Des migrants et du mur de la Hongrie

par Laurent Herblay
mardi 23 juin 2015

La décision par la Hongrie de fermer sa frontière avec la Serbie et d’entreprendre la construction d’un mur entre les deux pays, a frappé les esprits. Les pays européens peinent à orchestrer leur réaction entre les injonctions laisser-fairistes de certains et la volonté des peuples de réduire les flux.

 
La logique d’un mur
 
Sur Europe 1, l’ambassadeur de Hongrie en France a très bien fait son travail pour défendre la position de son gouvernement, expliquant calmement le pourquoi de sa décision. Les raisons sont assez simples. La position géographique du pays en fait un lieu de passage utilisé par les populations de l’ex-Yougoslavie, mais aussi des pays du Moyen Orient. Depuis le début de l’année, ce pays de dix millions d’habitants a accueilli 54 000 réfugiés, contre seulement 2 000 en 2012  ! Comme le notait l’ambassadeur, cela revient à plus de 300 000 personnes à l’échelle de la France, et même plus de 800 000 en rythme annuel, plus de quatre fois le nombre total d’immigrés qui rentrent aujourd’hui.
 
Du coup, la position de la Hongrie semble si compréhensible que même Le Monde et Libération n’ont pas dénoncé le facisme de Viktor Orban de manière grandiloquante. Les deux journaux ont évoqué les faits de manière assez neutre, Jean Quatremer soulignant même que Budapest était débordée. Bien sûr, l’avocat journaliste de l’UE pour Libération finit par le couplet habituel : « libre à l’Espagne et aux pays d’Europe de l’Est d’assumer politiquement et diplomatiquement leur égoïsme national, eux qui ont pourtant su profiter de la solidarité européenne pour rattraper leur retard économique  », après avoir applaudi le principe d’une répartition obligatoire du traitement des demandes d’asile.
 
L’échec de deux illusions
 
Ce nouvel épisode pourrait représenter un changement dans le débat. Il y a peu, Libération appelait à libéraliser l’immigration. Mais cela se heurte à la réalité des flux migratoires qui ne cessent de croître pour de nombreuses raisons. Car si les grands écarts de développement ne sont pas nouveaux, en revanche, il est probable que les moyens modernes de communication les rendent bien plus concrets pour tous les pays de départ. Il y a encore quelques années, les populations qui partent aujourd’hui se rendaient sans doute beaucoup moins compte de ces écarts. Et à cela, s’ajoutent tous les troubles, en Syrie, en Irak ou ailleurs, qui poussent les populations à vouloir quitter leur pays d’origine.
 
Mais aujourd’hui, les pays en crise, qui subissent un fort niveau de chômage et souvent des coupes dans tous les budgets sociaux, peuvent difficilement accepter l’arrivée de migrants dont leur pays n’a pas besoin. En Grande-Bretagne, malgré la baisse du taux de chômage, à la faveur de l’explosion de petits boulots peu payés, comme en Grèce, le sujet prend de l’importance politiquement. Et la diversité des situations des pays européens contredit la volonté européenne de prendre en partie la main sur ces questions, d’autant plus que la libre-circulation des personnes au sein de l’UE complique grandement tout contrôle des migrants. Les crises à répétition pourraient remettre en question ce dogme.
 
Même si, sur Europe 1, Thomas Sotto questionné l’ambassadeur hongrois, les innombrables crises sur le sujet représentent une nouvelle faille dans cet édifice baroque. L’UE en profitera-t-elle pour gagner de nouveaux pouvoirs ou les pays européens finiront-ils par se retirer de l’espace Schengen ?

Lire l'article complet, et les commentaires