Affrontement Est-Ouest et Guerre en Ukraine : 3 scÚnarios de sortie du conflit. Vers un nouveau Yalta ?

par Hamed
mercredi 5 octobre 2022

 Dans une revue française « Politique étrangère », la « Stratégie américaine et Stratégie soviétique en Extrême-Orient », en 1951, le général français Jean Marchand donne une analyse très édifiante sur la situation d’après-guerre. « L'Extrême-Orient est, actuellement, la zone la plus « névralgique » de l'univers. Les États-Unis d'Amérique et l'Union des Républiques soviétiques s'y trouvent en contact. Dans l’Extrême Nord, ils s'accrochent au pont aéronaval du détroit de Bering et semblent se mesurer dans un tête-à-tête menaçant ; au Centre et au Sud, ils sont séparés par l'immensité de l'océan, mais la frontière du littoral, reportée par les Américains de Californie à la rive opposée du Pacifique, court d'îles en îles, le long du continent asiatique – de la façade russe.

Les deux blocs y sont aux prises dans une guerre froide, comme en Europe ; mais, de plus, engagés dans une lutte péninsulaire dont l'enjeu pour les Occidentaux est représenté par la conservation des têtes de pont établies au flanc de la Chine ; et, pour les Soviétiques, par la prise de bases de départ vers le Japon ou le Sud-Est asiatique, nouvelles étapes vers l'hégémonie mondiale. 

Dans le camp occidental, près d'un million d'hommes participent à cette lutte ou occupent, pour faire face éventuellement à un conflit généralisé, des positions de repli ou de départ échelonnées dans le Pacifique. De leur côté, les Russes, les Chinois et leurs satellites mettent en jeu une masse considérable, supérieure à deux millions de combattants, répartis sur les théâtres d'opérations actifs et les aires de défense.

Les Anglo-Saxons restent, en outre, menacés par la volonté d'expansion d'une humanité jaune très prolifique qui, depuis un demi-siècle, préoccupe les peuples de race blanche établis en bordure de l'océan Pacifique. Mais les Anglo-Saxons demeurent, à des degrés divers, intéressés à l'important marché économique de cette humanité. » 
 

  1. L’Union soviétique et la Chine, contrepoids à l’Occident dominateur et principaux soutiens à la libération des peuples colonisés

 Ce que développe le général français Jean Marchand, des stratégies du bloc occidental et du bloc communiste, la situation montre que la situation, à l’époque, n’était pas seulement tendue, ou extrêmement dangereuse, c’était plus une question de survie pour chaque système politique, et donc l’ossature de chaque bloc. Ce n’est pas seulement une méfiance qui s’est instaurée à la fin de la guerre, en 1945, entre les deux grandes puissances, les États-Unis et l’URSS sorties victorieuses de la guerre, mais la situation conflictuelle générée par l’essence inconciliable même du capitalisme avec le communisme. Ce qui fait que chaque puissance cherche par tous les moyens à détruire l’autre. Il était clair que les deux systèmes ne pouvaient coexister, puisque chacun constituait un danger latent pour l’autre.

Cependant, dans cet affrontement avec les États-Unis, les Soviétiques étaient assurés qu’ils se trouvaient dans la bonne cause. Pour eux, le communisme était la bonne réponse pour les peuples, pour libérer les peuples de la domination occidentale. Alors que le système capitaliste visait, le capital financier mondial aidant, à dominer le monde. En clair, l’impérialisme financier devenait un substitut à la colonisation, et le phénomène de la finance mondiale dominée par l’Occident est une réalité aujourd’hui.

Les ex-pays colonisés sont certes indépendants, mais tous sont assujettis aux grands pays occidentaux, par le capital. Ils sont tous dépendants du dollar, de l’euro, de la livre sterling, du yen japonais. Pour peu que leurs réserves de change fondent en ces monnaies, et c’est la crise, les émeutes du pain, ces pays sont asphyxiés et viennent ensuite les institutions internationales, le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale (BM), dépêchées par les grandes puissances occidentales. L’essentiel des fonds de ces institutions financières internationales sont constituées de fonds, de capitaux que les Banques centrales des États-Unis, de l’Europe monétaire (zone euro), du Royaume-Uni et du Japon qui ne tient qu’à eux de créer. Ces grandes Banques centrales constituent un consortium financier mondial.

L’avènement de la Banque de Chine dans ce consortium n’est pas de bon augure pour les pays occidentaux. Le yuan chinois en tant que monnaie de réserve dans le DTS (droits de tirage spéciaux), une monnaie internationale qu’utilise le FMI, vient partager avec l’Occident le « droit de seigneuriage » sur le reste des pays du monde. Et l’aide qu’octroie l’Occident aux pays du reste du monde en difficultés financières et économiques n’était en fait que pour les ferrer plus dans le système financier occidental, les rendant encore plus fragilisés, plus dépendants de l’Occident.

 Donc, au sortir de la guerre en 1945, la complexité de la situation était telle que l’affrontement Est-Ouest avait tout son sens. Et l’Union soviétique et la Chine constituait un contrepoids naturel à l’impérialisme occidental. Cependant cette guerre froide n’augurait rien de bon pour l’humanité si cette guerre venait à durer. Le général français Jean Marchand donne des précisions de grande importance sur la situation qui prévalait à l’époque.

