Putsch manqué en Allemagne : les mythomanes se déchaînent

par Jean de la Beauce
jeudi 8 décembre 2022

Etonnante nouvelle que l'annonce, d'ailleurs peu médiatisée en France, d'un coup de filet dans les milieux de l'ultra-droite allemande. Il paraît que les fantômes du Furher alliés à des nostalgiques des princes prussiens voulaient s'emparer du pouvoir par la force, en renversant le gouvernement.

Il s'agit des "Reich Burger", une variante du Big Mac composée d'individus qui ne veulent plus payer d'impôts ni se faire vacciner. D'une certaine manière, vous pouvez être rassurés : on est loin des délires raciaux et pseudo-révolutionnaires des "ultras" germaniques qui ont mené le monde vers le chaos il y a un siècle. Ici, on trouve un prince de Thuringe âgé de 71 ans (Henri XIII, ça ne s'invente pas), une espionne russe qui lui servait de maîtresse, des commandos de l'armée de terre, et certainement un bon nombre de cas sociaux oisifs et désoeuvrés. 

Ce petit monde avait constitué un mini-gouvernement de salut public, s'inspirait de l'invasion du Capitole par les partisans de Trump, pensait que l'Allemagne est gouvernée par des vampires. Pour le côté philosophique, ce mouvement voulait faire la synthèse du IIIème Reich et de la dynamique des vainqueurs russes de 1945 (!)

Ces gens ont inquiété les partis politiques officiels, qui prennent très au sérieux les menaces de ces branquignols. Branquignols, car leur démarche est issue de l'overdose d'infos dont ils se gavent sur le web pour meubler leurs journées, de leur nostalgie d'un passé lointain, du refus de payer des impôts pour répartir les richesses, de se faire piquer pour se protéger d'un virus. Des oisifs, des radins et des pleutres avec un fond violent et une passion pour Militaria version teutonne avec ses panzers en couverture et ses beaux jeunes hommes tout blonds en uniforme panthère SS durant l'opération Barbarossa. 

Vous l'aurez compris, ces putschistes relèvent davantage de la psychiatrie que d'autre chose. On change une société par le climat culturel, l'éducation et l'encadrement idéologique des masses populaires. Relire Gramsci est indispensable avant de s'engager en politique. On s'engage dans des associations pour aider les gens, on vote malgré tout aux élections, on fait du concret. La politique "ultra" (antifa comme "fa") n'est qu'oeuvre de cas sociaux, de brutes et de rebelles en crise d'adolescence pour les plus jeunes.

Mais en France, me direz-vous. Risque-t-on un coup d'État d'extrême-droite ? Dormez sur vos deux oreilles, la réponse est non. Les mouvements ultras sont infiltrés et surveillés. Votre narrateur en sait quelque chose pour avoir côtoyé un temps ce milieu dans Paris, le nationalisme français est un aéropage de chômeurs, d'illuminés, de mythomanes alliés à quelques anciens mercenaires et hommes de mains des combats des années post-soixantuitardes. Les étudiants, les jeunes, forment des groupes à part, prenant modèle sur leurs ennemis antifas. 

On se s'ennuie pas lors d'une soirée arrosée à refaire le monde avec des miltants "alternatifs" de droite. On y apprend que la terre est plate, que la conquête spatiale est une fiction d'Hollywood, que les francs-maçons sont des extra-terrestres qui nous ont envahi depuis la planète Vulcain. Certains parlent des micros sous leurs meubles, des filatures dans la rue. Sans parler des délires sur la seconde guerre mondiale. D'autres passent leurs journées à faire de la musculation et du judo : quand on ne travaille pas, il faut bien s'occuper, surtout quand on ne lit pas. Sans parler de celles et ceux qui roulent sans permis ni assurance, car ils sont "persécutés par l'État"...

Impossible d'envisager une action politique concrète, hors des partis politiques, avec des guignols pareils. Marine Le Pen, qui a fait le ménage dans sa mouvance, l'a heureusement compris. C'est une des raisons de ses succès électoraux. Les skinheads, les nazillons, c'est de la délinquance alliée au désoeuvrement et au manque de culture. Sans ouverture d'esprit, impossible de comprendre les gens et d'oeuvrer pour le bien commun. Français ou allemand, ressembler aux antifas ne ménera nulle part.

Gageons qu'en prison notre prince de Thuringe rédigera un essai politique, à l'image de ses modèles. Rongé par l'aigreur il risque d'être au même niveau de violence et de bêtise que celui du celèbre moustachu. Triste époque qui produit des illuminés de tous les bords, alors que le petit peuple cherche des solutions à ses problèmes quotidiens, que les urnes électorales ne parviennent pas, il est vrai, de résoudre.

Quelques idéalistes germaniques en démonstration ; finesse d'esprit et culture du dialogue se remarquent...

Image d'illustration du haut issue du site de Liberation.fr


Lire l'article complet, et les commentaires