Al-Qada en Irak et la folie de « nos » dirigeants

par MUSAVULI
lundi 6 janvier 2014

La nouvelle est tombée comme une bombe. Samedi dernier, le gouvernement irakien reconnait avoir perdu le contrôle de Falloujah, tombée aux mains d’un groupe armé appelé « Etat islamique en Syrie et au Levant (EIIL). C’est un groupe armé lié à Al-Qaïda. Les nouveaux maîtres ont rapidement proclamé « l'Etat islamique » sur leur conquête qui s’étend sur Al-Anbar et la ville de Ramadi à l’Ouest de Bagdad. Les regards se sont alors tournés vers l’Amérique en prédisant une réaction musclée face à cette éclatante victoire de l’ennemi juré de Washington, Al-Qaïda, sur son allié qu’est le gouvernement chiite de Nouri al-Maliki. Surprise : il n’en sera rien. 

Des mensonges d’Etat à une catastrophe militaire et diplomatique

En effet, les Etats-Unis, par la voix du Secrétaire d’Etat John Kerry, ont rapidement indiqué qu’ils n’interviendraient pas pour aider leurs alliés, les autorités irakiennes. Sans donner plus de détails. On commence alors à comprendre dans quel « merdier » les Américains se sont mis depuis une dizaine d’années. C’est une ahurissante histoire de dilapidation de la crédibilité internationale d’un grand pays qui pourrait expliquer le triomphe des islamistes sur cette région stratégique de l’Ouest de l’Irak. Avec un peu de recul, on se rend tout à fait compte que les Américains sont dans une situation trop délicate pour intervenir.

On a tous en mémoire les images de George Bush qui envoya des troupes américaines en Irak en expliquant au monde entier que Saddam Hussein détenait des armes de destruction massive et qu’il entretenait des cellules terroristes liées à Al-Qaïda[1]. Que le Président irakien était impliqué dans les attentats du 11 septembre, par Al-Qaida interposée. Une partie de l’opinion internationale y avait cru parce qu’il s’agissait de la parole officielle de la Première puissance du monde, dont on n’imagine pas, a priori, qu’elle puisse être gouvernée par des plaisantins.

Le réveil a été brutal lorsqu’il est devenu de notoriété publique qu’il n’y avait pas d’Al-Qaida en Irak sous le règne de Saddam Hussein[2]. Ce dernier s’était d’ailleurs épuisé à expliquer à qui voulait l’entendre que ces terroristes étaient ses ennemis à lui aussi. Le réveil fut encore plus brutal, pour ceux qui avaient cru à la parole du Président américain, lorsqu’il a été établi qu’il n’y avait pas non plus d’armes de destruction massive sur le sol irakien.

La crédibilité « diplomatique » des Etats-Unis s’effondrait, mais on n’était pas au bout de nos peines. Sa « crédibilité militaire » va, elle aussi, finir par s’effondrer lorsque le pays bascule dans la vague d’attaques nationalistes, puis dans un terrorisme généralisé. Et pour couronner le tout, Al-Qaida, qui ne se trouvait pas en Irak, en profite pour y effectuer son entrée et y « prospère » depuis.

La capitulation

Barack Obama doit ramener les soldats américains au pays, non pas parce qu’ils ont accompli « la mission », mais parce qu’il faut « sauver la peau » de « pauvres gamins » devenus, non plus des soldats, mais bien des « proies faciles ». Leurs politiciens de Washington avaient allumé un incendie que plus personne ne sait, depuis, comment éteindre.

Pour la petite histoire, les GI’s sont revenus au pays tellement dégoutés que nombreux en sont arrivés à jeter publiquement leurs médailles[3]. Pendant ce temps, le peuple américain n’a que ses yeux pour constater les dégâts. Une guerre de fou qui laisse une ardoise astronomique de 6.000 milliards de dollars[4] que les futures générations des Américains ne sauront même pas régler, la crise devant durer pour très longtemps.

On a pu croire que ce désastre total inciterait les dirigeants américains et leurs alliés occidentaux à un profond travail de réflexion et de remises en question. Juste ce qu’il faut pour qu’à la prochaine, leur conduite internationale repose, non seulement sur le respect du droit international[5], qu’ils n’ont pas tardé à piétiner en Libye, mais surtout soit inspirée par le « bon sens ». Tout simplement. Eh bien non !

Des récidivistes sans mémoire ?

Le dossier syrien va devenir un révélateur du côté presque « maboule » des dirigeants qui pourtant inspirent confiance à de millions de gens dans le monde et dans leurs propres pays. Ils vont faire alliance avec une opposition syrienne noyautée par des islamistes que leurs propres services avaient inscrits sur les listes d’organisations terroristes. Ils vont même lever l’embargo sur les armes pour faciliter un armement en masse de ces douteux « rebelles »[6]. Et le plus sérieusement du monde, une opération militaire internationale[7] va être déclenchée pour renverser le pouvoir officiel et faciliter l’entrée dans Damas des combattants islamistes.

Le monde se souviendra longtemps d’un certain Vladimir Poutine, qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas. Il sera le seul dirigeant des grandes puissances qui, inlassablement, restera cohérent sur la ligne de la légalité internationale et du bon sens face au péril que représentaient les fameux « rebelles syriens ». Le Président russe prendra même le risque d’un affrontement armé contre les pays occidentaux pour que ces derniers arrivent à « entendre raison ».

Une possible guerre des missiles[8] finira par faire reculer les dirigeants de nos démocraties face à Moscou. La Russie, bien entendu, a des intérêts stratégiques en Syrie, mais il fallait que quelqu’un évite au monde un nouveau désastre occasionné par la folie des dirigeants occidentaux après l’Irak et la Libye. Et Poutine prit ses responsabilités.

On sait que les capitales occidentales continuent de soutenir l’opposition armée au pouvoir de Damas et qu’elles mettront du temps avant de reconnaître le lien entre ce qui vient de se passer à Falloujah et les incontrôlables desperados qui sillonnent la Syrie et se livrent à des exactions. Ils espèrent toujours entrer dans Damas pour y installer un régime islamiste avec l’aide de l’Occident. Un régime dont la première cible pourrait pourtant être Israël, l’« enfant chéri » de l’Occident, et au nom de la sécurité de qui nos dirigeants jurent tous les jours la main sur le cœur.

On marche sur la tête !

Boniface MUSAVULI



[1] http://georgewbush-whitehouse.archives.gov/news/releases/2002/10/print/20021007-8.html

[2] http://www.theage.com.au/news/world/saddam-had-no-links-to-alqaeda/2006/09/09/1157222383981.html

[3] http://www.dailymotion.com/video/xra2gu_veterans-de-la-guerre-d-irak-rendant-leurs-medailles-a-l-onu_news

[4] http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20130314trib000754033/6.000-milliards-de-dollars-le-cout-total-de-la-guerre-en-irak.html

[5] http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/peut-on-intervenir-en-syrie-en-137740

[6] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/05/27/pas-d-accord-europeen-pour-une-levee-de-l-embargo-sur-les-armes_3419306_3218.html

[7] http://www.rtbf.be/info/monde/detail_syrie-londres-renonce-a-intervenir-possible-action-unilaterale-de-washington?id=8077695

[8] http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/la-guerre-des-missiles-a-t-elle-140900

 


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