 « Les États-Unis ont, en dépit de leur libéralisme et du concours apporté aux peuples « dépendants » lors de leur tentative de libération, encouru de la part des Asiatiques les mêmes réprobations que les Européens. Les haines provoquées par le régime colonial ou par le système d'exploitation économique trouvent, maintenant, d'autres raisons de s'exprimer. La rémanence de l'activité des Américains en Chine, leur entreprise en Corée, l'aide qu'ils consentent aux nationalistes de Formose et le droit qu'ils se sont arrogé de prendre en tutelle les îles Ryou-Kyou et Bonin soulèvent de nouveaux ressentiments.

 Et cette animosité est exploitée par une propagande passionnelle, frénétique, qui dénonce les éternels « fauteurs de guerre » et les « impérialistes colonialistes ». [...]

 La possession de la bombe atomique par les Russes, confirmée récemment par Staline, a modifié les données du problème. La menace a pris un caractère de réciprocité, mais joue en faveur des Américains, qui disposent d'une double supériorité quant au nombre de bombes en réserve et à la puissance des moyens aériens prévus pour leur transport (le bombardier B-36 américain transporte 15 tonnes de bombes à 8 000 kilomètres, tandis que le bombardier TU-4, analogue au B-29, en service dans l'aviation soviétique, transporte seulement 9 tonnes à 2 100 kilomètres). Cette supériorité est temporaire, la marge entre les réserves détenues par les deux opposants peut diminuer progressivement ; d'autre part, il n'est pas impossible que les Russes parviennent à combler dans le domaine de l'aviation de bombardement leur retard, si ce n'est chose faite, « s'il est prouvé », comme l'affirme le général Vandenberg, chef d'état-major des forces aériennes des États-Unis, « que les Russes possèdent une industrie en plein essor et en pleine activité et qu'ils soient, au point de vue technique, au même niveau que nous ». Il est donc prudent de ne pas sous-estimer les possibilités de l'aviation stratégique. D'autre part, le territoire des États-Unis, avec ses centres vitaux très resserrés et ses populations peu préparées à subir les effets atomiques (elles n'ont jamais vécu dans la crainte d'une menace directe) » est plus sensible que celui de l'URSS.

Dans ces conditions, la menace réciproque peut s'équilibrer et imposer la neutralisation de l'arme atomique. De toute façon, elle n'est plus considérée comme un moyen suffisant pour faire échec à la stratégie soviétique. [...]

L'atout chinois. La Chine est le facteur essentiel de la stratégie soviétique. Elle a apporté au communisme des gains territoriaux et humains considérables. Sa puissance intérieure s'est consolidée si l'on en juge par la disparition sur son sol des résistances nationalistes, exception faite pour quelques îlots en bordure de ses frontières Sud, et par la rigueur scrupuleuse de son administration. Elle bénéficie à l'extérieur des sympathies agissantes que lui valent la nature de pays asiatique et le succès de sa révolution, et c'est vers elle que se tournent les espoirs des jeunes États de l'Asie. Ayant par conscience de son rayonnement historique, elle est en mesure de reprendre la politique agressive et de débordement qu'elle a toujours mise en pratique dans les périodes de puissance. Elle se trouve d'ailleurs engagée, sur une large échelle, dans une intervention indirecte, sous la forme d'une aide matérielle et morale aux mouvements de résistance de Birmanie, de Malaisie et d'Indochine. Elle peut donc à tous moments passer à l'intervention directe et d'autant plus facilement qu'elle dispose, face au Sud-Est asiatique, de forces importantes (environ 250 000 hommes), dont l'entrée en jeu modifierait l'équilibre établi ; de plus, elle recevrait l'appui de ses colonies, fortes de douze millions d'âmes, qui, à l'annonce d'un succès hors des frontières, se fondraient dans les mouvements de dissidence et de guérilla. [...]

Les deux stratégies, américaine et soviétique, se sont engagées sur une même voie détournée et semblent, du moins pour le moment, écarter le recours à un conflit généralisé. Elles entretiennent sur le front de l'Asie une guerre limitée, profitable aux Russes, qui ménage leurs forces en retenant loin de leurs bases une partie de celles des Américains, mais qui impose à leurs satellites de lourds sacrifices hors de proportions avec les résultats attendus.

Dans ces conditions, il n'est pas exclu que les Soviets ne tentent, en faisant état d'une situation militaire encore favorable, d'établir une pause qui leur permettrait d'exploiter les possibilités offertes par la guerre froide, par les crises sociales pouvant résulter du réarmement du monde libre, par les fissures qui viennent de se produire dans le bloc occidental à propos du Moyen-Orient et du nationalisme arabe. »

Que peut-on dire de la situation de guerre froide qui prévalait dans les années 1950 et 1960 ? Il y avait une situation de blocage entre les deux Grands, le monde bipolaire faisait que l’humanité était prise en otage par ces deux grandes puissances. Il est clair que cette situation appelait son dépassement, donc une issue à cet affrontement qui, au fond, n’avait qu’un seul sens, servir de contrepoids à l’Occident dominateur et permettre aux autres peuples de se libérer de la tutelle occidentale. Dès lors, historiquement parlant, le partage du monde était un passage obligé pour l’humanité. La fin des empires coloniaux, à la sortie de la deuxième guerre mondiale, et la bipolarisation du monde ont constitué une sorte de parapluie protecteur contre une hégémonie unilatérale occidentale. Précisément, l’URSS, et à sa suite, l’avènement de la république populaire de Chine ont été les principaux soutiens à la libération des peuples colonisés.
 

