Avec TRUMP la seconde guerre mondiale euro-atlantique sera-t-elle enfin terminée ?

par hugo BOTOPO
mardi 29 novembre 2016

Une guerre mondiale se termine avec la fin totale des occupations par les vainqueurs. La seconde guerre mondiale avait une partie euro-atlantique et une partie asie-pacifique, toute deux dépendantes des interventions des USA. Dans les deux branches les occupations, même dites "bienveillantes et protectrices" perdurent. Les déclarations post électorales récentes de Trump concernant l'implication des USA dans la défense des pays européens peuvent être assimilées à une volonté de terminer la seconde guerre mondiale pour sa branche euro-atlantique, et d'obliger l'UE à se construire en prenant en main sa destinée.

La première guerre mondiale, la grande guerre intra-européenne, ne s'est pas réellement achevée avec l'armistice du 11 novembre 1918 ni avec le traité de Versailles du 28 juin 1919, mais avec l'évacuation des troupes françaises d'occupation en 1930 et de la Sarre en 1935.

La seconde guerre mondiale, pour sa branche européenne et atlantique, a débuté implicitement avec la révolution bolchevique en Russie, heureuse surprise pour Lénine qui visait l'Allemagne comme terreau favorable. Dans ce sens les manifestations ouvrières et populaires menées par des bolcheviques et des gauchistes, bien avant l'armistice du 11 novembre, ont déstabilisé le gouvernement allemand et l'organisation de l'effort militaire : avec ce résultat déconcertant de la demande de l'armistice alors que le territoire de l'Empire allemand n'était pas encore envahi par l'incursion de la moindre unité ennemie ! Le traumatisme du peuple allemand fut grand devant une défaite politique et non pas militaire. La soif ou le besoin d'une revanche impliquait en priorité de se débarrasser des ennemis internes, les bolcheviques et assimilés. Des mouvements d'extrême droite dont l'équipe embryonnaire de Hitler, s'engagèrent dans ce nettoyage avec des méthodes musclées, manifestation violentes jusqu'à l'attentat de Munich, base ratée d'un coup d'état, se terminant par un emprisonnement symbolique de Hitler. Après la grande inflation du début des années 20, la prospérité revint, les tensions révolutionnaires bolcheviques ou fascistes ne revenant d'actualité qu'après la crise de 29 à 33 et son programme de forte austérité. Le parti nazi, vainqueur minoritaire aux premières élections de 33, s'empara rapidement de tous les pouvoirs, en éliminant pacifiquement les opposants des partis désavoués et surtout en éliminant physiquement tout ce qui ressemblait à du bolchevique, seul concurrent pour une prise absolue du pouvoir, hors Rhöm (assassiné le 2 juillet 1934) et ses SA. Les nazis ne pouvaient espérer bâtir leur empire aryen destiné à régner 1000 ans sur l'Europe tout en devenant le phare du monde, sans se débarrasser de l'empire bolchevique animé par une tout aussi grande volonté de s'imposer au monde entier. Mais en 38/39 les forces nazies n'en avaient pas le potentiel : Hitler récupéra pacifiquement un millier de chars modernes détenus par la Tchécoslovaquie, un grand nombre de combattants "germaniques" en Autriche, Tchécoslovaquie, Pologne (après son écrasement en un mois avec récupération de matériel de guerre). De même pour la France (et le Benelux en 6 semaines) qui de plus amenait un potentiel agricole alimentaire et industriel après sa défaite. La culture germanique et les capacités industrielles et scientifiques de l'Allemagne nazie étaient, avant le déclenchement des hostilités, perçues avec sympathie chez des Français, des Anglais et surtout des Américains allergiques au communisme et au bolchevisme, idéologies de luttes de classes entre le riche patronat industriel et financier et les masses laborieuses, d'autant plus que cet idéal de fraternité et d'égalité trouvait un écho favorable chez les intellectuels et le monde de la culture et du cinéma. L'engagement ultérieur de Roosevelt contre l'Allemagne nazie n'a pu être accepté par le peuple américain qu'après l'attaque japonaise de Pearl Harbor. Le communisme devint illégal. Les livraisons de matériels US aux soviétiques étaient symboliques et non décisives dans le cours de la guerre. La volonté de Rommel et autres conjurés de se débarrasser de Hitler et de ses sbires pour conclure une paix séparée avec les alliés et si possible les amener à se retourner contre l'URSS était de bon sens pour beaucoup, mais inacceptable pour les peuples combattants. Finalement les troupes nazies furent écrasées, les villes allemandes détruites sous les bombes et après un redécoupage territorial, l'URSS garda les pays baltes (déjà récupérés suite au pacte germano-soviétique et l'invasion de la Pologne) et occupa ce qui devint l'Allemagne de l'Est et les pays du pacte de Varsovie pour y instaurer des régimes communistes marxiste-léninistes. Les Américains, Anglais et Français (pour une petite part) occupant des zones de la future RFA. Et la guerre froide américano-soviétique s'instaura pour de longues décennies, avec le maintien de l'occupation militaire : très vite les parties dites du monde libre introduisirent la notion d'occupation bienveillante et protectrice sous l'égide de l'Otan, (idem pour les soviétiques avec le pacte de Varsovie, mais avec une certaine réticence silencieuse des peuples occupés). Les soviétiques durement éprouvés par les allemands (plus de 20 millions de victimes en un peu plus de 4 ans de guerre : 14 000 par jour en moyenne avec des pointes de plusieurs dizaines de milliers !) restèrent longtemps inquiets et réticents à une normalisation de l'Allemagne et à son réarmement même partiel. La guerre entre les alliés et l'Allemagne sur le continent européen ne dura que 14 mois depuis la Normandie et deux ans depuis le débarquement en Italie et fit heureusement beaucoup moins de victimes.

