Elections US : secrets et propagande sur la mort de Ben Laden (The Guardian)
par ReOpen911
samedi 25 août 2012
Juste avant les élections présidentielles américaines fixées au mardi 6 novembre prochain, voilà qu’un "lanceur d’alerte", appelé aux USA "Whistleblower" ou "Deep Throat" (gorge profonde), publie un témoignage exceptionnel "sans que le Pentagone ne soit au courant". Le quotidien Le Monde donne même le Pentagone comme "surpris". Ce membre de commando de la Navy (US Navy Seals Team 6) aurait participé l’an dernier au raid mortel contre le chef historique d’al-Qaïda. Ce serait même le 3ème homme à avoir pénétré dans la chambre du terroriste le plus recherché du monde (mais jamais officiellement recherché pour le 11-Septembre, rappelons-le).
En France, nous avons eu droit notamment au livre concis qui se veut irréprochable quant aux faits, du blogueur consultant spécialisé dans les questions de défense, Jean-Dominique Merchet, sur lequel nous reviendrons. Mais lui non plus n’aborde pas, ou seulement de façon très superficielle, les questions soulevées ici par Glenn Greenwald. Le secret est décidément une maladie extrême et incurable, que la classe politique et médiatique atlantiste ne veut surtout pas tenter de soigner dès que l’on s’intéresse de plus près à l’affaire du 11-Septembre.
Et donc, ce que nous enseigne cette omerta internationale soigneusement cachée derrière des pseudo-confidences canalisées en art du trompe-l’oeil, c’est que cette maitrise consommée du Storytelling s’inscrit dans la continuité – au-delà des partis – d’une opération de propagande médiatique de masse qui a commencé un certain 11 septembre 2001.
Le raid contre ben Laden met en évidence le goût du secret sélectif de l’administration Obama
par Glenn Greenwald, The Guardian, le 23 août 2012
Traduit de l’anglais par Corto et GV pour ReOpenNews
En début d’année, l’administration Obama a répondu lors d’une procédure qui exigeait que les vidéos et les photographies du raid contre Oussama ben Laden soient rendues publiques, en invoquant (comme d’habitude) que c’était trop secret pour être déclassifié. Une cour fédérale a (comme d’habitude) validé ces déclarations et rejeté la demande de procédure, ayant déterminé que « la publication des images et/ou vidéos pouvait raisonnablement causer des torts exceptionnellement graves à la sécurité nationale ». L’administration a invoqué les mêmes droits au secret et à la préservation de la sécurité nationale pour refuser les demandes de multiples agences de presse visant à obtenir des documents sur le raid contre ben Laden.
« Maintenant qu’Oussama ben Laden repose dans de saumâtres profondeurs, les reporters et les citoyens posent de bonnes questions sur l’opération qui l’a expédié au fond. »
Etait-ce une mission pour tuer ? Qu’est-il arrivé aux autres personnes dans la résidence ? Et qu’est-ce que peut bien signifier cette inhumation en mer, de toute façon ?
« Fondamentalement, chacune de ces questions implique de s’interroger sur la manière dont les Américains devraient se comporter au combat, et de ce point de vue, elles méritent de bonnes réponses – qui n’ont pas été correctement explicitées par la Maison Blanche, ou par l’armée. »
En août dernier, dans le même magazine, Mark Follman rédigea un article de fond qui explorait la plupart de ces questions, et qui commençait par cette phrase :
« Vous n’avez pas besoin d’être un théoricien du complot pour vous gratter la tête concernant la fin d’Oussama ben Laden. » [NdT : en gras par nos soins]
Observant qu’ « il y a eu de multiples témoignages divergents sur la mission des Navy Seals à Abbottabad au Pakistan, » le récit semblant être sous l’influence des politiques, du sensationnalisme, et de la fantaisie pure et simple, il passa en revue les multiples « incohérences flagrantes » dans les histoires variées qui filtrèrent, ce qui, selon ses mots justes, entraîne de « lourdes implications. »
Pour un événement de cette importance, il faut de la transparence et aussi que les informations soient divulguées, mais l’administration Obama, dans une posture typique de recours au secret, a empêché que cela ne se produise. Cependant, ce qui rend la chose encore plus grave, c’est qu’exactement au même moment où elle déclarait devant une cour de justice que la mission était trop secrète pour autoriser de telles divulgations, la Maison Blanche lançait une campagne coordonnée de révélations dans certains médias sélectionnés, dont l’unique but était de glorifier le président pour qu’il marque des points en politique.
