Etats-Unis : Les douanes pourraient exiger vos identifiants sur les réseaux sociaux

par Darth Walker
mercredi 29 juin 2016

Si vous vous apprêtez à vous rendre aux Etats-Unis, vous risquez d'avoir une sacrée surprise au moment de remplir votre demande d'autorisation de voyage (Electronic System for Travel Authorization, ou Esta), requise pour un séjour de moins de 90 jours.

Vous serez, comme auparavant, invités à renseigner vos ressources financières, votre état moral et sanitaire ou vos activités professionnelles. Vous devrez aussi répondre à des questions comme : « Avez-vous l'intention de vous livrer à des activités immorales ou criminelles dans le cadre de votre admission aux États-Unis ? » Ce contrôle est désormais complété par un système d'identification d'empreintes digitales et même par de possibles entretiens.

Mais la grande nouveauté, c'est le site Fusion qui nous l'apprend, repris par Le Figaro :

"le service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis souhaite que les touristes sans visa arrivant sur le sol américain communiquent leurs identifiants utilisés sur les réseaux sociaux. La demande a été formulée le 23 juin auprès du Federal Register, l'équivalent français du Journal officiel. Les citoyens ont jusqu'au 22 août pour faire des commentaire et des suggestions sur ce projet, après quoi il passera en examen officiel."

Si cette disposition est adoptée, l'Esta exigerait des « informations associées à votre présence en ligne ». Les douanes recouperaient ces données avec celles des enquêtes en cours dans le but de prévenir toute tentative de nuisance sur le sol américain. Pour l'heure, cependant, la proposition préconise de rendre ces champs facultatifs.

Évidemment, ce nouveau dispositif, qui entend répondre à la menace terroriste, soulève des questions quant à protection de la vie privée. Les voyageurs seront-ils ainsi contraints de renseigner les comptes dont ils disposent sur les sites de rencontres ?

Autre souci : la fiabilité douteuse du dispositif. En effet, un individu pourra tout à fait renseigner les identifiants d'un compte factice ou faire mine de ne pas avoir de compte sur les réseaux sociaux. A moins que le voyageur ait accepté les services de douane parmi ses contacts, les autorités ne peuvent pas avoir accès à ses statuts, photos, vidéos ou conversations (si ceux-ci sont privés).

Officiellement, du moins... car le scandale des écoutes de la NSA, révélé par Edward Snowden en 2013, a bien montré que les autorités américaines disposaient de « grandes oreilles », lui permettant d'obtenir n'importe quelle information sur les citoyens américains.

La France elle-même a été récemment tentée par ce genre de mesure. En début d'année, une disposition à l'article 20 du projet de loi de réforme pénale avait été débattue, qui autorisait l'État à exiger d'un individu ses identifiants sur Internet (Facebook, Twitter, Gmail, etc.) s'il revenait en France après avoir fréquenté des terroristes présumés. Refuser de fournir ces informations pouvait conduire à 3 ans de prison et à 45.000 euros d'amende. Finalement, cette disposition a été supprimée début juin.


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