La guerre froide en Europe

La guerre contre l'Allemagne nazie était pratiquement finie, sans traité de paix avec des autorités représentatives de toute l'Allemagne, mais avec une occupation militaire des vainqueurs, les alliés (soviétiques inclus). L'opposition de fond entre les tenants des régimes capitalistes et des régimes collectivistes refit surface : les USA, grands profiteurs de cette guerre, imposèrent l'OTAN à l'ensemble des pays non soumis au collectivisme en complément à leur couverture protectrice des armes nucléaires et des armes conventionnelles de leurs troupes stationnées dans l'Europe dite de l'Ouest (en y incluant la Turquie). L'URSS riposta par la création du Pacte de Varsovie, de défense mutuelle et de protection, avec -en miroir- le stationnement de troupes soviétiques dans les pays concernés. Les frictions indirectes entre l'URSS et les USA dans d'autres régions de la planète(Cuba en 62) conduisirent à une course aux armements (arsenal nucléaire démentiel) et à l'implantation des fameux SS 20 -missiles nucléaires à courte portée de 700 kms- aux frontières de l'Europe de l'ouest, et de la réplique par les Pershing et Cruise missiles par les américains, avec une crise vers 1979/81.

Cette tension soviéto-américaine était concomitante avec la guerre au Vietnam (63/75) fortement soutenue par Moscou), avec la dictature des khmers rouges au Cambodge (75/91) (soutenus par la Chine) et avec la mainmise communiste en Chine confirmée par le massacre de la place Tiananmen (4/06/89).

 

La fausse fin de la guerre froide

Avec la chute du mur de Berlin (novembre 89) et du régime communisme en URSS, le pacte de Varsovie, destiné à contrer l'Otan, fut dissous en 91 avec implicitement une réciproque pour une dissolution (ou réduction importante de ses forces) de l'Otan : il n'en fut rien et l'URSS éclatée se réduisait à la Russie en perdant 50% de sa population. La forte réduction du nombre de fusées à ogives nucléaires négociée par Reagan et Gorbatchev puis Eltsine ne changea rien au maintien de l'Otan et même à son extension dans les pays de l'Europe de l'Est ! Après l'épisode d'Eltsine et de ses oligarques pilleurs des richesses nationales et l'écroulement des industries russes sous l'impulsion déconstructrice et destructrice des boys de l'École de Chicago, Poutine hérita d'une Russie affaiblie (réduction d'environ 50% du PIB russe en 5 ans) ridiculisée et en proie à des forces de dislocation de certaines républiques encore dans la Fédération de Russie, telle la Tchétchénie. Les oligarques dissidents (par rapport au pouvoir de Poutine) furent condamnés, les autres furent mis au pas, les mouvements de libération -principalement islamiques- furent sévèrement réprimés au titre de terroristes, et le sont toujours. Seules les industries d'armement, de fusées, de satellites, de missiles et d'avions restèrent dans le giron de l'État russe.