  1. Dans l’affrontement Est-Ouest, le monde arabe se transforme, par ses gisements de pétrole, en région la plus instable du monde

 La problématique qui va se poser entres les puissances occidentales et les puissances adverses, c’est lorsque tous les peuples colonisés accèdent à leur indépendance. À la fin des années 1970, la plupart des ex-pays colonisés ont accédé à leur indépendance. En 1979, le monde est passé de 51 pays-membres fondateurs de l’Organisation des Nations-Unies, en 1945, à 152 membres en 1979. Il était évident que l’affrontement Est-Ouest devenait stérile du fait que la décolonisation s’est opéré selon un processus historique logique très parlant puisqu’il a commencé selon la chronologie historique : 

 Cette chronologie historique montre bien que toute l’histoire, en réalité, a été mue en vue d’un but, une finalité. Et celle-ci a trait au « quatre-cinquièmes de l’humanité » que représentent les peuples colonisés ou dominés, pratiquement tout le continent africain, le monde arabe, la plupart des pays d’Asie, dont l’Inde colonisée par le Royaume-Uni et la Chine dont la Mandchourie est sous protectorat du Japon, et les peuples d’Amérique latine non colonisés mais dominés.

Il est clair qu’il faut un autre « acteur » pour mettre fin au monde bipolaire. D’où viendra cet acteur ? Des grandes puissances ? Cela ne pourrait s’opérer puisqu’ils sont tous paralysés par les arsenaux nucléaires qu’ils détiennent, et donc la guerre froide ne peut que se prolonger, et même si détente il y a, celle-ci ne s’est imposée qu’à cause de la grave crise des missiles à Cuba ; une Troisième Guerre mondiale a été évitée de justesse au cours de cette crise. On peut penser ce qui aurait advenu du monde si les deux grandes puissances s’étaient affrontées avec des armes nucléaires. Pour cause, une autre crise de nouveau a éclaté au début des années 1980 ; c’était la crise des « euromissiles ».

 Donc le monde bipolaire constituait un danger pour l’humanité. Et si cet acteur ne vient pas des puissances nucléaires, il viendra forcément du reste du monde. C’est-à-dire des ex-pays colonisés ou ex-pays dominés par la puissance occidentale. Précisément, le général Jean Marchand fait état de fissures dans son analyse. Il écrit : « Dans ces conditions, il n'est pas exclu que les Soviets ne tentent, en faisant état d'une situation militaire encore favorable, d'établir une pause qui leur permettrait d'exploiter les possibilités offertes par la guerre froide, par les crises sociales pouvant résulter du réarmement du monde libre, par les fissures qui viennent de se produire dans le bloc occidental à propos du Moyen-Orient et du nationalisme arabe. »

Effectivement, les Soviets, ayant préparé le terrain dans leur affrontement avec le bloc occidental, en aidant les pays sous tutelle occidentale à sortir de la décolonisation, ont provoqué ces fissures. C’est ainsi que deux poids et deux mesures ont joué dans le Moyen-Orient. Les positions des Occidentaux étaient partagées sur la politique israélienne menée dans le monde arabe, depuis la guerre israélo-arabe en 1948. 700 000 Palestiniens furent chassés de Palestine, et la spoliation de leurs terres par la force militaire israélienne avait le soutien total des États-Unis.

Quant à l’Union soviétique, dans son souci d’élargir le camp du bloc Est, elle a au contraire fortement contribué au soutien des pays colonisés dans leur lutte de libération de la colonisation. Après les indépendances de ces pays, elle s’est chargée de l’édification de leurs forces armées ; les armements à destination de ces pays ont dopé l’industrie militaire soviétique, donc favorisé son commerce extérieur et, en même temps, les pays progressistes qui édifient leurs forces armées viennent renforcer le camp du bloc Est.

 Cependant, pour ce qui est des pays arabes, ni les États-Unis ni l’Union soviétique ne sauront ce qui allait en sortir des conséquences politiques et géostratégiques liées à l’implantation de l’État d’Israël en Palestine. En effet, le monde arabe va devenir l’aire géopolitique la plus instable du monde. Pourquoi ? La raison est simple, les pays arabes recèle le plus grand réservoir énergétique du monde ; une grande part de la production pétrolière mondiale vient du monde arabe. D’autre part, depuis l’avènement des pétrodollars avec l’accord entre les États-Unis et l’Arabie saoudite, étendu par ce pays arabe allié au reste des pays arabes et aux pays du cartel pétrolier (OPEP), le dollar américain qui s’est libéré, en 1971, de l’étalon-or qu’impose le système de Bretton Woods (change fixe), est devenu, par le libellé monétaire des transactions pétrolières arabes, de facto la « monnaie-centre » du système monétaire international. Le pétrole des pays OPEP facturé en dollar a remplacé en quelque sorte l’or-métal. A l’époque du lancement du système Bretton Woods en 1944, les États-Unis avaient le plus grand stock d’or du monde, ce qui expliquait pourquoi le dollar-or librement convertible en or, à raison de 35 dollars l’once, était la monnaie-centre du système monétaire international.

