« Should I stay or should I go » : le Royaume-Uni à la porte de l’Europe ?

par Timothée Macé Dubois
samedi 26 janvier 2013

La proposition de David Cameron, d’organiser à l’horizon 2017 un referendum quant au maintien ou non du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne, a suscité une levée de boucliers au sein de la politique française.

Le Royaume-Uni est pourtant coutumier du fait. 3ème économie de l’Union, la perfide-Albion a toujours semblé marcher sur des œufs en ce qui concerne l’expansion des compétences exclusives de l’Union et partant, la diminution de ses compétences étatiques propres. 

Depuis 1973 et son entrée délicate dans la CEE (après deux veto du Général de Gaulle qui lui reprochait sa préférence pour le Commonwealth), la relation entre le Royaume-Uni et ses alliés européens a toujours fait figure de quasi-exception, dans une Europe de plus en plus libérale.

"I want my money back !"

Le premier fait d’armes a lieu en 1979, quelques mois après l’élection de Margaret Thatcher. En cause, les 40% du budget de l’Union dédiés à la Politique Agricole Commune, à laquelle le Royaume-Uni – contributeur net – profite peu. A un journaliste du Guardian qui l’interroge, la dame de fer lance alors le fameux « I want my money back ! ».



La phrase est depuis lors passée à la postérité, et après cinq années de conflit a été institué le fameux « rabais britannique » sur la contribution au budget européen, première étape d’une Europe à la carte.

Le Royaume-Uni a en effet habitué l’Union à cette politique isolationniste, et celle-ci a depuis toujours respecté les clauses d’exemption (clauses d’opting-out) formulées par les gouvernements britanniques successifs. C’est notamment par ce type de clause que le Royaume-Uni s’est écarté du troisième volet de l’Union économique et monétaire (UEM) instituant la monnaie unique.

Si ce nouveau désaccord entre Londres et Bruxelles s’inscrit donc dans le fil d’Ariane de la politique extérieure britannique, le résident du 10 Downing Street va sans doute beaucoup plus loin que ses prédécesseurs. Alors qu’il aurait pu demander une énième dérogation en renégociant un nouveau transfert de compétences de l’Union vers le Royaume-Uni, il agite cette fois-ci le spectre de la sortie pure et simple de l’Union, nageant totalement à contre-courant de la doxa quasi-fédérale de la Commission européenne.

Faut-il y voir une stratégie politique du premier ministre britannique, eurosceptique modéré, qui ne sait plus comment faire pour contenir la droite europhobe de son parti ?

C’est en tout cas l’avis du président du Parlement européen, le social-démocrate allemand Martin Schulz, qui « suspecte M. Cameron de jouer un jeu dangereux avec cette proposition de référendum pour des raisons tactiques et de politique intérieure ».

Juger cette sortie de Cameron à l’aune d’une démarche purement électoraliste n’est cependant pas suffisant et ne convainc pas ; le prochain scrutin est lointain et par ailleurs s’il est indéniable que David Cameron a besoin du socle de voix de la droite des tories, il est toutefois à la tête d’un gouvernement de coalition au sein duquel les Libéraux-démocrates, europhiles de la première heure, jouent une place importante. Qui plus est, David Cameron doit avoir encore en tête l’exemple français, qui a montré que le choix de céder aux sirènes de la droite d’un électorat n’était pas probant.

Il n’en demeure pas moins que David, le chef de parti ou Cameron le chef du gouvernement, semble ne plus savoir à quel saint se vouer, à l’heure où le virulent Nigel Farage, du Parti pour l’indépendance du Royaume Uni (UKIP) rallie une partie de la population à la cause europhobe.

Et en cas d’avis négatif de la consultation populaire, qu’adviendrait-il de l’Union européenne ? Est-elle vouée aux gémonies sans son partenaire britannique ?

La démarche de Cameron ne sonne sans doute pas le glas de la construction européenne ; il doit déjà être réélu lors des législatives de 2015, ce qui n’est pas forcément chose aisée. Le sujet est en tout cas sur la table, et permettra à coup sûr de remuer les consciences. En témoigne le satisfecit – peut-être de façade – de la chancelière allemande qui lors de leur rencontre au forum de Davos a assuré à son homologue qu’elle était « prête à discuter des souhaits britanniques ».

L’Europe se fera alors par avancement différencié, ce qui peut être à terme la solution pour concilier les particularismes nationaux. C’est en tout cas l’avis mesuré de Sandro Gozi, député italien et ancien membre du cabinet de Romano Prodi, qui estime que « si on pense à l’Europe comme à une famille, alors ses enfants sont tous d’âges différents, et ne peuvent évoluer au même rythme. ».


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