100 000 dire « NON » !

par olivier cabanel
mardi 5 juillet 2011

Les forces de l’ordre italiennes avaient jusqu’au 30 juin pour permettre le démarrage, côté italien, du projet TGV Lyon Turin. Tâche compliquée, puisque les No TAV, propriétaires du terrain où devait s’ouvrir le chantier y étaient hostiles.

Alors le 27 juin le gouvernement italien a envoyé 2000 gendarmes pour déloger les 200 militants non violents qui campaient sur leur propriété. (lien)

L’enjeu est de taille, car l’Europe avait promis une jolie subvention, si le chantier était ouvert, et si les engagements financiers entre la France et l’Italie étaient définis.

Cette dernière clause n’a pas eu une réponse favorable, et coté chantier, les choses se sont sérieusement compliquées le 3 juillet, puisque les No Tav ont réussi à mobiliser entre 60 000 et 100 000 manifestants. vidéo

La police évoque 6000 manifestants… lien

Le « Dauphiné Libéré » avait récemment affirmé que les opposants au Lyon-Turin n’étaient que quelques centaines de militants anarchistes. lien

(Ce même journal avait affirmé que le projet couterait 3 milliards (au lieu des 25 réels) et serait créateur de 30 000 emplois, au lieu de 2600 réels…étranges journalistes)

Les manifestants sont venus de toute l’Italie, (lien) de Gènes, Milan, Turin, Venise Rome...pour dire non à ce projet qui détruirait une vallée magnifique, et qui n’a d’autres buts que de remplir les poches de la maffia, sous le prétexte de gagner quelques heures entre Lyon et Turin, alors qu’aujourd’hui, peu de trains assurent cette liaison, vu la modestie de la demande. lien

Pour bien comprendre la situation, le chantier se trouve tout en bas de la vallée, au pied du fort d’Exilles, et les 2000 gendarmes, par vacation de 500 sont sensés se relayer régulièrement pour occuper (illégalement) le site. lien

Les dizaines de milliers de manifestants convergeant de 4 cotés à la fois pour arriver tout autour du site, empêchaient fatalement le remplacement des forces de police. lien

Pourtant le gouvernement italien avait tout fait pour les empêcher d’arriver, disposant a chaque sortie d’autoroute des blocs de béton. lien

J’y étais avec quelques élus, et responsables d’associations français, savoyards et isérois, pour apporter notre soutien aux manifestants ayant pu passer de justesse juste avant la mise en place du blocus policier.

Co-président d’une coordination qui milite depuis 20 ans pour un projet alternatif : nos arguments rejoignent ceux de nos amis de NoTav. lien

On notait aussi la présence du « gouvernement provisoire de Savoie » hostile au projet, alertant les populations de la présence confirmée par des experts, d’amiante et d’uranium (lien) « qui contribueraient à une pollution dévastatrice pour nos vallées et nos stations touristiques  ». lien

Etait présent aussi Beppe Grillo, le « Coluche » Italien. lien

La prise d’assaut du terrain des No Tav le 27 juin avait fait de nombreux blessés.

Lors de la manif du 3 juillet, des grenades lacrymogène lancées du haut d’un hélicoptère sur la foule des manifestants, ou en tir parfois à hauteur d’homme (lien) par les forces de police ont blessé près de 200 personnes, et j’ai pu témoigner auprès du député européen, présent ce jour là, lui confirmant que des enfants, des personnes âgées, sans défense, se voyaient ainsi agressées. lien

A la fin de la manifestation Alberto Perino, l’un des leaders des NoTav a revendiqué la victoire de son mouvement,

« Nous voulions prendre d’assaut le chantier, nous l’avons fait, nous avons vaincu » à-t-il déclaré à l’issue de la journée, journée qui a fait de nombreux blessés dans les deux camps. lien

Du coté français, la mobilisation est menée sur un autre terrain, car même si beaucoup d’opposants ont baissé les bras, découragés par les mensonges, les réunions appelées à tort « débats publics » n’étant que des opérations de promotion du projet, nous sommes quand même encore quelques uns à lutter contre le despotisme de la grande vitesse et pour le développement des TER. lien

Nous avions demandé et obtenu en 1997 une expertise indépendante auprès de la Région Rhône-Alpes, menée par le cabinet Reverdy, et leurs conclusions ont été accablantes :

Doutes sur la rentabilité économique possible du projet, (page 96) chiffres de trafic contestables, ou contradictoires, carence de débat démocratique, approche techniciste et réductrice de l’environnement etc. (page 154).

Les experts avaient privilégié une gare en Combe de Savoie, alors que la décision a été prise en haut lieu de la faire en plein Chambéry. (page 146)

Et puis les experts préconisaient, au cas où malgré tout, les promoteurs du projet décidaient de confirmer le projet, de percer le tunnel de base, avant tout autre chantier. (page 176).