Avec le pétrole facturé en dollar dans plus de 30% des transactions pétrolières mondiales, ce qui signifie malgré les déficits commerciaux américains devenus structurels dès la fin des années 1960, et la fin « forcée » de la convertibilité du dollar en or, le 15 août 1971, le dollar US, par sa demande massive par les pays importateurs de pétrole, est toujours resté la monnaie internationale la plus demandée dans le monde 

On comprend dès lors que « toute puissance qui domine au triple plan économique, financier et monétaire cette région du monde arabo-musulman domine le monde ». Sauf que cette région ne se domine pas facilement, elle a sa propre spécificité, sa propre culture, sa propre religion.

 Et tout commença en 1945 avec le pacte du Quincy, du nom du croiseur USS Quincy (CA-71) et de la rencontre à bord de ce bâtiment, le 14 février 1945, du roi ibn Saoud, fondateur du royaume d'Arabie saoudite, et du président des États-Unis Franklin Roosevelt, de retour de la conférence de Yalta. Les États-Unis posaient déjà le nouvel ordre mondial. En juillet 1944, ils firent parapher par 44 nations alliées le système monétaire à Bretton Woods (États-Unis) qui va régir le système financier international. Le dollar devient après 1944 la seule monnaie convertible, au change fixe sur la base de 35 dollars l’once d’or. À Yalta, les États-Unis avec les pays alliés cherchaient à présenter un front uni face à l’Union soviétique ; la défaite de l’Allemagne nazie étant très proche, ils voulaient conforter les bases d’un nouvel ordre mondial, au mieux avec leurs intérêts stratégiques.


 

  1. Le Chancelier d’Autriche, Bruno Kreisky, qui corrobore un fait historique métaphysique vrai

 Le deuxième élément qui va changer le cours de l’histoire en devenant le premier facteur dans l’ébranlement des assises de l’Union soviétique puis son effacement de la scène de l’histoire, portera sur les guerres entre les pays arabes et Israël. En réalité, ce ne sera pas tant l’implantation de l’État d’Israël en Palestine, en 1948, qui sera le facteur déstabilisateur de la marche de l’histoire puisque la création d’Israël entrait comme une donnée historique intangible, attendue. Donc la création de l’État d’Israël devait survenir, et elle est survenue parce qu’elle fait partie d’un processus naturel et nécessaire dans la dynamique de l’histoire.

Israël aurait pu ne pas exister si les conjonctures de l’histoire n’avaient pas été réunies pour la création d’un État Juif. Par exemple, si Hitler n’avait pas existé ou s’il n’avait pas pris le pouvoir en Allemagne, ou qu’il n’eut pas de crise économique de 1929 et donc pas d’explosion du chômage en Allemagne avec ses 6 millions de chômeurs, en 1933, en trois années. Et qu’il n’y eut pas de Deuxième Guerre mondiale. Il est évident que les Empires coloniaux européens seraient restés intacts, avec toute leur puissance militaire comme une épée de Damoclès sur les peuples colonisés. Non seulement « les Juifs seraient restés dans l’errance à travers monde qui a commencé il y a deux mille ans mais les pays arabes seraient restés sous tutelle coloniale. » En clair, la Première Guerre mondiale n’aurait été qu’un avatar, un accident de l’histoire qui n’aurait pas duré. 

Sauf que l’histoire de l’humanité ne l’a pas entendue ainsi, elle était pour ainsi dire programmée pour avancer. Et « programmée » par qui ? Une question très intéressante, tout en étant humaine, cette question est métaphysique. Pourquoi « métaphysique » ? La réponse est celle-ci : « Ironie de l’histoire, la création de l’État d’Israël le doit à Hitler. L’homme qui fut le bourreau du peuple juif, qui a organisé la « solution finale de la question juive, ne savait pas qu’au fond, il n’était que l’instrument d’une histoire qui était déjà en marche, et par laquelle les humains n’ont fait que suivre ce qui devait s’accomplir. » 

Évidemment, de telles affirmations peuvent être réfutées par ceux qui ne seront pas d’accord avec cette lecture de l’histoire, mais en quoi elles seraient réfutées si l’auteur en fait un rapprochement métaphysique. Et ce terme métaphysique relève de la sémantique humaine. À moins que l’auteur ne soit aliéné de par sa propre conscience. Écoutons une autre conscience ce qu’elle a à dire et qui dit pratiquement la même chose. Une interview du Chancelier d’Autriche, Bruno Kreisky, par Le Nouvel Observateur, publiée en 1981. À moins que le Chancelier d’Autriche soit lui aussi aliéné.

 « N.O. – Mais dîtes donc, vous êtes un peu juif, vous aussi...

B. Ktreisky – Mes parents sont juifs, je ne suis pas religieux. Je suis marxiste.

 N.O. – Ah, oui ! Il paraît qu’il est très pauvre

B. Kreisky –. Complètement faux. Il est plus âgé que moi, un peu fatigué. [...] Il reçoit trois pensions : une de l’État autrichien, l’autre d’Israël, la troisième de moi-même.

N.O. A part lui, vous avez d’autres proches en Israël ?

B. Kreisky – Oui, bien sûr. Un cousin, commandant dans l’armée. Dans le civil, il est responsable d’un grand port. D’autres sont dans l’agriculture. Un autre dans l’enseignement.

 N. O. – Vous êtes juif comme eux.

B. Kreisky – Non, je suis autrichien ; ils sont israéliens. Cette blague du peuple est un des grands mensonges de la vie. Prenez les juifs russes, ils ne ressemblent pas aux autres. Ils ont mis dans le sionisme cette formidable énergie qu’ils ont aussi employée à faire naître le communisme. Ben Gourion aurait pu être un chef communiste.

