Scènes de guérilla urbaine à Lampedusa

par Catherine Segurane
jeudi 22 septembre 2011

A Lampedusa, une mutinerie des immigrés se double d'une révolte de la population insulaire, et la situation mercredi matin semblait hors de contrôle. Le journal en ligne La Repubblica Palermo et le Corriere delle Sera parlaient de guerrilla. Des heurts opposent les insulaires aux immigrés ; la police aux immigrés ; la police aux insulaires, cependant que ces derniers tentent de chasser la presse. Ces événements, qui ont fait une dizaine de blessés, ont peu interessé la presse nationale française. 

Tout a commencé, semble-t-il, le 19, avec un gros incendie au centre de rétention de Lampedusa, vraisemblablement allumé par des personnes retenues. Sur les 1200 tunisiens qui ont récemment protesté contre leur rapatriement, environ 800 ont réussi à s’échapper. Et 400 ont été retrouvés par la police près de l’embarcadère Favaloro, d’autres sont actuellement recherchés dans toute l’île.

La situation s'est encore aggravée mercredi matin (sources 1, 2, 3, 4), où la tension est montée entre les immigrants et les citoyens à Lampedusa.

Au départ, semble-t-il, un groupe de Tunisiens a volé du centre d’accueil quelques bonbonnes de gaz et les ont portées près d’une pompe à essence sur le vieux port, menaçant de les faire exploser. La foule furieuse a réagi par des jets de pierre, tentée de lyncher les immigrés. La garde des finances a chargé sur un fourgon les 6 tunisiens restés bloqués dans la station service où ils avaient menacés de faire exploser des bonbonnes de gaz et où est survenu le combat à base de lancers de pierre avec quelques habitants de l’ile. Dans la station service la tension reste élevée, les gens contraignent les journalistes à s’éloigner.

La violence s'étend : c'’est la chasse aux Tunisiens dans les rues de l’ile. La police doit intervenir. Une partie des Tunisiens retournent d'eux-mêmes au centre d'accueil y chercher la sécurité, cependant que les patrouilles des milices d'insulaires se poursuivent dans l'île, à la recherche d'extra-communautaires.

Par mesure de sécurité, les enfants sont barricadés dans l'école.

Choses entendues :

Des insulaires aux Tunisiens :

« Vous devez vous barrer, batards vous avez ruiné l’ile. On ne veut plus de vous ».

Des insulaires aux journalistes :

« On ne veut pas de vous, dégagez »

La population s'en prend au maire, Dino de Rubeis, lui reprochant d'être laxiste vis à vis des immigrés. Le maire se barricade dans la chambre, escorté de trois policiers. 

Dans un tiroire de son bureau, il a rangé une batte de base-ball, il la montre à tous et dit qu'il entend bien s'en servir si nécessaire.

Quelques extraits d'interviews d'insulaires :

"Qu’est ce qui s’est passé ? Ce qui s’est passé l’autre fois … ça continue ! 

Les Tunisiens mon cher, ils n’ont pas été capable de les arrêter … On continue à aller les chercher et on continue à se faire du mal !

On ne comprend pas bien pourquoi ? On ne comprend pas pourquoi on devrait subir ça … regardez ça.

Ceux là, dans leur pays, ils ne sont pas capables et n’ont pas la possibilité de dire quoi que ce soit, ils arrivent en Italie et ils font ce qu’ils veulent ! Pourquoi ? on ne sait pas."

Le Maire ne sait plus que faire. Il en appelle au ministre de l'Intérieur Roberto Maroni. Au président du Conseil Silvio Berlusconi. Au Président de la République Giorgio Napolitano :

"Nous sommes, sit-il, devant un scénario de guerre. L'Etat doit envoyer des hélicoptères, ainsi que des navires pour faire traverser les Tunisiens qui divaguent dans toute l'île."

La population se sent totalement abandonnée.


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