Guerre contre le terrorisme, vraiment ?

par Antony Manuel
mercredi 14 avril 2010

[Résumé : la révélation en vidéo du comportement des soldats américains à Bagdad n’a suscité que la réaction de quelques experts. Aucune réaction politique. Ne doit-on pas revoir pourtant la notion de guerre contre le terrorisme ? Il semble que tout cela n’intéresse plus personne. Pourtant la France est bien engagée aux côtés des américains et de leurs drones en Afghanistan]

La diffusion de la vidéo de la « bavure » américaine de juillet 2007 à Bagdad est tout sauf un événement mineur, tout sauf quelque chose de déjà connu, de déjà réglé et au final d’assez habituel qu’on aurait déjà vu plusieurs fois et plusieurs fois déjà oublié.

Cette diffusion, cette fuite, révélée sur le site Wikileaks.org le lundi 5 avril n’a certes pas manqué d’être commentée par la presse les jours suivants. Mais étrangement, elle n’a donné lieu à aucune réaction politique, ni des pouvoirs en place chez les membres de l’OTAN, ni chez les partis d’opposition.

Entre autres commentaires, on a pu lire l’analyse selon laquelle le détachement des militaires américains, qui dans leur hélicoptère Apache ont ouvert le feu sur un groupe d’irakiens qui ne les menaçaient pas, puis plus tard sur une camionnette qui chargeait un blessé, ce détachement, cette froideur dans l’action, voire les quelques rires et remarques légères des militaires, étaient à considérer comme « la distance psychologique qu’un militaire doit toujours prendre avec l’ennemi ». (article du New York Times, 7 avril 2010)

L’ennemi ? Quel ennemi ? Tout irakien dont on croit distinguer sur une image infrarouge qu’il porterait une arme, les journalistes, les enfants, n’importe quel civil irakien qui n’est pas au bon endroit, au bon moment ?

Il est utile, indispensable, ici de rappeler le principe de justification des deux guerres, américaine en Irak, de l’OTAN en Afghanistan (où la France est engagée).
Les mensonges de l’ère Bush sur les armes de destruction massive possédées par l’Irak ayant fait long feu, il reste la sécurisation de ces pays et la guerre contre le terrorisme.

Mais après la vidéo du mitraillage depuis l’hélicoptère, la désignation comme « terroristes » des « ennemis » de l’Amérique ou de l’OTAN perd grandement de sa pertinence. Car il s’agit ici aussi, bien à l’évidence, d’une forme d’action terroriste.

Et doit-on continuer à désigner comme terroriste toute personne qui entend résister contre ce qui, de son point de vue pas toujours illégitime, apparaît comme l’occupation de son pays.

Il faudrait aussi parler ici des opérations menées en Afghanistan et au Pakistan par les drones américains (mais aussi anglais et allemands ?) ciblant des « terroristes » (ou serait-ce des résistants ?) et qui font un nombre de victimes civiles collatérales dont on ne sait pas estimer le pourcentage (voir Der Spiegel Online, article du 12 mars 2010 : Drones Are Lynchpin of Obama’s War on Terror).

Le visionnage de la vidéo de 2007, comme si on y était, et bien mieux que les reportages de journalistes incorporés, nous montre aujourd’hui une autres réalité que celle des discours officiels.

Il serait certainement grand temps, de la part des gouvernements des membres de l’OTAN, et de la part des partis politiques d’opposition, de reconsidérer sérieusement la question de la pertinence des guerres en Irak et Afghanistan.
 

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