N.O. – Et Kreisky un chef sioniste...

B. Kreisky – Non, puisque je vous dis que parler de peuple juif n’a pas de sens. Sans Hitler, Israël, comme pays, n’aurait jamais existé. Ç’aurait été une petite colonie en Palestine. Je ne veux pas qu’on m’oblige à être parent de tous les juifs du monde. Un capitaliste, c’est d’abord un capitaliste, je le combats. Un impérialiste juif qui opprime les Palestiniens est un impérialiste, je le combats aussi. Je n’ai rien de commun avec lui.

N.O. – Peut-être, mais, pour tout le monde, Kreisky est un juif.

B. Kreisky – Voilà encore une victoire posthume de Hitler, un effet de l’étoile jaune. On ne dit pas que les catholiques ou les protestants sont un peuple unique. Pourquoi les juifs ? [...]

B. Kreisky – Disraeli était anglais avant d’être juif. Moi, je suis autrichien et socialiste. [...]

N. O. – Des gens de votre famille sont morts dans les camps ?

B. Kreisky – Vingt-cinq personnes ou plus.

N.O. – Vous savez que, dans le monde, il y a deux chefs de gouvernement juifs : vous et Begin.

B. Kreisky – Le fondateur de notre parti, Otto Bauer, l’était aussi.

N.O. – Moi, j’ai l’impression que si vous n’étiez pas juif, l’Autriche n’aurait pas cette politique au Proche-Orient. Begin représente une tendance du monde juive, le nationalisme, et vous l’autre extrême : l’assimilation. Vous poursuivez avec lui un débat aussi ancien que le judaïsme.

B. Kreisky – Nous autres, socialistes, nous allons toujours au-delà de nos frontières. Olof Palme s’est intéressé au Viêtnam ; Willy Brandt, au dialogue Nord-Sud. Moi, c’est le monde arabe.

 N.O. – Décidément, c’est vrai, Monsieur le Chancelier, vous n’avez pas l’esprit talmudique. » (3)

Il est clair que ce que dit le Chancelier d’Autriche, Bruno Kreisky, est tout à fait sensé. Sauf que ce sensé ne fait pas bon ménage avec la pensée de l’homme qui trouvera toujours à redire. Cependant comme ce qui n’est pas accepté sert aussi la vérité, la guerre sert aussi la paix. Par conséquent l’avènement d’Israël en Palestine comme les guerres israélo-arabes ont été une nécessité dans l’histoire. Ce sont ces guerres qui ont réveillé les peuples arabes de leur léthargie historique. La guerre israélo-arabe, en 1948, se solda par les défaites des armées arabes, et une forte population arabe palestinienne a fui ou chassée de ses territoires qui sont devenus l’État d’Israël.
 

  1. Des événements en cascade dans le monde arabe vont de retournement en retournement pour la première puissance du monde

 La création de l’État d’Israël en Palestine, en 1948, marque un tournant majeur dans l’histoire du monde arabe. Des événements en cascade vont se produire dans le monde arabe. En Égypte, le Mouvement des officiers libres abolit la monarchie en juin 1953 et proclame la République. En Algérie, l’insurrection contre la France coloniale est déclenchée 1er novembre 1954.

En 1956, l’Égypte nationalise le canal de Suez. En riposte, la France, la Grande-Bretagne et Israël attaquent l’Égypte pour reconquérir le canal de Suez. L’expédition franco-anglo-israélienne tourne au désastre. L’URSS menace la France, le Royaume-Uni et Israël d’une riposte nucléaire. Si l’OTAN rappelle à l’URSS qu’il ripostera, les États-Unis ont compris qu’il était temps de désamorcer la crise et exigent le retrait des forces de leurs alliés. Sans le blanc-seing américain, la France comme l’Angleterre et Israël savaient que dans un monde bipolaire, ils ne constituaient plus une force militaire qui compte à l’échelle mondiale.

Et certainement l’expédition tripartite occidentale en 1956 avait le feu vert des États-Unis, ne serait-ce que pour tester la réaction du deuxième Grand, l’URSS. La réponse ne s’est pas fait attendre. La guerre de 1956 montre que les puissances européennes sont désormais arrimées militairement à la puissance américaine. Et que l’URSS, par ses arsenaux nucléaires, constituait une épée de Damoclès sur l’Europe, et sur l’Occident tout entier, et réciproquement.

En 1956, le Maroc et la Tunisie sortent du protectorat français et deviennent indépendants. En juillet 1958, la monarchie en Irak est abolie et la République est proclamée. Le 5 juillet 1962, l’Algérie devient indépendante après 8 ans de guerre, et 132 ans de présence coloniale française.

En 1967, la troisième guerre israélo-arabe s’est terminée par une défaite pour les armées arabes. Évidemment une défaite militaire est toujours une défaite, cependant ce qu’une défaite a de positif, c’est qu’elle éclaire que ce n’est pas qu’un petit pays comme Israël ait pu vaincre des armées de plusieurs pays arabes, mais simplement que, dans les guerres modernes, ce n’est pas le nombre des forces armées qui compte mais la tactique et les armements qui sont utilisés dans la guerre.

