Union Européenne : « Mais qu’on leur donne du FN »

par whistle
lundi 16 juin 2014

Les résultats de la dernière élection européenne positionnant le FN en première position des suffrages exprimés, n'est pas le résultat d'un désaveu de la gauche, mais l'aboutissement de la crise. 

Tandis que la panique saisit nos hommes politiques, les élites économiques, consciemment ou non, constatent le résultat de leur logique menée à l'échelle européenne. 

En effet, bien que les nationalistes s'opposent à une Europe de la finance, ils en sont sa conséquence. 

Certes la thèse d'un nationalisme promut par les intérêts financiers n'est pas nouvelle : d'Hitler à Pinochet, les exemples sont légion, le capital a parfois besoin ou a pour conséquence le nationalisme pour justifiant une organisation injuste de la société générée artificiellement par des politiques économiques de pillage.

Nous verrons comment, une idéologie prétendument en faveur de la souveraineté populaire peut cimenter et justifier les inégalités créées par un ordre libéral, à s'opposer au principe de solidarité.

 

I) La souveraineté populaire

Contrairement aux antifascistes primaires, qui pensent que combattre le fascisme se résume agir comme dans le jeu vidéo Wolfestein, il est essentiel de mener une réflexion légitime sur les origines du nationalisme. 

En 1648, le traité de Westphalie établit le principe de souveraineté en Europe, résumé par la phrase latine " cujus regio ejus religio", le traité de Westphalie stipule que chaque souverain est seul maitre de son territoire et que nul n'a le droit d'intervenir dans les affaires internes d'autrui. 

Le principe de la souveraineté du souverain sera alors théorisé par Thomas Hobbes qui établit le Léviathan comme souverain suprême légitimé par le peuple. 

Il faudra alors attendre les lumières pour établir la souveraineté du peuple, avec Jean Jacques Rousseau pour en arriver à l'idée d'un peuple souverain. 

Les révolutions américaines puis Française permettront de concrétiser ce principe. 

Le peuple est le souverain", ce principe nouveau sera pour Hegel la fin de l'Histoire, ou actualisation de la vie éthique, marqué par la première victoire d'une armée de citoyen face aux troupes prussiennes à Valmy. 

La souveraineté populaire et tant qu'idée n'est donc pas un fantasme nazi, il est la conséquence des idées des lumières. Il sera d'ailleurs à juste titre le modèle des révolutions anti-impérialistes de la décolonisation. 

Mais comment, de cette idée très légitime, en arrive-t-on aux horreurs de la Seconde Guerre mondiale ? 

 

II) Quel peuple ? 

Si les idées des lumières affirment que le peuple est le seul souverain légitime, très vite, un questionnement sur la nature du peuple est mis sur la table. 

Tandis que les lumières avaient établi des caractéristiques purement civiques, comme principe d'appartenance au peuple, les mouvances nationalistes dans toute l'Europe vont alors essayer d'établir un principe unificateur sur les bases du language, puis de l'ethnicité et enfin la biologie.

Cette tentative de préciser où commence et où se termine le peuple sera alors la principale source de tensions liées au courant nationaliste. 

Comme durant la période de la démocratie athénienne, plus de deux millénaires avant, le statut de citoyen est restreint. Ainsi, les droits de l'homme excluent la femme, mais de manière plus tacite, ceux-ci, au gré de la croyance populaire dominate, excluent les minorités qui menacent " la souveraineté nationale ". 

En effet, si les royaumes d'Europe s'étaient constitués par la mise en place de règles communes et de souverains communs appliquées à des peuples très différents, tant par leur language que par leurs ethnies, les nationalistes vont baser le principe de l'unité sur des caractéristiques identitaires et non de règles communes. Difficile de définir le souverain si celui-ci est par nature très abstrait. 

Tandis que Louis XIV était le roi des Bretons, des Basques, desLorrains, qui ne parlaient pas le Français, mais bénéficiaient des memes lois, routes, ponts, taxes, monnaie, écoles. 

Les nationalistes ethniques choisissent des critères bien plus triviaux. 

Le nationalisme ethnique qui se base sur une délimitation du peuple souverain sur des critères autres que celui de la loi et des institutions, se trouve alors obligé d'exclure plutôt que de fédérer. Ce sera le cas tout au long du 19ème et du 20ème siècle. 

Même si de telles limites ne signifient pas forcément les chambres à gaz, elles mèneront forcément à des déportations de minorités.

 

III) Libéralisme et nationalisme 

Si la révolution industrielle avait permis d'invalider l'analyse de Thomas Malthus sur les revenus agricoles et la démographie, le capitalisme dans son incapacité à répartir équitablement les richesses, a généré artificiellement des situations de pénurie .

La rareté engendrant la guerre de tous contre tous entraine alors les peuples à penser dans le cadre d'un jeu à somme nulle. 

Puisque pour gagner il faut que d'autres perdent, la restriction de la citoyenneté aux seuls bons éléments, permet, dans "esprit de certains, le salut de la nation et de rétablir la souveraineté populaire. 

On comprend donc très vite comment la situation de crise précède la formation de nationalisme restrictif. "on ne peut pas nourrir tout le monde" donc il faut bien trouver des critères pour désolidariser ou exproprier. 

Ainsi, si tout oppose nationalisme et libéralisme, l'un engendre l'autre. 

La disette ne permet pas d'être généreux. Ainsi, dans ce jeu à somme nulle créée par le pillage capitaliste, les nationalistes établissent des critères restrictifs qui permettre de justifier l'abandon de solidarité. Au lieu de combattre les causes du déclassement social, les nationalistes ethniques s'y adaptent. Pourquoi exclure si on peut accroitre le gâteau ? il semble que la prospérité ne mène généralement pas à la restriction identitaire.

 

IV) Progrès collectif 

Il est au lecteur de décider si la souveraineté populaire est tributaire d'un caractère ethnique, mais l'argument de la rareté engendrant le phénomène de restriction des critères définissant le peuple est un élément non négligeable dans cette analyse. 

C'est bien suite à la crise économique et aux conditions d'austérité imposées par le traité de Versailles que la montée d'Hitler et de ses thèses a été rendue possible.

Si les 30 glorieuses forçaient la nécessité d'accroitre le nombre de Français par l'immigration, les 30 piteuses culminées par la crise des sub-primes et des dettes souveraines mène certains aux limites de leur générosité identitaire. 

Ainsi, dans un jeu à somme nulle, engendré par le modèle économique actuel, chacun cherche à établir un narratif justifiant sa primauté sur les autres, et la légitimité d'avoir une plus grosse part du gâteau. 

Mais comme nous l'avons expliqué plus haut, Malthus a eu tort. Nous ne vivons pas dans un monde à somme nulle car la rareté est essentiellement relative. 

Il parait donc que le nationalisme ethnique, vers lequel tend le front national, ne s'inscrit pas en dehors de cet état de pillage des peuples à l'échelle européenne et planétaire, il en est la continuité.

Car si un peuple choisit de s'adapter à cette vision, il sera alors forcé d'exclure de plus en plus, et d'inventer des critères d'exclusion plus fantasques les uns que les autres. Cela signifie-t-il être souverain ou être esclave de la doctrine anglo-saxonne ? À vous d'y répondre. 

Une chose est sûre, en 1648 et en 1789, la France n'a pas marqué l'Histoire en excluant autrui, bien au contraire.

 


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