Une statue du pape contre le statut de la République

par Robert Albarèdes
mardi 17 octobre 2006

 Une bretonnade qui n’est pas une galéjade. . .

La petite ville bretonne de Ploërmel se serait sans doute bien passée de la notoriété (sulfureuse ?) que lui confère la décision saugrenue de son maire qui se propose d’installer, aux frais des contribuables, au beau milieu d’un carrefour spécialement aménagé, une immense statue de feu Jean-Paul II surmontée d’une croix culminant à dix mètres, dans le plus pur style du « réalisme socialiste » de fâcheuse mémoire, élaborée par un artiste russe nostalgique apparent d’un temps révolu...

Outre qu’une telle érection (il ne fallait surtout pas manquer le mot...) viole l’article 28 de la loi de 1905, elle ne peut se réaliser que parce que la commune dirigée par Paul Anselin, apparenté UMP, a voté les sommes nécessaires à la construction du socle chargé de l’accueillir (100 000 euros !), à l’aménagement spécifique de l’espace-carrefour « récipiendaire », sans oublier les 30 000 euros dégagés pour assurer l’inauguration de l’ensemble à la fin de ce mois... Et là, c’est l’article 2 de la loi de 1905 qui est bafoué.

Rendons grâces aux citoyens laïques et républicains de cette commune pour l’action engagée contre une telle initiative, à travers une pétition populaire (à signer sur le site : www.mesopinions.com, ou par le biais de l’adresse : guillaume.veguer@wanadoo.fr) et en saisissant le Tribunal administratif de Rennes pour faire annuler les délibérations municipales prises... Et remarquons, pour finir sur une note humoristique, que l’institut religieux des Frères de La Mennais, installé dans la commune, a refusé l’installation de cette « oeuvre d’art » dans le jardin privé de son établissement !

La décision de ce maire zélé - violation de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat - s’inscrit dans la longue liste des contournements de cette loi que s’autorisent les élus locaux et territoriaux de tous bords quand ils financent, ici, une mosquée « cachée », là, une structure d’enseignement confessionnel « déguisée »... Mais elle préfigure surtout ce qu’il adviendrait dans nos communes si le rapport Machelon, remis au ministre de l’Intérieur le mois dernier, venait à accoucher d’une loi de « toilettage de la loi de 1905 » car il ne prévoit ni plus ni moins que la disparition de l’article 2 de la loi organique.

En conséquence, les impôts locaux pourraient servir à financer la construction des mosquées comme celle des églises presbytériennes ; l’édification des écoles coraniques comme celle des associations confessionnelles de toutes sortes ; la mise en place d’espaces d’assistanat social soumis à une croyance quelconque ou à une communauté particulière. D’une manière plus générale, les impôts locaux pourraient servir à satisfaire les intérêts particuliers de certains au détriment de l’intérêt de tous...

Quand on sait que nos communes ont des besoins considérables en tous domaines, il y a de quoi s’indigner de savoir qu’elles pourraient les sacrifier au profit de demandes émanant de communautés fermées, religieuses ou non...

Quand on sait combien le poids de l’impôt local devient de plus en plus important chaque année, il y a de quoi s’indigner quand on apprend qu’il pourrait s’alourdir encore pour des besoins privés, confessionnels ou non...

Quand on sait que les élus locaux passent une partie de leur temps à se plaindre des charges indues qui pèsent sur les budgets communaux et territoriaux, tout en déplorant la faiblesse de leurs ressources, il y a de quoi s’indigner quand on devine qu’ils pourraient se voir imposer là un nouveau poste d’accroissement de leurs dépenses de fonctionnement et d’investissement...

« Toiletter » la loi de 1905, c’est -selon le rapport « Machelon » et l’attitude commune de trop d’élus- la vider de sa substance par la suppression de son article 2 : « La République ne reconnaît aucun culte, elle n’en salarie ni n’en subventionne aucun », et ouvrir la voie à la déstructuration de notre société qui s’émietterait en ensembles communautaires concurrents. Quelles que soient les motivations cachées qui poussent le personnel politique de ce pays, cela demande - au moins- un débat public, et une initiative référendaire.

Les campagnes électorales qui s’ouvrent doivent être utilisées par tous ceux qui ont à cœur de défendre et de conforter le principe fondateur de laïcité pour intervenir, avec force, sur la place publique.

cplaid@yahoo.fr

http://liberte-egalite-laicite.over-blog.com


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