Blocage des TV franšaises Ó l’Útranger

par Alain Rojo
lundi 9 septembre 2013

Le scandale des chaines de télévision qui protègent illégalement leur "Replay", en particulier pour les français résidents à l'étranger.

Les TV françaises, publiques ou privées, brident de plus en plus le replay, soit par la géolocalisation ou maintenant avec des DRM (protection par cryptage), ce qui empêche les français à l'étranger de revoir leurs programmes (et même par ricochet involontaire certains français en France d’ailleurs). J'habite au Brésil, et je suis aujourd'hui incapable de revoir quelque émission française que ce soit qui ne soit pas sur TV5 monde.

Ne nous leurrons pas, ces protections sont inutiles, les internautes astucieux arrivent toujours à trouver sur Internet (Torrent, etc.) quelqu'un ayant enregistré et publié une émission "protégées", ça ne sert donc à rien, ils perdent même de l'argent et de l'audience avec ses protections et ils irritent une multitude de français contre les chaînes françaises et finissent par les obliger à se tourner vers d'autres chaines sans publicité (TV5 Monde par exemple), vers le câble ou même simplement à abandonner la télé et rester sur Internet sur leur PC.

Les chaines de télévision n’arrivent plus à s’adapter à l’évolution de l’Internet et, au lieu de développer de nouveaux modèles économiques tenant compte de la progression inéluctable de ce média, ils se contentent d’interdire, de bloquer, de menacer de procès les fournisseurs d’accès Internet, espérant ainsi « forcer » les spectateurs à assister en direct aux émissions et, à fortiori, aux pubs qui les accompagnent. C’est une illusion totale, ça ne fonctionne plus comme ça aujourd’hui.

En outre, ces protections sont contre la loi :

"L. 331-9 (loi n°2009-669) : « Les éditeurs et les distributeurs de services de télévision ne peuvent recourir à des mesures techniques qui auraient pour effet de priver le public du bénéfice de l’exception pour copie privée, y compris sur un support et dans un format numérique, dans les conditions mentionnées au 2° de l’article L. 122-5 et au 2° de l’article L. 211-3. »"

Alors au lieu d'être stupides et de tout brider, ne pourraient-ils pas au contraire être plus intelligents et libérer ces replay, soit gratuitement, soit par le biais d'un abonnement de quelques euros, en particulier pour les centaines de milliers de français résidents à l'étranger ? Rien n'empêcherait d'ailleurs de laisser les coupures de pub, car bizarrement, les résidents étrangers aiment bien voir les pubs françaises qui les tiennent "à jour" des nouveaux produits.

Il faudrait forcer législativement ces chaînes qui diffusent en France (publiques ET privées) à respecter la loi, à évoluer, à utiliser intelligemment les nouveaux médias et construire de nouveaux modèles économiques qui puissent à la fois leur profiter (abonnement, pubs) et intéresser les téléspectateurs. De plus, revoir les émissions sur PC est frustrant, il faudrait laisser la possibilité de télécharger les émissions pour pouvoir les revoir avec tout le confort d'une télé HD et en famille.

L'excuse des droits de diffusion limités pour le territoire français explosent totalement avec les moyens offerts par Internet : serveurs proxy simulant une adresse IP française, nombreux sites "pirates" permettant de télécharger tous ces programmes, même en HD et sans pub, programmes de téléchargement de replay (captvty par exemple). Souvent, les internautes s’abonnent à ces sites et payent pour pouvoir télécharger rapidement ces émissions, autant de recettes qui échappent ainsi aux médias classiques et vont vers des entités soi-disant « pirates ». Or il s'agit là uniquement de copies privées d’émissions déjà diffusées, pourquoi obliger les téléspectateurs à tant de gymnastique pour contourner ces blocages ?

Également, l'excuse du résident étranger ne payant pas sa redevance ne tient pas : tout d'abord parce que les résidents payent des impôts nettement plus élevés que les résidents français, et d'autre part parce qu’ils sont prêts à payer un abonnement mensuel pour pouvoir accéder aux téléchargements de ces émissions.

Enfin, ces obstructions à la diffusion de la culture française vont totalement à l'encontre de la promotion de la France et de la Francophonie dans le monde.

Le député des résidents à l’étranger Pierre-Yves Le Borgn a déposé en juillet 2013 un amendement visant à résoudre ces problèmes. Si c’est un bon début, il est probable que cet amendement ne mette des mois (ou plus) à aboutir et ne couvre que les chaines publiques. Ne serait-il pas plus simple de forcer toutes les chaines nationales (publiques ou privées) à rester dans le cadre de la loi et supprimer ces protections ? Au pire, si cela était impossible, les obliger à ouvrir une exception pour les français à l’étranger par l’intermédiaire de comptes privés, d’abonnements ou de tout autre modèle économique permettant de télécharger n’importe quelle émission de n’importe quelle chaine depuis l’étranger ?

Et ce débat s’étend, bien entendu, à toutes les œuvres virtuelles : musique, cinéma, etc. Aujourd’hui, quel internaute va payer une musique sur un support physique (CD), un film sur un DVD alors que l’offre de téléchargement « pirate » est pléthorique et internationale. Pourtant, tous les sondages montrent que ces mêmes internautes seraient d’accord pour payer des abonnements forfaitaires économiques si ceux-ci leur permettaient de télécharger rapidement et légalement en toute liberté ces mêmes œuvres qu’ils piratent actuellement.

Il sera intéressant de voir qui va gagner cette guerre d’arrière-garde entre les fameux ayant-droits et leurs représentants qui tentent désespérément de maintenir un modèle dépassé, et les simples utilisateurs qui essayent d’assister avec un maximum de confort à leurs programmes préférés, en essayant de trouver toutes les solutions alternatives qu’Internet leur offre aujourd’hui. A mon avis, cette guerre est perdue d’avance par les « majors », il suffit de voir le flop d’Hadopi pour s’en convaincre, les pertes d’audience constantes des grandes chaines « institutionnelles » tant en France qu’à l’étranger, ainsi que la chute des ventes continuelle des supports physiques.

 

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