Climat dans la Monarchie Marocaine : le calme… règne !

par Florence Signoret
samedi 16 avril 2011

Marrakech, ces jours-ci : le soleil frappe sur le minaret de la Koutoubia… Seule violence faite à la ville ! Car ici, le roi Mohammed VI, ou affectueusement rebaptisé « M6 », semble intouchable à l’inverse de ses voisins dictateurs. Point de révolution, entre Palais Royal et visites en calèche de la Medina. Seul remède aux maux de la population et de sa pauvreté : le tourisme. 

 Souks, épices, et splendides Riads : les principaux « magots » de la paix marocaine… sont les valises des touristes  !

A l’aéroport de Marrakech, quand les yeux du douanier se posent sur la fiche de renseignements du voyageur qui va pénétrer en terre marocaine, ils se plissent à la lecture de la rubrique « profession : journaliste ». Temps d’arrêt de l’agent de contrôle, qui relève la tête et demande, dans un français impeccable : « Pour quel journal ? » « Plusieurs journaux. Je suis journaliste indépendant … en vacances ! » Provocation ou réalité d’un repos mérité, hésite encore le personnel de la douane ? La fiche n’en ira pas moins… ailleurs que sur l’énorme tas de feuilles des autres voyageurs arrivés et dits « classiques », mais sur un petit tri de papiers inscrits au dos, et minutieusement répertorié.

Le pays est calme… mais vigilant. Les colères de la Révolution du Jasmin, puis celles de la Place Tahrir, et les cris hurlants et incessants des armes entre Insurgés et Régime Kadafiste, autiste et schizophrène, grondent, bien sûr, dans tout le Maghreb. Les médias sont les bienvenus, comme touristes, et non comme trouble-faits, comme ils le furent et le sont encore parfois dans des situations nationales et internationales, décrites comme réalité, avant qu’elles ne le deviennent ! Le pouvoir d’anticipation est devenu pouvoir d’action. Le premier pouvoir est celui des médias, trop dangereux, si mal employé. « M6 », justement, le sait, son gouvernement aussi, même si les comparaisons avec le régime libyen sont caduques, l’actuel Roi du Maroc, étant aimé de son peuple, pour avoir, entre autre, soufflé un vent de liberté depuis son accession au trône en 1999.

 

Le pays ne dort jamais… que d’un œil !

Le hérisson mort dans la cage des souks de la Kasbah, au milieu des effluves d’épices, rappelle les prisons secrètes remplies d’opposants au pouvoir absolu du père de Mohammed VI, Hassan II, et contraste avec les jardins luxuriants et la piscine aseptisée de la Mamounia. En touriste prenant un café ou un soda pour le plaisir des yeux et des lieux, juste pour un moment, on se surprend à imaginer faire partie de ces vacanciers ou hommes d’affaire, logeant ici, lunettes sur têtes chlorées et humides, et… valant aux alentours de 10 000 dirhams (1 000 €) la nuit. Eux, font du Haut Tourisme. Ceci est un constat de touriste… non de journaliste. Constat du contraste… Et d’autres aperçus soudains, depuis une simple calèche, allant de la scène de rue d’un marchand d’oranges délogé par les forces de l’ordre, à l’image d’un homme gisant, tête dans son sang, aux côtés de soldats en uniforme, impassibles. Zoom, à son insu, d’instantanés volés au présent d’un touriste, pour qui ces minutes sont plus lourdes et précieuses que tous les tapis berbères marchandés et ramenés dans sa valise à bon prix… Après s’être félicité de son affaire devant un thé dans un magnifique Riad ! Touriste soupçonné de journalisme pour un voyage de détente… comment se comporter ? Etiquetée avant d’étiqueter, sans en avoir eu la moindre intention. Après auto-conditionnement, il faut rester… touriste ! Ainsi, la visite se poursuit, avec l’extase et les frissons devant le palais de la Bahia (de la Belle, surnom de la favorite) édifiée vers 1880 pour Ba Ahmed, vizir et ministre des souverains Moulay Hassan et Abdelaziz, pour lui, ses 4 épouses et ses 24 concubines, dans des décors exceptionnels de plafonds de cèdre peints, de superbes stucs et de patios de marbre…

Seulement voilà qu’un peu plus tard, au détour d’une promenade en taxi le long de la palmeraie, la langue du chauffeur se délie ! Il parle de son pays… Mais le journaliste ne reprendra pas le dessus sur le touriste ! Qui a parlé de déformation professionnelle ?

 

Florence Signoret.


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