Nantes - Jean-Marc Ayrault le Maire vie

par Stephane Guezenec
mardi 22 janvier 2008

Vingt ans que Jean-Marc Ayrault est maire de Nantes, et sans doute bientôt six de plus. Son bilan justifie-t-il un quart de siècle de règne local ?

Le résultat de la prochaine élection municipale à Nantes semble joué d’avance. On s’interroge seulement sur la capacité de la candidate UMP (Sophie Jozan) à obliger Jean-Marc Ayrault à disputer un second tour. Si ce pronostic est confirmé, M. Ayrault s’apprête donc à présider le Conseil municipal et la Communauté urbaine pour la 4e fois soit 25 ans au total (1989 - 2014).

M. Ayrault a bénéficié avant tout de l’effet TGV

Nantes ressort régulièrement dans tous les classements (Nouvel Observateur, Le Point, etc.) comme une ville dynamique, prospère et où il fait bon vivre à 2 heures de Paris et à 1 heure des plages de l’Atlantique. On est donc en droit de penser que cette excellente image est liée à une bonne gestion, et donner quitus à M. Ayrault pour son administration de la ville. Pourtant, l’édile nantais n’est pour rien dans la construction du TGV - inauguré le 17 mai 1989 quelques jours après son élection - ni dans le développement du web ou du téléphone portable, tous éléments qui ont largement concouru au dynamisme démographique de la ville accueillant des wagons de télétravailleurs franciliens. Il n’est pas plus responsable de la construction du célèbre tramway, décidé par son prédécesseur. M. Ayrault a donc bénéficié d’un concours de circonstances extrêmement favorables au développement de sa commune. Il y a fort à parier que n’importe quel élu, avec de tels atouts, aurait honorablement tiré son épingle du jeu. Localement, il a de plus bénéficié du soutien involontaire d’une droite nantaise qui illustrait mieux qu’ailleurs le titre décerné dans son ensemble à la droite française de « droite la plus bête du monde ».

La communication : clé de voûte du système

Accordons toutefois au maire de Nantes d’avoir su organiser à Nantes un dynamisme culturel généreusement subventionné, mais qui a permis à la capitale ligérienne de sortir d’un paisible anonymat. Au « Festival des Trois Continents » qui existait depuis 1979, il a su adjoindre des manifestations comme « La Folle Journée » ou les spectaculaires prestations de « Royal Deluxe ». La communication autour de ces événements a été menée avec habileté et a flatté l’orgueil nantais pourtant mis à mal par les déboires du football local. Seule tache récente dans ce plan de communication impeccable, « Estuaire 2007 », manifestation d’art contemporain qui a pris l’eau - certaines œuvres ont vraiment coulé (cf. photo) - et dont l’organisation a été très fortement critiquée. Et comme tout événement artistique, toute salle de concert, bref tout projet « culturel » ne peut espérer survivre sans l’aval du clan en place, la responsabilité directe de cet échec lui incombe. On attend également avec impatience le premier bilan du « Hangar à Bananes », zone festive inaugurée pendant l’été 2006, mais aussi riante en hiver que Achgabat (capital du Turkmenistan) et dont l’objectif affiché est de vider les lieux de nuit du centre-ville.

Mais le talent de communication de Jean-Marc Ayrault et de son équipe ne s’arrête pas à l’exploitation habile de ce qui marche, mais s’applique également à masquer ce qui marche moins bien. Il est aidé pour cela par des médias locaux, et le premier d’entre eux Ouest-France, très proches de la ligne politique de Jean-Marc Ayrault, et qui manifestent un zèle modéré dans la dénonciation des insuffisances municipales. Trop sûr de lui, le maire en place franchit même parfois la ligne rouge, en demandant à ses sbires il y a quelques semaines de lister quartier par quartier « les opposants notoires ». Une mobilisation de l’opposition, exceptionnelle dans la région, a permis de lui faire renoncer à ce projet stalinien et symptomatique d’une certaine dérive.


Une gestion contestable et coûteuse

Car contrairement à ce que pensent les Nantais, la gestion de la ville et de la communauté urbaine sont essentiellement frappées du sceau du clientélisme et du laxisme. De nombreux postes de fonctionnaires ont été créés au niveau de « Nantes Métropole », doublonnant allégrement avec les services de la ville. Autant de voix acquises ! Le budget de la ville suit donc une courbe ascendante, bien au-delà de l’inflation. Ainsi le budget 2006 de Nantes (459 M€) est-il supérieur de 10 % à celui de 2002 (367 M€), inflation et hausse de la population déduite. Les impôts locaux sont à l’image de cette gestion : La taxe d’habitation y est supérieure de 53 % à la moyenne nationale, la taxe professionnelle de 35 % et, en dix ans, le rythme d’augmentation des impôts nantais aura été trois fois supérieur à celui de Rennes, sa voisine et concurrente. Un mandat de M. Ayrault, c’est au bout de six ans environ 1000 euros de dépenses supplémentaires par habitant par rapport à l’inflation. Cela fait tout de même cher le bulletin de vote ! On est en droit d’attendre de Nicolas Sarkozy qu’il nous rende du pouvoir d’achat, mais en attendant M. Ayrault nous le siphonne allégrement.

Un niveau d’insécurité élevé

Silence également autour du fait qu’avec Strasbourg, Nantes a été le 31 décembre dernier la ville championne de France des voitures brûlées. Qui le sait ? Et certains quartiers n’incitent guère le soir à la promenade dans la 6e ville de France pour le niveau d’insécurité.