À partir de 91 les forces soviétiques ont quitté la RDA et les pays européens du pacte de Varsovie. Les affrontements indirects URSS/USA puis Russie/USA étaient réduits à la portion congrue et une ère de paix, sans provocation devenait possible. Les USA pour renforcer leur domination du monde ne s'engagèrent pas dans cette voie !

Pendant ce temps la bienveillante Amérique étendit l'Otan jusqu'aux portes de la Russie, Pays baltes inclus, installant des bases puis dans un second temps des boucliers anti-missiles aux frontières de la Russie en prétextant se protéger contre des missiles nucléaires iraniens !!! L'implantation en Turquie fut complétée par la création de points d'appui (mini bases) pour la marine et l'aviation en Géorgie, tout en poussant l'UE et l'Otan à accepter en leur sein la Géorgie : ce n'est pas encore fait, l'UE voulant respecter les équilibres et ne voulant pas encercler la Russie. Pour la Géorgie, l'Abkhasie et l'Ossétie du sud fortement russophones ont voulu leur indépendance et la protection de la Russie : le belliqueux Saakasvili (conseillé par on ne sait qui !!), a enclenché des hostilités avec le résultat de conforter la position de la Russie ; Poutine a eu ce qu'il voulait, sans envahir toute la Géorgie et a fait croire à Sarkosy qu'il s'arrêtait à l'occupation protectrice des Ossètes du Sud, suite à son intervention : et notre "grand homme" l'a cru ! Les Ossètes du Sud sont devenus indépendants de la Géorgie comme les Kosovars indépendants de la Serbie (proclamation du 17 février 2008 après la guerre de 89/90 et 9 ans d'administration de l'ONU)

En Ukraine, des organisations plus ou moins gouvernementales US ont aidé à l'émergence de la première révolution Orange, pour plus de démocratie et pour se libérer de l'influence et de la mainmise russes sur l'économie et la politique ukrainiennes. Les élections de fin 2004, après recomptage des bulletins, portèrent le proeuropéen Iouchtenko à la présidence. Son adversaire le prorusse Ianoukovytch reprenant la présidence en 2010. Entre temps les diverses manoeuvres politiques pourrirent la situation. L'Ukraine qui dans le siècle écoulé n'avait connu que 3 ans d'indépendance (en 1919/22) passant de l'empire russe à l'union des soviets en construction (URSS) avait son économie très intégrée dans l'URSS principalement pour la construction de fusées et d'avions civils et surtout militaire ( Antonov transports). Sa destinée était de devenir une articulation neutre amie (et intégrée économiquement), avec ses deux voisins ; les USA ont poussé l'UE à accueillir en son sein l'Ukraine pour la détacher de la Russie et à faire accepter son entrée dans l'Otan ! Le féroce Kroutchev qui avait maté dans le sang la révolte des koulaks ukrainiens, avait rattaché administrativement la Crimée russe à l'Ukraine. Avec une Ukraine indépendante, neutre et liée industriellement à la Russie, Poutine pouvait se contenter d'un bail à vie ou de très longue durée pour les installations navales militaires de Sébastopol et environs, mais uniquement dans une Ukraine neutre, indépendante de l'OTAN et liée économiquement à la Russie. La manoeuvre de déstabilisation américaine en 2014 soutenue par les Ukrainiens de la partie ouest, digne de la guerre froide, a poussé Poutine à agir pour les intérêts vitaux de son pays : résultat, les Russes ont récupéré la Crimée et les ukrainiens russophones du Donbass ont voulu leur autonomie, (surtout après l'obligation d'abandonner le russe comme langue officielle et d'utiliser l'ukrainien) les américains ont poussés l'UE à prendre des sanctions économiques contre la Russie, sanctions qui affectent les économies européennes et russes. Les USA achètent toujours des moteurs fusées à la Russie et autres produits stratégiques ! De même, le boycott des produits de l'UE par la Russie ne s'est pas accompagné du blocage des ventes de pétrole et de gaz à l'Allemagne et à l'UE.

