Et le plombier ?
par morice
jeudi 6 novembre 2008
Bon voilà c’est fait, et c’est une sacrée révolution : je connais des racistes qui ont ce matin la gueule de bois. Pour ce qui est des raisons de la victoire, je ne citerai pas nécessairement le profond désir de changement des Américains, mais avant tout la mobilisation des gens qui jusqu’ici ne votaient jamais, à savoir les plus pauvres, et surtout les modifications apportées à l’organisation des votes. Même si, hier soir, il y a eu des bugs incroyables tels que ces longues files à l’extérieur des bureaux de vote. On a mis en encore huit heures pour voter à certains endroits, mais cette fois-ci les partisans démocrates étaient sur place et avaient tout prévu, en apportant même de la nourriture pour tenir le coup. Cette fois, les électeurs potentiels ne sont pas repartis chez eux ! Jeb Bush, en 2004, avait même profité d’un ouragan inopiné pour déplacer certains bureaux de vote sans prévenir, il n’a pas pu rééditer le coup (et n’est plus d’ailleurs gouverneur non plus, c’est Charlie Christ, ancien attorney general de l’Etat, très largement aidé par Donald Trump).
Cette même Wonkette qui durant toute la nuit a noté toutes les anecdotes savoureuses entendues pendant ce moment mémorable, en revenant à plusieurs reprises sur le cas grotesque de Joe le plombier. Vous connaissez le personnage qui avait fini par emplir tous les discours républicains, ceux de McCain comme ceux de son idiote de colistière : or, hier, on en a appris de belles à propos de cet homme, un archétype fabriqué de toutes pièces par les conseillers véreux de McCain. Une erreur de communication, que ce faux plombier et vrai manager, dans un pays où certains journalistes ont fait des livres en observant les poubelles des chanteurs (demandez à Bob Dylan, il en sait quelque chose). Or, hier soir notre fameux plombier en a pris pour son grade : à Toledo, en Ohio, hier soir, Joe est allé voter... dans le mauvais bureau de vote... une rumeur tenace voulant que l’officier de police qui l’en aurait empêché étant le même que celui qui l’avait arrêté la veille en excès de vitesse... Selon certains, l’inénarrable Joe se serait défendu de son erreur en lançant un "vous savez pourtant à qui je vais donner ma voix"... qui en dit long sur en même temps sa prétention à être devenu une star médiatique et les rumeurs de concussion et de prévarication que promène derrière lui le Parti républicain depuis des lustres. Pour l’instant, seul l’excès de vitesse à bord de sa Dodge Durango a été confirmé : l’homme était peut-être pressé d’aller voter...
McCain peut aujourd’hui se retourner contre ses conseillers et notamment celui qui lui a fait retenir une véritable bécasse comme colistière, devenue boulet en à peine deux semaines, et surtout pour avoir tenté de leurrer les gens avec une créature montée de toute pièce censée représenter cette fameuse Amérique profonde conservatrice qui, ce matin, a le moral en berne. L’arme de destruction massive des intentions de vote était un idiot, qui avait accepté de jouer un rôle assez abject, celui de l’opposant-type au candidat adverse, alors que la première enquête menée sur ses déclarations montrait qu’il serait davantage bénéficiaire de l’élection d’Obama que celle de celui qu’il était censé soutenir. Des conseillers ridicules, dont certains étaient allés jusqu’à dire que McCain avait été à la base de l’invention du Blackberry (remarquez Al Gore s’était bien vanté d’avoir inventé l’ADSL…).