C’est le contraire qui a été décidé.

Pour le fret, les experts choisissaient la modernisation de la ligne « Ambérieu, Aix les Bains, st Jean de Maurienne » (page 172) et c’est justement ce que nous défendons depuis le début.

« Il n’en reste pas moins évident que la réutilisation, avec amélioration des voies existantes, seraient nettement moins préjudiciables pour l’environnement que la création d’une voie nouvelle » écrivent les experts à la page 63 de leur rapport.

A La Motte Servolex, passage obligé du projet TGV et fret, des yeux se sont ouverts, et des citoyens qui avaient déjà obtenu un déplacement de la ligne moins nuisible à la commune, se sont de nouveau emparés du problème, ne voyant plus l’intérêt de ce projet pharaonique, et lui préférant un projet alternatif défendu par un ingénieur inventif, Michel Martin.

Considérant que la ligne historique, qui d’Ambérieux à Modane, passe au bord du Lac du Bourget, continuera malgré tout, si le projet Lyon Turin se réalisait, à voir passer des trains, pénalisant les riverains, et l’environnement, Michel Martin a mis au point un projet alternatif :

Il a réussi à faire passer sur la ligne historique transformée autant de marchandises que celles espérées sur la ligne nouvelle en supprimant toutes les nuisances actuelles, et pour un prix 5 fois moins important que celui du Lyon Turin.

C’est ce qu’il a présenté lors d’une réunion publique à la Motte Servolex le 6 mai 2011, à l’initiative des associations de défense de la Savoie et de l’Isère en présence de nombreuses personnalités politiques de la Région. lien

On notait dans la salle la présence de Louis Besson, l’ancien ministre des transports et l’un des essentiels promoteur du projet pour qui nous eûmes quelques difficultés à reprendre le micro, lors des questions du public, ce dernier refusant la règle appliquée à tout le monde (intervenants y compris) 3 minutes par question, et 3 minutes par réponse.

D’autre part, la récente promotion du système R-shift-R, procédé de fret ferroviaire qui permet de prendre des parts de marché à la route parce qu’il est moins cher, plus rapide, et moins nocif pour l’environnement que la route, devrait être la cerise sur la gâteau, provoquant l’abandon du projet en cours, en lui préférant la transformation de l’existant, sans création de voie nouvelle.

En effet, le Prédit (programme de recherche et d’innovation dans les transports terrestres) a décidé de primer R-shift-R le 11 mai 2011 à Bordeaux. lien

Ce procédé permet aux convois fret de charger et décharger les marchandises en 6 minutes, de franchir des pentes de 30 pour 1000, et de rouler à 130 km/h sur la voie ancienne transformée.

Rappelons que l’Europe avait promis de subventionner le projet Lyon Turin à hauteur de 300 millions.

Le 21 novembre 2010, elle l’avait déjà sanctionné « pour cause de retards accumulés  » en décidant « de réduire de 9 millions les fonds qui avaient étés alloués » et menaçant de d’allouer le reste de ce qui était prévu «  à d’autres projets plus crédibles et plus efficaces  » si, au 30 juin 2011, le montage financier n’était pas validé, et si les conditions d’ouverture du chantier n’étaient pas réunies.

Gageons que la mobilisation du 3 juillet, et les débordements policiers ne soient pas du gout des autorités européennes.

D’autant que les 19 milliards que devait couter initialement le projet viennent de faire des petits, puisque maintenant, opposants et promoteurs du projet acceptent de dire qu’il couterait, juste pour la partie française, 25 milliards d’euros, sans le contournement ferroviaire de Lyon, ni le matériel roulant.

Le 18 mai dernier, un rapport a été rendu, celui de Grignon et Mariton, mettant à mal les projets pharaoniques du gouvernement, et préconisant plutôt un développement des trains régionaux. lien

Ce n’est pas une bonne nouvelle pour notre autocrate président qui prévoit de dépenser 80 milliards d’euros pour construire 2000 km de voies à grande vitesse.

Quand on voit les difficultés que rencontre la ligne Tours-Bordeaux pour boucler son financement, ainsi que d’autres projets en cours, largement contestés par les animateurs de la charte de Hendaye, (lien) on ne peut que regretter l’obstination du gouvernement.

Hervé Mariton, dans son rapport, s’inquiète de la dette de la SNCF qui pourrait plus que tripler, et de celle de RFF déjà proche de 30 milliards d’euros qui atteindrait au minimum les 35 milliards d’euros comme l’écrit Olivier Cognasse dans les colonnes de « l’Usine Nouvelle ». lien

Espérons que le bon sens finisse par l’emporter, car comme dit mon vieil ami africain :

« Ils peuvent couper toutes les fleurs, mais ils ne peuvent pas arrêter le printemps ».

L’image illustrant l’article provient de « ecoalfabeta.blogosphere.it »

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