De guerre las

par C’est Nabum
mercredi 16 janvier 2013

Honni soit qui Mali pense

Et une de plus !

Un bon président qui veut laisser sa trace dans l'histoire s'offre sa petite guerre. C'est devenu un principe incontournable de la bonne gestion d'une nation qui se pense encore grande. Après bien des aventures qui nous font découvrir des pays grâce à de merveilleuses images de combat orchestrées par l'armée en personne ou bien nos médias, nous allons poursuivre nos tours du monde des zones sensibles avec le Mali.

Je n'ai ni la culture politique ni la formation géo-stratégique pour décider ou non de l'opportunité de « projeter » nos valeureuses troupes sur un territoire lointain et certainement hostile. Chacun jugera de cette nouvelle expédition par le prisme de ses convictions ou de son idéologie. J'avoue ne plus savoir que penser de cette rengaine désespérante qui nous pousse si fréquemment à entonner le chant du départ !

Ce que je constate depuis des lustres c'est qu'il y a une constante que je qualifierai de macabre dans l'équation de nos aventures guerrières. L'ennemi supposé est toujours adepte d'une foi qu'il met en avant. Au nom d'un Dieu que nous croyons être un concept de paix et de concorde, nos adversaires jouent toujours le rôle des méchants irrespectueux des valeurs humaines.

Par contre, nos troupes sont censées porter les valeurs de la civilisation, de la démocratie et des traités internationaux. C'est si simple que nous nous sommes certains de notre bon droit, de la force de notre détermination et de la puissance des convictions qui animent nos courageux soldats.

Les lois de la guerre sont hélas impitoyables et face à eux, nos petits gars trouvent des populations et des combattants ayant une opinion diamétralement opposée. Nous ne parvenons pourtant pas à remettre en doute le discours officiel, nous nous sommes construits autour de cette idée si confortable que nous étions pour l'éternité le phare de la pensée civilisatrice.

Ce sont d'ailleurs des idées analogues qui ont expliqué, justifié, encouragé les croisades, l'esclavage, la colonisation et les guerres territoriales. Elles nous ont encore poussés à trouver normale l'exploitation outrancière des matières premières des pays, l'immigration ou l'appauvrissement de leurs cultures traditionnelles et vivrières au profit de nos agricultures subventionnées.

Le monde qui s'est pensé « civilisé » a usé le filon jusqu'à la corde, a abusé de sa posture, a pompé une partie de sa richesse sur des nations qui en auraient bien eu besoin. Que le retour de bâton ne soit pas de nature à nous satisfaire, il est évident qu'au regard de nos convictions, c'est une évidence indéniable. Je ne veux pas ici encourager le sort abominable qui est fait à la femme dans ces contrées phallocrates.

Mais je doute que nous puissions changer grand chose à coups de bombardements et d'attaques ciblées et chirurgicales. Nous ne faisons que creuser un peu plus ce fossé qui est déjà une faille immense. Nous avons un tel passif que rien ne permettra de sitôt de rétablir un dialogue apaisé. Les cartes sont faussées, il faut non seulement les redistribuer mais en plus inventer de nouvelles règles de jeu.

Les armes n'auront jamais gain de cause. La haine est si forte, le poids des siècles d'oppression si prégnant qu'aucune perspective n'est envisageable avant fort longtemps. L'agitation d'un court moment accompagnée de son terrible cortège de victimes des deux camps (les unes toujours plus précieuses que les autres) ne feront que mettre encore de l'huile sur ce feu séculaire.

Alors, la haine va encore nourrir les fous de Dieu, des braves gens seront pris en otage, des attentats seront peut-être commis de manière aveugle et absurde. Rien ne changera fondamentalement, quelques larmes de plus, des douleurs inutiles, des souffrances qui resteront sans raison. Une fois encore, il faudra déplacer notre armée en un autre endroit sans que rien ne soit réglé sur le théâtre des opérations précédentes.

Afghanistan, Iran, Irak, Libye, Mali, Côte d'Ivoire. C'est la ronde d'une fracture si profonde qu'aucune solution ne sortira jamais d'un fusil ou d'un canon. Il faut penser autrement, changer notre manière de nous croire encore gendarme du monde. Le devoir d'ingérence n'est qu'une utopie. Le piège se referme, nous ne pouvons accepter en conscience des monstruosités avérées, nous n'avons pas les moyens d'y mettre réellement un terme. Alors, de guerre las, nous nous agitons pour nous donner, quelques brefs instants, l'illusion d'avoir la possibilité d'infléchir ce cercle infernal dont nous ne sommes, hélas, que les héritiers impuissants.

Désespérément vôtre.

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