Pour ne donner que l’exemple de l’URSS qui a menacé la France, l’Angleterre et Israël, le fait simplement de dire qu’il va recourir à des missiles nucléaires sans besoin de déployer les unités de combats de l’armée rouge qui restent sages dans leurs casernes, et l’insistance résolue de l’URSS d’y recourir, les effets apocalyptiques qui résulteront des bombardements nucléaires dans leurs territoires sont suffisants pour « ordonner » aux puissances belligérantes de mettre fin à leur agression, et de procéder au retrait immédiat de leurs forces du territoire envahi.

Dans ce même ordre d’idées, qui aurait cru qu’un jour l’homme maîtrisera les forces du soleil comme l’a déclaré le président américain, Harry Truman, à la radio : « Sa force relève de la force élémentaire de l’univers, de celle qui alimente le soleil dans sa puissance. Cette force vient d’être lancée contre ceux qui ont déchaîné la guerre en Extrême-Orient. » (4)

Que cette arme sans guerre, par son seule évocation comme l’a faite l’URSS en 1956, ait imposé le retrait des puissances occidentales de l’Égypte, l’homme est désormais dépendant d’une arme plus forte que lui, que lui ont permis les desseins de la métaphysique-monde, c’est-à-dire les plans de la Providence divine. Et c’est ce que l’on devrait comprendre dans la marche de l’histoire ; mais le plus souvent les grandes puissances ne le comprennent pas. Pourquoi ? Parce que les grandes puissances sont ainsi mues et, ce faisant, l’histoire du monde avance à travers eux, à travers leurs plans qui participent dans les avancées du monde.

Fermons la parenthèse sur le pouvoir absolu de la bombe nucléaire A et la bombe thermonucléaire H encore plus redoutable pour l’humanité et dont la puissance est plus de 1000 fois plus grande que la bombe A. Par conséquent, là encore le monde arabe, avec la guerre de 1956, s’est encore réveillé. Il s’y préparera, et cette fois c’est l’Égypte qui prend, en 1973, par surprise, Israël contrairement à la guerre de 1967 où c’est Israël qui a pris par surprise l’Égypte, en attaquant ses forces aériennes de combat (400 avions détruits au sol). Une semi-victoire pour l’Égypte qui a mis fin au mythe de l’invincibilité militaire d’Israël.

Il est certain que, sans la présence des grands gisements de pétrole du monde dans le monde arabe, ni les États-Unis ni l’Europe n’auraient eu d’intérêt stratégique pour cette région et donc le soutien des monarchies arabes du Golfe et la défense de l’État d’Israël seraient certainement très limités voire nuls. Et probablement l’État d’Israël n’aurait pas vu le jour, puisque les Juifs eux-mêmes n’auraient pu ou n’auraient pas eu d’intérêt à créer un État juif au sein d’un monde arabe pauvre qui ne produit rien et dont les ressources ne sont que l’agriculture, l’artisanat ou le tourisme, et qui leur serait hostile.

En 1973, la semi-défaite pour Israël contre l’Égypte est aussi à mettre au compte des États-Unis. Pour la première puissance du monde, elle n’est pas la seule, il y a aussi le désastre dans la guerre qu’elle a menée depuis une décennie au Viêtnam. Ce retournement géostratégique américain, avec le syndrome vietnamien et moyen-oriental, certes pour le second il n’est pas très franc, mais néanmoins un recul au Moyen-Orient, va mettre les États-Unis dans une situation difficile. Si on ajoute l’échec de l’endiguement du communisme en Asie et l’Union soviétique qui cherche à s’implanter au Moyen-Orient eu égard au recul des États-Unis dans l’affrontement Est-Ouest, la situation continue de se détériorer pour la superpuissance. Enfin un autre recul, c’est le clash entre les États-Unis avec l’Europe sur le plan économique, financier et monétaire, dans les années 1970, avec les crises monétaires. 

Enfin, si on regarde les événements récents entre 2001 et 2021, dans les guerres menées par les États-Unis en Irak et en Afghanistan, et cette fois-ci sans Israël puisqu’il ne fait plus le poids face aux puissances moyen-orientales montantes désormais régionales tels l’Irak et l’Iran, le constat est sans appel, même débâcle pour les États-Unis. En effet, il s’est passé 25 ans de 1948 à 1973 et 20 ans entre 2001 et 2021, deux périodes néfastes pour la superpuissance américaine. Et jamais deux sans trois. Une autre guerre se joue cette fois-ci en plein cœur de l’Europe, l’Ukraine. Qu’en ressortira-t-il ?
 

  1. Que ressortira-t-il de la guerre en Ukraine ? 3 scénarios de sortie de guerre. Vers un nouveau Yalta ?

 Il est évident que l’Occident, dans la guerre en Ukraine, est dans l’impasse, il arme certes les forces armées ukrainiennes mais que peuvent-elles contre la deuxième puissance militaire du monde ? Les États-Unis espèrent que l’Ukraine va regagner les quatre territoires (républiques de Donetsk et de Louhansk, régions de Kherson et de Zaporijjia) sous contrôle russe. Et les référendums et l’officialisation en cours de leur rattachement à la Fédération de Russie peuvent-ils laisser espérer que l’Ukraine pourrait remettre en question tout ce processus en cours. Alors que la Russie n’a décidé cette adhésion des quatre régions ukrainiennes que parce qu’elle était certaine que ni l’Occident ni l’Ukraine qui est armée par lui ne pourrait changer l’engrenage de l’histoire en marche. Sinon la Russie ne se serait pas hasardée à encourager les communautés russophones des régions de l’Est de l’Ukraine d’organiser des référendums pour leur entrée dans la Fédération de Russie. A moins que la Russie est aussi aveugle pour anticiper et imposer ce processus d’adhésion d’un cinquième des territoires ukrainiens habités par une majorité d’une population russophone, issue de l’ethnie russe.

