Barrot, Kallas, et la diplomatie en transe : quand les acteurs oublient qu’ils jouent
par Cassandre G
mardi 20 mai 2025
Derrière les grands mots et les micros tendus, l’Europe joue à se convaincre qu’elle agit. Mais dans les coulisses, Jean-Noël Barrot et Kaja Kallas, apôtres d’une diplomatie aveugle, alimentent le vertige. Entre incantations libérales et déni des peuples, ce texte démonte la scène – et expose l’effondrement d’un théâtre diplomatique devenu tragédie.
Prologue
Comme l’écrivait Erving Goffman : ‘Toute interaction sociale est une scène où nous jouons un rôle.’ Le problème surgit lorsque les acteurs, comme Barrot et Kallas, s’y perdent, se prenant pour leur personnage.
Censés apaiser les tensions, ils incarnent une rhétorique figée, déconnectée, inapte à la paix. Emportés par une bête insidieuse – ce narratif qui travestit le réel – ils ne jouent plus : ils surjouent.
Une paix impossible ? Les négociations prises en otage
Tandis que des voix, toujours plus nombreuses, implorent une issue négociée au conflit russo-ukrainien, l’Europe s’enferme dans un refus obstiné, indifférente aux drames humains, sourde aux appels des peuples. Loin de tendre la main, ses voix diplomatiques attisent une guerre par procuration, guidées par un récit manipulateur, un narratif qui défigure la paix.
Menées par des figures comme Macron et von der Leyen, Barrot et Kallas ne bâtissent pas la paix : elles enflamment une tragédie qu’elles prétendent apaiser. Certains esprits lucides les nomment, avec Merz et Starmer, cavaliers d’une apocalypse moderne, apôtres d’une morale guerrière masquée de “valeurs”, où toute modération devient faute. Cette rhétorique belliqueuse s’incarne dans une scène révélatrice, où l’indécence des élites éclate au grand jour.
Récemment, dans un wagon surchauffé menant à Kiev – séquence devenue virale, vue par des millions de spectateurs –, des leaders européens, parmi les cavaliers des “valeurs européennes”, affichaient une jovialité malsaine, insensibles aux drames, suscitant le dégoût, captée par les caméras. Emportés par une bête insidieuse, un narratif qui travestit le réel, ils incarnaient un mépris révoltant, d’une puérilité confondante, face à une guerre où des vies s’éteignent, sourds aux souffrances.
Par une négligence étrange pour des élites, un mouchoir froissé gisait sur la table, glissé furtivement sous celle-ci – un geste ambigu, perçu comme une tentative de dissimulation. Cette séquence, anodine en surface, devint miroir d’un théâtre où chaque geste révèle l’abîme d’irresponsabilité. Une rumeur, née d’une profonde rupture de confiance, a vu dans ce mouchoir un possible sachet de cocaïne, scandale dénoncé comme fake news, sans preuve, laissant l’opinion perplexe.
Sous ce voile trouble, une communication officielle insaisissable, réécrivant en direct le réel pour masquer les doutes, a épaissi l’opacité de l’affaire, laissant les citoyens désemparés. Ceux qui questionnaient cette légèreté furent taxés de complotistes, comme si toute voix modérée était une trahison. Jean-Noël Barrot, loin de reconnaître cette défiance, a pointé la Russie sans preuve, attisant la crise de crédibilité.
Cette scène fit grand bruit, révélant le scandale d’élites face à un désastre qu’une diplomatie apte aurait pu éviter. À ce stade, la fabrication de l’ennemi, portée par des récits idéologiques, masque les failles des dirigeants, tandis qu’un public lucide se révolte contre leur insouciance belliqueuse. Ainsi, dans ce théâtre où un mouchoir glissé sous une table trahit leur indécence, les élites orchestrent une mascarade idéologique, disqualifiant toute voix modérée pour masquer leur incapacité à faire la paix.
Le cocktail explosif : Barrot & Kallas, diplomates ou dévots ?
Jean-Noël Barrot et Kaja Kallas : deux visages, deux styles, mais une même trajectoire. Leur nomination au sommet de la diplomatie européenne s’inscrit dans un contexte de cooptation, de carrières express et d’affiliation à des cercles d’influence atlantistes. Héritiers de dynasties politiques – les Barrot en France, les Kallas en Estonie – et formés dans des réseaux comme les Young Leaders de la French-American Foundation, ils incarnent une élite hors sol, prête à sacrifier la paix pour des intérêts géopolitiques.
Relais d’une Europe sous tutelle atlantiste, ils incarnent un discours diplomatique fondé non sur l’ouverture, mais sur un énoncé dogmatique. Barrot prône en Afrique une diplomatie paternaliste, dont les promesses creuses heurtent les réalités locales. Kallas caricature la Russie comme ennemi irréductible. Tous deux partagent un profil psychologique à haut risque diplomatique :
• Déni de la réalité : Barrot promet une réconciliation avec l’Algérie, ignorant ses cicatrices historiques ; Kallas qualifie la Russie d’ennemi irréductible, effaçant toute nuance géopolitique.
• Dissonance cognitive : Barrot prône le dialogue tout en menaçant l’Algérie ; Kallas appelle à l’unité européenne, ignorant les réticences hongroises et slovaques.
• Incapacité à l’introspection : Barrot a ignoré les critiques sur sa gestion des tensions avec l’Algérie avec une assurance dénoncée par des observateurs ; Kallas persiste dans sa croisade anti-russe sans recul.
