Corée, Vénézuela, Chine, Russie… : diplomatie moderne, arbitraire et rapports de force

par Laurent Herblay
samedi 23 septembre 2017

La diplomatie de ces dernières décennies est souvent teintée de leçons de morale. Il faudrait boycotter la Russie et son régime agressif et autoritaire, tout comme le Vénézuela ou la Corée du Nord. Mais ce qui frappe aussi, c’est le caractère souvent arbitraire de ces décisions, qui ne font que refléter des rapports de force et des intérêts bien souvent déconnectés de toute moralité.

 

Plus brutaux et cyniques que véritablement moraux
 
Il fallait intervenir en Irak pour sauver le monde des visées militaires de son dirigeant et libérer son peuple. Les armes de destruction massive n’existaient pas et la « libération » de 2003 n’a abouti qu’à beaucoup de violence, l’émergence de Daesch, et des centaines de milliers de morts. L’intervention en Libye, que j’ai commis l’erreur de soutenir à l’époque, n’a pas produit de meilleurs résultats, malgré un contexte que l’on pouvait malheureusement croire plus propice, ne laissant que chaos, et terreau favorable à tous les pires fondamentalismes. Mais il n’y a pas que les interventions militaires qui peuvent poser problèmes, les boycotts de toute forme semblent bien souvent révoltants.
 
Pourquoi donc les Etats-Unis ont poursuivi le boycott de Cuba après la disparition de l’URSS  ? Le pays ne posait plus aucun danger stratégique, en l’absence d’allié potentiellement hostile et fort. Washington n’a-t-elle pas sur la conscience le fait d’avoir fait souffrir pour rien la population de l’île ? Et le caractère non démocratique du régime cubain peut-il être un argument quand les Etats-Unis commercent si fortement avec des pétro-monarchies pas moins brutales que le régime des Castro  ? Aujourd’hui, les sanctions contre le Vénézuela semblent tout aussi aberrantes, d’autant plus que les dirigeants sont rarement ceux qui souffrent de ces sanctions, au contraire du reste de la population.
 
Plus globalement, se pose la question du caractère profondément arbitraire des sanctions, notamment celles d’outre-Atlantique. Suite aux tirs nord-coréens, Washington a annoncé des sanctions à l’égard de tous les pays qui commerceraient avec le régime de Pyonyang. Pourtant, tout le monde sait que la Chine, principal partenaire commercial du pays, continuera de faire ce qu’elle veut et ne sera pas touchée par les sanctions, au contraire de nos pays ou de nos entreprises, comme l’odieux racket de BNP Paribas l’avait démontré, choquant même The Economist. Plus globalement, comment ne pas être intrigué par la différence entre le traitement de certains pays et celui des pétromonarchies ?
 
Bien sûr, les relations internationales ont toujours été un théâtre de rapports de force. C’est pour cela que le Général de Gaulle voulait une France forte car cela permettait à notre pays de peser. Mais il est révoltant de voir des agissements qui ne sont que l’exploitation de rapports de force brutaux rhabillés par des principes supposés moraux. Si la morale était vraiment à l’œuvre, un tel deux poids deux mesures ne serait pas à l’œuvre. En réalité, ce sont des idéologues pas très nets qui se parent de morale pour déguiser les visées réelles de leurs politiques. Et même si certains les croient sincèrement, il est tout de même rageant de voir que si peu d’analystes soulignent la triste réalité qui est à l’œuvre.
 
Décidément, se parer des atours de la vertu ou de la moralité est bien souvent un indice que les politiques menées ne le sont justement pas. Dans une logique proprement orwellienne, des desseins impérialistes ou simplement politiciens sont habillés de beaux principes qui ne résistent pas à l’analyse. En quoi la Russie mériterait-t-elle plus de sanctions que l’Arabie Saoudite aujourd’hui ?

Lire l'article complet, et les commentaires