Une usine classée Seveso à proximité du centre-ville

Tout aussi absent du plan média de l’équipe municipale en place depuis bientôt vingt ans, la présence dans la ville, à moins de 4 km du centre de celle-ci, de l’usine Sonastock, classée Seveso. Située sur les bords de Loire, elle induit une menace latente sur les quartiers populaires de la Roche-Maurice, Chantenay ou Bellevue et obère toute chance de développement d’habitation dans une zone pourtant facile d’accès. C’est un peu comme si une usine de ce type était située dans les confins du 15e arrondissement à Paris... N’y avait-il vraiment rien à faire en deux décennies pour remédier à cette situation ?

Le maire des projets ensablés

Ce n’est pas non plus la célérité, ni une très bonne planification qui caractérise le projet « Île de Nantes » dont les Nantais entendent beaucoup parler, mais dont la concrétisation tarde à être observée. Cette île, friche industrielle, située à un jet de pierre du centre-ville avait tout pour se développer au rythme de l’arrivée de nouveaux Nantais que le TGV a charriés. Une société d’économie mixte aux finances opaques, la Samoa, a bien été constituée, mais on aimerait connaître exactement l’emploi qui a été fait des énormes fonds publics mobilisés. On déplore désormais l’absence de 3 000 logements dans cette ville et, à quelques immeubles près, on comprend mal comment cette énorme ressource foncière n’a pu être exploitée en trois mandats successifs pour combler ce manque.

Mystérieusement passé sous silence ces derniers mois, l’arlésienne du nouvel aéroport constitue lui aussi un sujet sensible. La ville est journellement survolée par des avions à basse altitude en raison de la proximité de l’aéroport actuel. Voilà trente ans qu’une réserve foncière est constituée en périphérie à Notre-Dame-des-Landes pour une nouvelle infrastructure aéroportuaire. Depuis, la donne écologique a changé, mais les statistiques continuent à promettre à Nantes un crash sanglant (un Airbus place Royale, ça fait désordre), mais les Verts, alliés de Jean-Marc Ayrault, sont contre le nouvel aéroport tandis que lui est pour, mais de plus en plus discrètement. Qui le maire finira-t-il par trahir ? Verra-t-on un jour l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ?

On pourra s’étonner également de l’ardeur municipale à étendre le CHU du centre-ville au détriment de son extension au Nord (alias Hôpital Nord), un bâtiment construit il y a vingt-cinq ans sur la commune de Saint-Herblain dont le maire à l’époque s’appelait... Jean-Marc Ayrault.

Le sport, moins gâté que la culture

Le tableau ne serait pas complet si l’on n’évoquait pas le sport, parent pauvre de la municipalité. On peut difficilement tenir rigueur à M. Ayrault des déboires sportifs du FCNA, même si son implication dans la vente du club au Figaro, donc à Dassault, n’a certainement pas rendu service à cet ex-grand club français. On doit néanmoins souligner qu’aucun club nantais dans aucune discipline sportive n’évolue plus dans l’élite, alors que des villes comme Rennes ou Le Mans affichent de bien meilleurs résultats. Et où est le grand stade d’athlétisme promis par M. Ayrault en 2001 ? Certainement sur un beau plan consultable à l’occasion des inénarrables « comités de quartier » fausse tentative de démocratie directe, mais vraies réunions de soutien à l’ancien professeur d’allemand et au cours desquelles il ne fait pas bon émettre la moindre réserve sur l’équipe en place. Pourtant, les sujets de mécontentement ne manquent pas (consulter pour s’en convaincre un forum comme http://www.linternaute.com/ville/ville/temoignage/527/5/negatif/nantes.shtml ) : Travaux, circulation, propreté de la ville sont les sujets qui reviennent le plus fréquemment.

Un maire à temps partiel

Capitalisant sur ses succès électoraux nantais, M. Ayrault a su se faire une place dans le marigot socialiste. D’abord député (1986), mais jamais ministre (ni Rocard, ni Bérégovoy, ni Jospin ne l’ont jugé indispensable), il est président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale depuis plus de onze ans, prouvant à Paris comme à Nantes qu’il n’est pas aisé de le déloger d’une place qu’il a su conquérir. Le qualificatif de « brillant » le décrit cependant assez mal. C’est en effet moins l’originalité de ses propos que la ténacité qui le caractérise. Localement, il débite l’eau tiède à l’occasion de discours lénifiants. Au plan national, il manie une langue de bois massive, dénuée de toute pensée originale, soutenant servilement les gouvernements socialistes, fustigeant sans humour ceux qui ne le sont pas. Il est habile, mais on le dit brutal et méprisant. Il se tient à l’abri du génie et ne peut faire d’ombre à ceux qui à gauche réfléchissent (Rocard, Strauss-Kahn, Manuel Valls...).

Malgré tout cela, le verrouillage mis en place lui permet d’envisager tranquillement de diriger l’une des plus grandes villes de France pendant vingt-cinq ans - un quart de siècle ! Est-ce vraiment démocratique ? Les Nantais n’ont-ils pas envie d’ouvrir les portes, les tiroirs et les placards afin de chercher les cadavres qui ne doivent pas manquer de s’y trouver ?

Alors vingt ans ça suffit, l’alternance c’est avant tout la démocratie.


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