Ainsi la guerre froide aurait dû s'arrêter dès 91, sans intégration dans l'OTAN des pays de l'Est libérés de l'emprise soviétique, car la menace avait quasiment disparu avec, en Russie, le retour en fanfare du Christianisme orthodoxe et la fin de l'idéologie communiste. Poutine de 91 (sous Eltsine) jusqu'en 2008, pendant 17 ans, est resté pacifique et ami de l'Occident, en concentrant son énergie sur la reprise du contrôle des industries et ressources minières et d'hydrocarbures, et dans sa lutte contre "les terroristes" des républiques caucasiennes. Après les tentatives des grandes entreprises américaines de faire main basse sur les principales industries et leur rejet par Poutine, les USA n'ont ni favorisé ni aidé un rapide développement de l'économie russe : inutile de créer un adversaire ou concurrent doté d'une économie forte.

 

TRUMP annonce de nouvelles relations avec POUTINE et la Russie

Toutes les déclarations de Trump ne sont pas dénuées de sens : certaines commencent à être considérées avec sérieux et sont plus en phase avec la réalité du monde.

En dehors de la façon brutale de récupérer la Crimée et en absence de volonté des Européens de prendre en main leur propre avenir, Trump considère qu'il est bon de discuter sérieusement, d'égal à égal, avec Poutine sans le diaboliser (comme tous les bons chefs d'État, il privilégie les intérêts de son pays et de son peuple) et de tenir compte des évolutions du monde :

- les pays de l'UE sont en paix avec la Russie, leur principal voisin, et ce depuis des décennies . Alors pourquoi les USA, (hors leurs sousmarins nucléaires de dissuasion et de protection) devraient-ils continuer à faire stationner dans l'UE leurs troupes avec chars, avions et missiles ? L'UE est assez riche et forte pour assumer une défense suffisante non agressive envers une Russie amie et pour développer des collaborations. Dans ce cadre une Europasie de l'Atlantique jusqu'à Vladivostock, serait à la fois voisine de l'Amérique (Alaska), de la Chine, des Républiques de l'Asie centrale, du Moyen-Orient (de l'Iran jusqu'au Maroc) et à peu de distance de l'Inde et du Pakistan. Cette Europasie serait occidentale, de cultures chrétiennes et laïques.

- les USA ont suffisamment à faire avec l'Amérique Centrale, avec l'Amérique du Sud et surtout avec la Chine qui s'impose comme la puissance dominante du Sud-est asiatique. Dans ce dernier affrontement économique et politique, Trump et les USA ont besoin d'une Russie forte, surtout en Sibérie : une alliance des 140 millions de russes avec les 500 millions d'européens, dans une Europasie intégrée, faciliterait le "confinement" de la Chine dans un espace raisonnable.

- il est souhaitable de mettre de l'ordre en Occident pour faire face, si possible pacifiquement, à l'émergence d'un Islam politique utilisant la solidarité et les croyances religieuses comme ciment idéologique. La confrontation entre les Chiites (Iran) et les Sunnites (monde arabe) peut s'atténuer du fait d'intérêts communs supérieurs.

 

Une nouvelle vision pour l'UE : un traité de paix avec la Russie

Le coup de gueule de Trump est une invitation à clore définitivement la seconde guerre mondiale pour sa partie européenne, avec un véritable traité de paix et d'amitié entre trois parties : la Russie héritière de l'URSS et débarrassée de l'idéologie communiste, les USA chevaliers de l'anti-communisme et du néolibéralisme-capitaliste et financier, incapables d'imposer au monde entier une Pax America, et enfin l'UE, ancien champ de bataille d'idéologies diaboliques, le nazisme et le stalinisme. Ce traité imposera à L'UE de se réformer profondément et de se construire au service de ses peuples et de la paix.


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