Ce qui ne va pas avec les sanctions étasuniennes contre l’Iran

par Laurent Herblay
mardi 15 mai 2018

C’était une promesse de campagne de Donald Trump, qui a l’avantage de solidifier le clivage entre ses partisans et ses opposants, étant donné qu’Obama avait signé l’accord. Il ne faut sans doute pas voir plus loin les raisons pour lesquelles le locataire de la Maison Blanche a retiré son pays de l’accord. L’occasion de revenir sur bien des aspects néfastes de la diplomatie étasunienne.

 

Arbitraire défense de leurs propres intérêts
 
Il ne faut sans doute pas partir du principe qu’aucune sanction ne saurait être imposée à un Etat. Des circonstances qui le rendent nécessaires et un cadre qui les légitime peuvent, exceptionnellement, le permettre. Mais une prise de recul sur les pratiques étasuniennes amène à beaucoup de méfiance. Les sanctions contre Cuba étaient totalement injustifiées, et inhumaines par le dur poids qu’elles ont fait peser sur la population pendant des décennies. Idem sur la Russie de Poutine, dont on se demande bien pourquoi elle mériterait plus de sanctions que l’Arabie-Saoudite, en guerre au Yemen, et qui y utilise des bombres à fragmentation ou au phosphore interdites, en toute impunité.
 
Bref, le caractère profondément arbitraire des sanctions étasuniennes devrait inciter à la prudence. Voilà que PSA pourrait ne plus avoir le droit de vendre des voitures en Iran, après en avoir écoulé plus de 400 000 l’an dernier  ! Pourtant, le constructeur français ne vend plus une voiture outre-Atlantique depuis longtemps, et ne compte plus GM parmi ses actionnaires. Pourquoi donc une entreprise française, qui n’est pas présente aux Etats-Unis devrait donc cesser ses ventes en Iran si Washington le souhaite ? Voici un nouvel exemple du caractère extraterritorial du droit étasunien, imposé au reste du monde, sans que personne, ou presque, ne remette en cause cette pratique détestable.
 
Même Renault, dont le partenaire Nissan est très présent aux Etats-Unis, ne devrait pas se soucier de la décision de Trump. Après tout, si Washington veut quitter l’accord, pourquoi cela devrait-il affecter les décisions d’entreprises d’autres nationalités  ? Si la France est toujours dans l’accord, alors absolument rien ne devrait changer pour PSA et Renault. Et si les Etats-Unis en venaient à sanctionner des entreprises non étasuniennes du fait de leur présence en Iran, la France devrait en rétorsion sanctionner des entreprises étasuniennes pour bien signifier à l’Oncle Sam que ce n’est pas lui qui peut dicter à l’ensemble du monde ce qu’il convient de faire ou de ne pas faire en Iran et ailleurs.
 
Cela est d’autant plus choquant que les positions étasuniennes sont bouffies de conflits d’intérêt ou d’arbitraire. Déjà, lors de la première phase de sanction à l’encontre de l’Iran, les constructeurs étasuniens étaient à pied d’œuvre pour remplacer les Français, sans grand succès il est vrai. Et plus globalement, le différentiel de traitement entre l’Iran et l’Arabie Saoudite est totalement illégitime sur le fond. La seconde n’est-elle pas au moins aussi condamnable que la première, que ce soit pour le conflit au Yemen et les armes qu’elle y utilise, ce qui avait fait dire à Jérémy Corbyn, s’opposant aux frappes en Syrie, que Londres devrait bombarder Riyad en suivant une telle logique.
 
 
Le deux poids deux mesures entre les deux principales puissances du Moyen-Orient en dit long sur l’arbitraire des positions étasuniennes et fait douter de la légitimité de la décision de quitter l’accord sur le nucléaire de Donald Trump, mélange de posture et d’arbitraire. Et cela nous rappelle la manière détestable qu’ont les Etats-Unis de vouloir imposer leurs décisions au reste du monde.

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