Un peu d’économie : Mortal Kombat ou bonne chance aux Rois Mages ?

par Renaud Bouchard
mercredi 17 octobre 2007


Europe vs China

Originale sur la forme, la décision de la Zone Euro prise ce 8 octobre 2007 d’envoyer une délégation en Chine plaider l’appréciation du yuan et qui suit la voie tracée par les Etats-Unis laisse les experts pareillement sceptiques.

"Ils ne réussiront pas. L’Europe n’a pas de moyen de pression sur la Chine, même moins que les Etats-Unis", commente M. Stephen Jen, stratège spécialisé dans les changes en Asie et en Europe à la banque d’affaires Morgan Stanley.

Voici en effet que les ministres des Finances de la ZE sont en effet convenus lundi 8 octobre 2007 de faire du yuan leur cible numéro un, devant le dollar et le yen, dans leur offensive contre les déséquilibres mondiaux jugés responsables de l’envolée de l’euro.

D’ici à la fin de l’année, c’est un trio de choc que les ministres enverront à Beijin (Pékin) pour "engager un dialogue avec la Chine", savoir : le président de la Banque centrale européenne, M. Jean-Claude Trichet, le président de l’Eurogroupe, M. Jean-Claude Juncker et le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, M. Joaquin Almunia.

De source gouvernementale, on a en effet précisé à Reuters que les vingt-sept envisageaient aussi de faire figurer la question des taux de change à l’ordre du jour du sommet entre la Chine et l’Union européenne qui se tiendra dans la capitale chinoise à la fin du mois de novembre 2007.

L’économiste en chef d’UniCredit, M. Marco Annunziata, doute pour sa part du succès des pressions européennes, là où le secrétaire américain au Trésor, M. Henry Paulson, n’a obtenu que de piètres résultats.

Il a cependant estimé que cette nouvelle stratégie européenne pourrait renforcer la coopération entre l’Europe et les Etats-Unis afin de résorber les déséquilibres économiques mondiaux.

"J’imagine, a-t-il déclaré, que les dirigeants politiques américains sont sans doute contents de voir que leurs homologues européens partagent maintenant leur point de vue sur le yuan, à savoir que la monnaie chinoise devrait s’apprécier et à un rythme plus rapide".

Le poids de l’inflation chinoise

Toutefois, c’est en premier lieu contre le dollar et le yen que la monnaie unique a gagné du terrain. Depuis son lancement en janvier 1999, le cours de l’euro s’est apprécié d’environ 25 % par rapport à celui du yen et d’environ 21 % par rapport à celui du dollar. Pour la seule période des douze derniers mois, l’euro a renchéri de quelque 10 % par rapport aux deux autres devises.

Contre le yuan, l’euro s’est apprécié de 8 % environ depuis que la devise chinoise a été réévaluée au mois de juillet 2005.

L’euro vaut actuellement 10,6 yuans contre 9,8 yuans à l’époque, tandis que dans le même temps le dollar a perdu 7 % environ contre la devise chinoise, passant de 10,6 à 9,8 yuans.

C’est donc sans surprise que le ministère chinois des Affaires étrangères a répondu mardi aux Européens en réaffirmant que Beijin s’en tiendrait à sa politique de rendre le yuan "plus souple avec le temps", manière polie, certainement, de rappeler le célèbre proverbe chinois (inventé) : "Faites bouillir une brique jusqu’à ce qu’il en sorte du Won-Ton."

Plus sérieusement, on observera que M. Simon Derrick, spécialiste des taux de change à la Bank of New York Mellon, note pourtant que si la mission de la délégation européenne à Pékin semble vouée à l’échec, la Chine a ses propres raisons qui pourraient l’inciter à agir plus vite, "à commencer par les pressions inflationnistes dans le pays".

"Plus particulièrement, dit-il, je note que le communiqué de la banque centrale (chinoise) à l’issue de sa dernière réunion trimestrielle insistait sur la nécessité de coordonner plus étroitement politique monétaire et politique des changes".

Un autre argument, plus discutable, voudrait que l’Europe puisse avoir davantage l’oreille de Beijin car elle a jusqu’ici montré une attitude plus sobre que Washington ces dernières années à l’égard de la Chine. "Le simple fait de ne pas être Américains pourrait faire la différence", a en effet estimé M. Derrick.

Il n’est pas interdit de rêver. Simplement, il n’est pas non plus exclu que le réveil de l’UE soit difficile et que le décor de la chambre à coucher ait profondément changé si nous nous laissons endormir par nos adversaires.

Yukong a montré qu’il était capable de déplacer les montagnes. Montrons ce dont Hercule, Titan ou Atlas sont eux aussi capables.

L’heure est grave. Il nous faut donc accompagner nos trois représentants européens dans leur mission pour que celle-ci soit un complet succès. S’ils pouvaient recevoir le même soutien que celui prodigué par les zélateurs du ballon ovale... Mortal Kombat a commencé, et il s’agit-là d’une rencontre sportive autrement plus dangereuse. Nous ne saurions oublier qu’elle est à l’échelle de trois continents : l’Europe, l’Amérique et l’Asie.

Il faut non seulement nous battre, mais gagner !


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