonazie RWR et le même mouvement Nation devant l’ambassade américaine contre …le soutien US à l’Israël, entre autres.Vous suivez quand même ?
Ignorance profonde de la géopolitique internationale, hypocrisie ou juste haine canalisée des ennemis des Juifs, devenus alliés de circonstance pour certains nationalistes ? La recherche des électeurs frappés par l’amnésie de tout ce que les membres de ces partis ont fait ? Tout à la fois ?

 Le soleil se lève sur l’Orient et se couche sur l’Occident. Ou viceversa ?

En conclusion, l’on peut dire que le cheminement de la pensée de tous ces partis est, somme toute, très simple. Naguère, l’ennemi était Rouge et il venait du froid de Sibérie. Les deux blocs étaient l'Ouest et l’Est, avec leurs systèmes politiques opposés. Un Mur de Berlin plus tard, l’ennemi est Vert et vient du désert. Le besoin de pensée binaire transforme les deux blocs en l’Occident, avec sa civilisation, forcement supérieure, puisque promue par ces partis et l’Orient, avec sa civilisation forcément inférieure, puisque non-Occidentale… Autrement dit, comment apporter des arguments circulaires fallacieux quand on manque de tout autre argument. Problème géographique aussi : le soleil se lève sur notre planète à l’Extrême Orient. Enfin, un mythe de l’astronomie seulement. Gallileo avait tort, si l’on se rappelle les propos d’Aldo Mungo, leader de La Droite. Selon lui, il n’y a que deux civilisations au monde : la Nôtre, génératrice de valeurs universelles (pas rien ça, hein), et la Leur, consommatrice et encore avec modération.

Alors, vous voilà prévenus. Ne râlez pas contre votre enfant en école primaire si la prochaine fois, il revient à la maison avec un 0 en géographie, parce qu’il a écrit à l’interrogation que le soleil se lève à l’Ouest créateur de valeurs universelles et que le Japon n’existe pas, puisqu’il n’est ni Occidental, ni Musulman. Il a entendu Monsieur Aldo que ce qui n’est pas ni l’un, ni l’autre, ça n’existe pas…C’est la conséquence des leçons sur « l’inévitable conflit des valeurs » prodiguées par ces leaders. Le résultat de mépris, incompréhensions réciproques exacerbées à des buts électoralistes, des barrières psychologiques que certains voudraient insurmontables, pour justifier leur dérisoire existence politique, à défaut d’autres idées. Cette situation semble accommoder les extrémistes de deux côtés. Les salafistes et autres jihadistes ont, au fond, le même discours que les extrémistes blancs abreuvés au Tea Party. Les deux parties veulent prouver que le dialogue est impossible. Les deux veulent isoler leurs communautés respectives, briser toute tentative d’échange, pour rendre fertile la terre pour leurs idées radicales. Les défenseurs de la thèse que les musulmans modérés n’existent pas sont en fait, les principaux alliés des intégristes musulmans. Ils facilitent le culte de la haine de l’Occident.

L’Est contre l’Ouest hier, l’Occident contre l’Orient aujourd’hui. Dramatiquement et démagogiquement simplifié, ce discours remplit pour les extrémistes une double fonction : éviter l’étiquette d’antisémites (t’as vu, t’as vu, j’ai signé une pétition pro-Israël, moi je ne suis pas nazi !) et assouvir la haine des Sémites sur une autre cible sémite, les Arabes Musulmans. Mais faisant preuve d’une grande indifférence face aux problèmes réels et spécifiques de ces deux peuples, du droit de se défendre et du droit de vivre. Avec la même ignorance des tenants et des aboutissants d’un conflit qui fait couler beaucoup d’encre et suscite beaucoup de passions.


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