On retiendra encore le manque d’enthousiasme certain qu’aura mis l’équipe de Bush a soutenir celle de McCain : depuis plus d’un mois, W. Bush est resté invisible durant toute la campagne et l’est toujours. Visiblement, comme on vous l’avait écrit également, ces deux-là se détestent cordialement : John le "maverick" n’a en fait jamais plu au staff républicain qui ne lui a jamais pardonné ses critiques à son égard : McCain, on peut le dire, a perdu aussi parce qu’on n’a eu de cesse de lui planter des couteaux dans le dos, et de glisser sous ses pieds des peaux de bananes géantes. Les néo-cons ne l’appréciaient pas, c’est une évidence, et McCain a autant dû se battre contre son adversaire que contre son propre camp. L’épisode qui le démontre, c’est celui de la vieille dame venue lui mettre sous le nez ses contradictions, en lui rappelant que le second prénom d’Obama était Hussein, et "qu’il était Arabe" ce qui ne manquait pas de sel en effet. Or, cette opinion raciste et islamophobe a été créée de toutes pièces par son propre camp et l’incroyable distribution d’un DVD de type Fitna dont je suis allé conter ailleurs l’histoire, faute de ne pouvoir vous la faire découvrir ici même. Ces manipulations douteuses, cette haine de l’adversaire, ce pauvre McCain avait été obligé de les tempérer ce jour-là sans vraiment y parvenir.
Dans le même registre de l’évidente manipulation, la redécouverte de son ex-geôlier vietnamien devenu le plus chaud de ses partisans sentait bien trop le paquet de dollars proposé contre une interview bien trop cireuse de pompes pour être vraie... La défaite de McCain sonne le glas en fait des coups tordus et des tentatives de manipulation de l’opinion qui ont tant sévi ces huit longues années. La chaîne FoxNews va rabaisser son caquet, contrainte et forcée, et les services secrets drivés par un Robert Gates qui n’a eu de cesse de prendre ses distances avec l’administration vont devoir changer également d’optique. Car l’administration Bush est allée trop loin, et l’absence criante de toute image de Ben Laden durant cette campagne accrédite encore plus l’idée de sa mort et de la manipulation de son image ces dernières années par l’équipe des conseillers de W. Bush. Ils le voulaient "mort ou vivant", ils ne l’auront pas trouvé, même mort.
Hier, dans une certaine indifférence, deux événements ont marqué pourtant cette évolution notable : le président bolivien, Evo Morales, a définitivement exclu les services anti-drogue américains de son pays, les jugeant bien trop activistes contre son propre gouvernement, sous couvert d’aider son pays, et une autre nouvelle a secoué le cocotier de l’Amérique du Sud où là encore l’administration Bush est allée trop loin. Le général colombien Mario Montoya, qui paradait tant lors du sauvetage d’Ingrid Betancourt, a remis avec fracas sa démission à Alvaro Uribe. Plusieurs de ses généraux, soupçonnés d’avoir tué des gens innocents déclarés comme étant des Farc, alors qu’ils ne l’étaient pas, sous couvert des groupes paramilitaires, ont été limogés et emprisonnés par le président colombien. Or cet homme a beaucoup à nous dire sur l’aide américaine dont il a bénéficié pour le faire, et ne va certainement pas se gêner pour le dire bientôt dans la presse. Il nous expliquera aussi très certainement ce que faisait ce général quatre étoiles américain auprès des hangars à hélicoptères maquillés de l’opération Jaque, et finira bien par nous avouer que la fameuse opération "colombienne" n’avait rien de colombien. On attend Obama sur le sujet brûlant du Moyen-Orient, il a tout intérêt à suivre de près la pétaudière d’Amérique du Sud, où les activités délictueuses américaines de ces dernières années sont devenues tellement flagrantes qu’elles provoquent un phénomène de rejet qui fait aujourd’hui tache d’huile. Bush avait menti, McCain s’apprêtait à mentir sur le sujet, on verra bien si le premier président noir élu aux Etats-Unis mentira un peu moins ou s’efforcera de dire la vérité. Pour l’instant, les espoirs placés en lui par l’ensemble du monde sont immenses et sa tâche s’avère extrêmement difficile.
Laissons-le lui et son peuple savourer sa victoire, celle d’une renaissance véritable de la politique américaine qui suscite tous les espoirs. De paix, essentiellement, et c’est cela que je retiendrai aujourd’hui en priorité. Pour le reste, ne nous attendons pas à des miracles...