Dès lors, force de dire que la Russie n’a pas agi en aveugle mais elle a été servie par cette population russophone présente à l’Est de l’Ukraine et qui a refusé la politique du pouvoir ukrainien central de s’intégrer à l’Occident pourtant réputé démocratique. Elle a dit non au pouvoir central et à l’Occident. Et ce qu’il faut souligner pour la Russie, sans la présence d’une population russophone au sud et à l’est de l’Ukraine, la Russie n’aurait eu aucun prétexte tangible pour s’attaquer à l’Ukraine. Et telle était la configuration géographique de ce pays-centre qu’est l’Ukraine dans l’affrontement Est-Ouest.

Qu’en est-il de la guerre en cours en Ukraine ? Qui ne ressemble pas aux guerres menées par les États-Unis et ses alliés de l’OTAN en Irak et en Afghanistan ; des guerres qui ont demandé deux décennies et pratiquement sans gain ; plus grave encore des dépenses financières pharaoniques ont été nécessaires pour les États-Unis et qui ont fait de grands heureux dans les pays du reste du monde. A voir les formidables réserves de change amassées par les pays émergents et les pays exportateurs de pétrole.

Les réserves de change de la Chine sont passées de 161,41 M$ (milliards de dollars), en 1999, à 3,9 billion (3900 M$), en 2014. Celles de la Russie de 12,33 M$, en 1999, à 537,82 M$, en 2014. Parmi les pays pétroliers, celles de l’Algérie passent de 6,15 M$ à 186,35 M$, en 2014. Alors que les quinze années précédentes, les réserves de change ont très peu évoluées pour ces pays. Celles de l’Algérie sont passées de 4,64 M$ en 1985 à 6,15 M$ en 1999 ; celles de la Russie de 9,82 M$ en 1992 à 12,33 M$. Excepté la Chine qui ont relativement augmenté, de 16,88 M$, en 1985, à 161,41 M$, en 1999. (Données Banque mondiale)

Corrélativement, les dettes publiques occidentales, à partir de 2008, ont explosé. La dette publique des États-Unis est passée de 64,062% du PIB, en 2008, à 96,372% du PIB, en 2014. La dette publique du Royaume-Uni est passée de 55,601% du PIB, en 2008, à 107,231% du PIB, en 2014. Il en va de même pour les autres pays.

C’est dire que les guerres ont un sens ; pour ne citer encore que la guerre du Vietnam, n’a-t-elle pas provoqué le clash entre les États-Unis et l’Europe sur le plan financier et monétaire ? Des crises monétaires en cascades aboutissant à la fin du système Bretton Woods de 1944, avec la décision américaine de mettre fin à la convertibilité du dollar US en or, le 15 août 1971.

Fermons la parenthèse, et posons-nous la question sur la guerre en Ukraine. Comment finira-t-elle ? D’emblée pourrons-nous dire, sans pour autant d’être des devins, et de voir seulement où vont les forces de guerre de part et d’autre des deux camps, trois scénarios, trois situations pourraient survenir avec des probabilités différentes pour se réaliser.

Le premier scénario ou première situation possible à venir a première c’est le soutien de l’Ukraine par l’Occident d’une part durant toute la guerre et les contre-offensives qui vont s’étaler dans le temps, i.e. la pression de l’armée ukrainienne sur les forces armées russes qui pourrait, avec l’enlisement, progressivement faire reculer la Russie. C’est le cas le plus favorable pour l’Ukraine. Si l’armée ukrainienne arrive à libérer, par exemple, Kherson, et s’y maintenir, la situation de guerre pourrait totalement changer. En effet, une région où un référendum s’est tenu et a ouvert voie à son intégration à a Fédération de la Russie va changer totalement les cartes de la guerre. Et c’est ce que visent l’Occident et l’Ukraine dans cette guerre. Dès lors la voie s’ouvre pour les trois régions restantes Les deux républiques de Donetsk et de Lougansk, la région de Zaporijjia, même la Crimée sera dans le viseur de l’armée ukrainienne. Une telle situation entraînerait le retrait de l’armée russe, qui sera une défaite, et provoquerait une panique dans les communautés russophones qui rejoindraient la Russie.

Cette possible situation à venir est-elle réaliste au regard des forces en présence ? La Russie deuxième puissance militaire et nucléaire sur le plan mondial. En quelques mois, elle a conquis un cinquième du territoire de l’Ukraine. La Crimée a été annexée depuis 2014. Elle n’a pas déclarée la guerre à l’Ukraine pour la simple raison que l’Ukraine est considérée par les décideurs russes en un petit pays qui n’a pas d’arsenal nucléaire, et de surcroit ne fait pas partie des grandes puissances militaires mondiales. Qui sont actuellement au nombre de trois, i.e. les États-Unis, la Russie et la Chine. Même la France et le Royaume-Uni ne sont pas des grandes puissances mondiales, certes des puissances mondiales dotées du droit de veto au Conseil de sécurité, mais de rang inférieur sur le plan de la puissance militaire mondiale. Et c’est la raison pour laquelle la Russie a appelé son intervention en Ukraine en « opération militaire spéciale ». Aussi, cette possible situation à venir est pratiquement irréalisable ; la guerre va continuer et déboucher à la fin en une impasse. Quant à l’Occident (et l’OTAN), il n’a pas le choix sinon à mettre tous ses espoirs sur la résilience de l’Ukraine.