Cela n’est qu’un aperçu du mode opératoire de l’administration [Obama] lorsqu’il s’agit d’informations classifiées. Cette même administration, qui a lancé une campagne sans précédent de persécution contre les Whistleblowers (lanceurs d’alertes) – ceux qui diffusent des informations internes sur ses tromperies et ses méfaits – laisse régulièrement filtrer des informations classifiées en vue d’en tirer un gain politique. Mais seules les « mauvaises » fuites (celles mettant en avant les méfaits ou les délits de l’administration) sont punies, alors que les « bonnes fuites » (qui font apparaitre Obama sous un jour flatteur) passent tranquillement, quand elles ne sont pas ratifiées officiellement. De la même façon, comme l’a rapporté l’ACLU (American Civil Liberties Union) dans un article du Guardian en juin dernier, cette même administration qui bloque systématiquement les procédures judiciaires en invoquant le « secret » laisse compulsivement filtrer des informations classifiées aux médias à propos de ces mêmes opérations de façon à faire apparaitre Obama comme un président « à la dure » et impliqué dans la protection de son pays.
« Le livre promet d’être l’une des meilleures ventes de l’année, et a le potentiel d’impacter la campagne présidentielle pendant les toutes dernières semaines jusqu’aux élections du 6 novembre… l’éditeur s’attend à un véritable Best-seller, et prévoit d’ores et déjà d’en imprimer 300 000 copies. »
La description qu’en donne Penguin, son éditeur, promet un « récit haletant au plus près de l’assaut, commençant par le crash de l’hélicoptère qui aurait pu mettre fin à la vie du Navy Seal, et se terminant par l’appel radio confirmant la mort de ben Laden. » Bien que le Pentagone et la Maison Blanche nient tous deux avoir eu connaissance du contenu du livre, l’auteur ne fait rien pour véritablement cacher son identité. D’après la description du New York Times, il fournit d’amples informations biographiques qui devraient rendre le processus d’identification relativement aisé, comme son « enfance en Alaska », le fait qu’il a « participé à 13 missions depuis » les attentats du 11-Septembre, et qu’il « a pris sa retraite l’an dernier. » Le livre comporte aussi des passages sur ses « précédentes missions secrètes dans les Navy Seals ».
Compte tenu de la quantité d’informations toujours classifiée « top secret » sur le raid contre ben Laden, cette affaire devrait être un cas typique de diffusion d’informations classifiées. Et cela devrait aussi être le cas pour les détails qu’il diffuse à propos de ses « précédentes missions secrètes dans les Navy Seals. » En revanche, si les détails de ce raid sont maintenant déclassifiés, quelles sont les excuses mises en avant pour continuer de ne pas publier les preuves vidéo et photo en possession de la CIA et qui illustrent ce qui s’est réellement passé ?
Permettre à un gouvernement d’opérer derrière le rideau impénétrable du secret est destructeur en soi. Mais cela est encore bien pire lorsqu’il se permet également de jouer à ce petit jeu avec ses pouvoirs de classification de l’information : laisser filtrer ou récompenser les fuites politiquement bénéfiques, tout en punissant sévèrement celles fournissant au public des informations importantes sur le haut niveau de corruption qui y règne. Manipuler ainsi les pouvoirs présidentiels sur le « secret » constitue un odieux instrument de propagande : cela permet de s’assurer que toutes les informations embarrassantes ou incriminantes sont bloquées ou supprimées, et que les seules choses que le public a le droit de savoir – et qui sont amplifiées par la presse affamée et reconnaissante – sont les quelques miettes que laisse trainer la Maison Blanche pour tenter de glorifier son leader. C’est exactement cela, la définition de « propagande d’État. »
Glenn Greenwald
Traduit de l’anglais par Corto et GV pour ReOpenNews
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