• Mépris teinté de colère : Barrot, regard hautain, veut “saisir la Russie à la gorge” ; Kallas, yeux brûlants, voue la Russie à l’enfer diplomatique.
• Passion incantatoire : Barrot, yeux brillants, joue le premier de la classe ; Kallas, voix stridente de prophète, proclame une guerre morale.
Leurs discours, jugés déconnectés sur les réseaux sociaux, où des internautes exaspérés dénoncent leur rhétorique, trahissent une distorsion du réel.
Quand le masque dévore le visage
Il arrive un moment où le comédien ne sort plus de son rôle. La diplomatie européenne semble ainsi prisonnière d’une mise en scène figée, où les lignes sont répétées sans fin, sans jamais être reconsidérées.
Goffman l’avait pressenti : le danger social survient quand l’interaction devient auto-hypnose. Arendt l’avait vu : le mensonge, plus séduisant que la vérité, hypnotise les acteurs autant que leur public. Barrot et Kallas, englués dans cette illusion, s’éloignent du réel. Comme l’a analysé Hannah Arendt, « le mensonge est souvent plus plausible, plus tentant pour la raison que la réalité, car le menteur possède le grand avantage de savoir d’avance ce que le public souhaite entendre »(2). Leur refus d’adapter ton ou posture inquiète, comme si l’Europe avait livré ses clés à des apôtres d’une croisade idéologique.
Langage piégé, dialogue impossible
Les accords de Minsk, piétinés par Merkel et Hollande, incarnent une trahison plus large (3) : celle d’une diplomatie qui promet la paix tout en préparant la guerre. Hollande l’a admis, piégé en 2022 par des humoristes russes se faisant passer pour l’ex-président Porochenko ; la paix devint un mot suspect
Depuis, le langage diplomatique s’est perverti, n’étant plus fait pour construire, mais pour exclure. Il devient performatif, ritualisé, émotionnel.
Il ne désigne plus le réel : il le masque. Les mots paix, négociation, cessez-le-feu sont suspectés de connivence avec l’ennemi. On les expurge du dictionnaire diplomatique européen.
Ainsi, le spectacle politique semble avoir fait sienne cette logique : le réel est refoulé, disqualifié, remplacé par la narration. « L’espace public est celui où chacun se montre, fait voir qui il est, et c’est cela qui donne sens à l’action. Mais lorsque cet espace devient pure exhibition, il cesse d’être politique »(4). Le simulacre remplace le commun. L’Histoire, elle, devient un décor à manipuler. Barrot et Kallas incarnent cette perte de substance : leurs déclarations sont jugées soit vides, soit incendiaires. Leur rhétorique n’ouvre aucun espace. Elle ferme. Elle dénonce. Elle punit. Elle étouffe. Et surtout, elle interdit toute alternative et pensée critique.
Barrot et ses promesses creuses de “partenariats gagnant-gagnant” en Afrique, Kallas et ses appels à l’isolement total de la Russie discréditent toute pause comme une ruse.
Théâtre de l’absurde ou tragédie cynique ?
Pendant que Macron et Zelensky surjouent l’amitié virile – accolades spectaculaires, sourires complices – Barrot et Kallas enfoncent l’Europe dans une tragédie cynique.
Leur jeu s’inscrit dans un théâtre d’ombres : Macron et Zelensky jouent au couple fusionnel, tandis que les autres acteurs, chacun dans son rôle, verrouillent les portes de la paix.
À force de jouer aux chefs d’État bienveillants, ils ne finissent par l’être — qu’uniquement entre eux. Leur complicité détruit dans l’ombre les peuples broyés par la guerre, tandis que ces élites, enfermées dans leurs privilèges, restent sourdes à leurs souffrances.
Le problème n’est pas la théâtralité. C’est l’absence totale de lucidité sur la pièce jouée. Et les spectateurs – nous tous – ne rient plus depuis longtemps.
Conclusion et fin de spectacle
Tant que les dirigeants s’enfermeront dans leur rôle jusqu’à s’y confondre, la diplomatie restera un simulacre. Barrot et Kallas n’incarnent pas l’Europe de la paix. Ils incarnent l’Europe figée dans une dramaturgie de guerre morale.
Il est temps de tirer le rideau – avant que la bête invraisemblablement indicible* ne dévore tout espace de négociation et ne noie le dernier éclat de paix.
Une autre scène s’impose. Une scène où la lucidité, la pensée critique et divergente – même qualifiée de complotiste par la bête – retrouvent droit de cité. Un théâtre du possible, libéré des narratifs convenus et des simulacres diplomatiques.
Cassandre G Printemps 2025
*Note
La bête insidieuse ou invraisemblablement indicible : Périphrase du Mémoirel, néologisme désignant l’effacement des mémoires collectives par un pouvoir imposant un prêt-à-penser drapé de valeurs universelles. Subtile, elle enfume les consciences ; enveloppante, elle engendre silences et deuils. Dans ce texte, elle trahit les accords de Minsk, lisse les blessures coloniales, disqualifie les appels à la paix comme complotistes, mais vacille face à la pensée critique. Nous, citoyens, en sommes les victimes complices, par conformisme ou peur.
(1) https://sociologique.ch/erving-goffman-theories-sociologie-interactions-sociales/
(2) Hannah Arendt, Du mensonge à la violence, 1972.
https://www.calmann-levy.fr/livre/du-mensonge-la-violence-9782702143629/
(4) Hannah Arendt, La condition de l’homme moderne, 1958. https://www.calmann-levy.fr/livre/condition-de-lhomme-moderne-nouvelle-edition-2018-9782702165362/