Le deuxième scénario ou deuxième situation possible qui pourrait survenir c’est l’enlisement, et donc des contre-offensives ukrainiennes et offensives russes étalées dans le temps. Le problème qui peut se poser, c’est qu’à la fin, le renforcement des frontières par la partie russe des territoires délimités et annexés à la Russie serait tel que celles-ci deviennent définitivement « gelées », i.e. que les frontières qui les séparent des forces armées russes deviennent infranchissables. Dès lors que les mois passeront sans résultats probants pour l’armée ukrainienne, le doute va inévitablement s’installer dans les consciences tant occidentales qu’ukrainiennes. L’aide massive sur le plan financier et militaire par l’Occident à l’Ukraine sera remise en question ; l’idée de négocier avec la Russie pour faire la paix va faire immanquablement son chemin ; le constat est là, il n’y a plus d’issue sinon d’arrêter la guerre qui deviendrait alors pour l’Occident sans but. La lassitude occidentale y compris la lassitude du peuple ukrainien et de ses dirigeants poussera l’Occident et le régime ukrainien à mettre fin au conflit aux conditions de la Russie, i.e. qui conservera le Donbass et les territoires côtiers au nord de la Crimée.

Cette possible situation à venir, avec l’enlisement qui sera favorable à la Russie, a toutes les chances de se réaliser. Elle le doit essentiellement aux rapports des forces. L’Occident part perdant dès lors qu’il n’est pas partie prenante dans le conflit armé ; il ne fait que soutenir l’Ukraine en armements et en crédits financiers. Tout le poids de la guerre pèse sur l’Ukraine, ce qui est une charge qui dépasse de loin ce que peut supporter l’Ukraine. Cependant, cette situation a le mérite d’éviter une guerre nucléaire de faible intensité.

Ce qui n’est pas le cas du troisième scénario ou troisième situation possible qui pourrait survenir. En effet, si la situation de guerre s’enlise, qu’elle soit favorable dans une certaine mesure à l’Ukraine, ce qui mettra la pression sur les forces armées russes, et que la mobilisation partielle ne suffit plus à endiguer des avancées de l’armée ukrainienne et nécessite une autre mobilisation partielle, la situation va changer totalement sur le plan politique interne en Russie. 

La situation va devenir très difficile entre la population russe et le pouvoir russe qui ne pourrait expliquer cet enlisement d’autant plus que l’Occident va redoubler d’effort pour armer l’Ukraine. Le doute alors s’installe en Russie, « remporter la guerre » ne lui est plus donné dans une guerre où elle s’enlise et lui rappelle la guerre d’Afghanistan.

De plus, le risque est que le pouvoir russe décrète la loi martiale et la mobilisation générale, ce qui n’aura pas l’assentiment de la population russe qui rejettera la politique du Kremlin et le poussera de sortir de cette guerre en Ukraine. Dès lors, devant le danger d’une grave crise politique interne, le pouvoir russe n’aura pas d’autres choix pour éviter une crise interne que de passer à une étape supérieure de la guerre. Et cette étape supérieure est l’emploi d’armes nucléaires pour mettre fin au réarmement de l’Ukraine. Une guerre qui va dépasser le cadre de l’Ukraine ; c’est directement un affrontement nucléaire Est-Ouest. Qu’en ressortira-t-il ?

Il faut espérer que cette troisième situation possible à venir n’arrive pas. Si elle arrive, c’est un nouveau Yalta qui va survenir, tout l’équilibre de puissance sera bouleversé ; c’est en fin de compte le but de la Providence divine qui a décidé ainsi après 77 ans et paradoxalement la conférence de Yalta s’est tenue le 11 février 1945, précisément en « Crimée ». Des coïncidences qui laissent l’humain que nous sommes rêveur sur notre fin de notre existence dans ce ici-bas monde.
 

Medjdoub Hamed
Auteur et chercheur spécialisé en Economie mondiale,
Relations internationales et Prospective

 Notes :

 1. « Stratégie américaine et stratégie soviétique en Extrême-Orient », par Jean Marchand. Article dans Revue Politique étrangère Année 1951 pp.351-364
https://www.persee.fr/doc/polit_0032-342x_1951

 2. « La tentation nazie des chômeurs dans l'Allemagne de Weimar. Une évidence historique infondée ? Un bilan des recherches récentes », par Emmanuel Pierru. Politix. Revue des sciences sociales du politique. Année 2002. Pp 193-223
https://www.persee.fr/doc/polix_0295-2319_2002_num_15_60_1247

3. « Les vraies origines du terrorisme selon Bruno Kreisky », par Le Nouvel Observateur N° 879. Du 12 au 18 septembre 1981

4. « Le 6 août 1945, la première bombe atomique pulvérise Hiroshima », par le journal La Croix. Le 06 juillet 2015
https://www.la-croix.com/Archives/Ce-Jour-la/Le-6-aout-1945-la-premiere-bombe-atomique-pulverise-Hiroshima-2015-07-06-1331819


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