Protectionnisme et « culture » de gauche

par jlhuss
mardi 3 janvier 2012

François Ruffin est journaliste, il a créé le journal « Fakir » dit alternatif et engagé à gauche. Entièrement rédigé par des bénévoles et financé par les abonnements, aucune publicité ne figure au sein de celui-ci. Ruffin a publié il y a peu un livre, « Leur grande trouille » (aux éditions Les liens qui libèrent) Il prend la défense du protectionnisme et ce n’est pas sans intérêt à un moment ou l’on perçoit nettement que ce thème sera très présent dans la campagne même s’il se cache sous des aspects différents selon les candidats. Son ouvrage est sous-titré journal intime de mes "pulsions protectionnistes".

La lecture est facile, comme celle d’un reportage sur la mondialisation créatrice de chômage dans nos sociétés. Pourtant le sujet est complqué pour quelqu’un qui pense à gauche toujours tenté par l’universalisme. Par ailleurs le thème étant claironné par Marine Le Pen, l’accusation d'un « suivisme mortifère » n’est jamais bien loin. Certes Arnaud Montebourg est aussi devenu le héraut du protectionnisme européen lors de la campagne des primaires citoyennes au PS. Cette position originale lui a d’ailleurs sans doute valu le bon score réalisé. Depuis, au PS, le soufflet est un peu retombé et l’on attend la position de François Hollande sur le sujet, en particulier sa vision européenne d’une protection aux frontières de l'UE. On connaît par ailleurs les grandes réticences allemandes à une telle pratique commerciale. Montebourg a d’ailleurs été largement attaqué sur ces positions par ses propres amis. François Ruffin n’est pas loin de parier que les candidats de 2012 seront peu nombreux à reprendre ce thème clairement et sans ambiguïté. Pour lui ceux qui sont le plus lucides sur ces questions sont les « patrons » : ils « expliquent par exemple comment ils se font bouffer par la métallurgie turque, indienne etc. » […] « Il y a une logique chez les patrons. Comment s'indigner qu'ils aillent produire dans les pays où la fiscalité est la plus basse, les normes sociales et environnementales les moins élevées ? C'est tout à fait logique. » L’auteur va plus loin et réclamant un changement des « règles du jeu », il accuse la gauche institutionnelle d’être celle qui les accepte le mieux. « Or, ces règles, c'est encore la gauche qui les accepte les mieux. Le libre-échange n'est qu'une option économique, mais elle en a fait une valeur morale, en assimilant les métissages culturel et économique. » Autrement dit pour la gauche cette question revêt également une dimension culturelle : ainsi un étonnant dialogue avec Olivier Besancenot, pour lequel le protectionnisme ferait le jeu des patrons. Besancenot renvoie dos à dos libre échange et protectionnisme en appelant à une révolution ouvrière internationale, mère de tous les bonheurs. Ruffin lui constate que Marx, en son temps, prêchait pour le libre-échange, parce qu'il pensait que cela créerait des tensions qui conduiraient à l'internationale ouvrière. Il a perdu son pari, mais au moins le choix était clair. Ruffin insiste sur l’aspect culturel : c'est l'exaltation du « métissage culturel » qui a facilité l'acceptation du libre-échange commercial par la gauche.

Pour lui l’espace politique doit correspondre à l’espace économique. « Si cet espace doit être plurinational, ce ne pourra pas être l'Europe à 27. Par contre, on voit bien que la Grèce, l'Italie, l'Espagne et la France, par exemple, font face aux mêmes problèmes, c'est donc dans cet espace que l'on pourrait mettre en place le protectionnisme. » Enfin il balaye les objections au sujet d'un FN s’emparant du même thème. « Le protectionnisme, aujourd'hui, relève de l'évidence pour beaucoup de personnes. Raison de plus pour ne pas laisser ce boulevard au Front national. » Ce qui compte c’est le « pour quoi faire » et ce sont ces buts poursuivis qu’il faut regarder, pas les « outils de politique économique et un discours favorable au monde ouvrier, deux choses délaissées par la gauche. »

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