Toulouse : quel territoire pour quel projet ?

par Benoît Lanusse
jeudi 21 décembre 2006

Quel territoire pour quel projet ? "Petite" question pour souligner ce qui me semble un des plus gros problèmes de Toulouse et de son aire urbaine, son incapacité à définir aujourd’hui :
- des périmètres lisibles et cohérents d’aménagement de son territoire
- des projets de territoires globaux et agencés
- des institutions fortes et opérationnelles qui correspondent aux territoires de vie et de projets.

Explications.

Toulouse, une mozaïque brouillonne

Aire urbaine, aire métropolitaine

342 communes, d’une grande diversité (du bourg rural à la ville dense) composent l’aire urbaine de Toulouse, selon le recensement de 1999 de l’Insee.
Les limites de l’aire urbaine ne s’arrêtent pas, bien sûr, à celles du département.
Autour de l’aire toulousaine, une étoile d’aires urbaines plus petites sous son influence : Montauban, Albi, Auch, etc.

Un individualisme communal très fort

Les intercommunalités de l’aire urbaine
Un maillage inabouti

342 communes donc, dont 25 % ne sont même pas membres d’une intercommunalité.
Les intercommunalités existantes sont bien loin d’organiser le territoire selon des bassins de vie réels.
Belle performance pour "l’agglomération" toulousaine qui comprend pas moins de trois communautés d’agglomération :
- le Sicoval, 36 communes du Sud-Est, 65 000 habitants, qui, depuis 1975, a une vraie démarche intercommunale
- le Grand Toulouse, 25 communes, 600 000 habitants, qui, depuis 2001, porte certaines compétences (développement économique, politique de l’habitat, grands projets d’aménagement)
- la communauté d’agglomération du Muretain, 16 communes du Sud-Ouest, 65 000 habitants.

342 communes et, à ma connaissance, aucun PLU partagé par plusieurs communes. Chacun reste maître chez soi.
De très nombreuses communes rurales n’ont pas de document d’urbanisme et plusieurs, y compris des communes de 3000 à 7 000 habitants, en ont un datant de la fin des années 1980 (très adapté donc à la situation d’expansion démographique actuelle).

Des tentatives de réflexion, mais sans moyen d’action

Mozaïque toulousaine
Les différentes couches dans lesquelles s’inscrit le développement de Toulouse

La question des déplacements est gérée par un syndicat mixte, le SMTC, plus connu sous le nom commercial de Tisséo. Le plan de déplacements urbains (PDU) concerne 104 communes.
Son périmètre ne correspond pas à une ou à un ensemble d’intercommunalités, ce serait trop simple. Résultat : la révision du plan de déplacements urbains et la mise en oeuvre des projets décidés sont cahotiques, car sources de négociations permanentes en coulisse.

Une démarche de réflexion globale sur le devenir de l’aire urbaine porte actuellement sur la création de quatre Scot (schémas de cohérence territoriale). Le but est de coordonner les projets de développement selon différentes thématiques (urbanisme, transport, économie, habitat, etc.).
Le Scot central inclut Toulouse et 116 autres communes, soit presque le même périmètre que le PDU, mais pas tout à fait (on n’aime pas les choses simples, à Toulouse).
Si les orientations discutées sont intéressantes, il est à craindre que les intentions ne restent en partie au placard, faute de structure pour les porter. Je connais, par exemple, une commune en train de revoir son PLU et qui ne semble pas du tout se préparer à jouer le rôle de pôle structurant qu’on semble vouloir lui faire jouer.

Et demain ?

Quand bien même on ne cesse de nous lanciner sur le dynamisme toulousain, on ne peut que regretter que l’aire urbaine toulousaine se développe au fil de l’eau sans projet partagé, sans cohérence, sans réel organisme de régulation, et on doit craindre que cela finisse par se payer plus tard.

Lors des campagnes des futures élections municipales, sans doute les futurs candidats insisteront-ils sur le projet qu’ils ont pour leur commune et pinailleront-ils sur quelques choix polémiques : deuxième rocade, tramway et métro, Zac bidule et Zac machin, etc.
Mais combien parleront d’un projet pour le bassin de vie auquel appartient leur commune ? Combien parleront d’un projet pour l’aire urbaine toulousaine ?

Pourtant, cette terre du rugby devrait savoir qu’un collectif qui fonctionne ne se fait pas au détriment des individus qui le composent, mais, au contraire, qu’il les sublime, et qu’il permet d’être autrement plus ambitieux qu’un ensemble d’individus qui poussent, chacun de son côté.

Pour avancer, l’aire urbaine a donc besoin d’une communauté urbaine à Toulouse forte et que les autres communes s’organisent, pour de bon, en des intercommunalités qui ne correspondent pas à des baronnies ou à une alliance facile avec les municipalités dont on est le plus proche, mais à des bassins de vie.
Pour avancer, l’aire urbaine a également besoin que ses élus soient capables de dépasser les querelles partisanes ou de personnes, ainsi que leurs certitudes, pour élaborer des projets partagés et ambitieux pour leurs territoires. Si on ne peut pas être d’accord sur tout, on peut souvent être d’accord sur l’essentiel.

Bien plus qu’un clivage droite/gauche, l’enjeu des futures élections locales, dans l’aire urbaine toulousaine et ailleurs, me semble être donc bien celui-là : quel territoire pour quel projet ?

C’est aussi cela, ma vision d’un urbanisme politique.|left>|left>

(L’article complet avec le contre-exemple bordelais et plus de cartes sur mon blog).


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