Ha´ti : L’assourdissant silence de Saint-Domingue…

par Pierre Thivolet
vendredi 22 janvier 2010

Ce matin, en me réveillant, j’ai trouvé que je faisais indien. Pas noir, ni métis, ni mulâtre, non indien. Et je me suis dit : Ca y est, je suis devenu dominicain.

Pas membre de l’ordre religieux, non, mais dominicain, habitant de la République dominicaine, capitale Santo-Domingo, la plus ancienne ville de la Caraïbe, là où se trouve le Palais de Christophe Colomb, dont le cœur serait abrité dans la très ancienne cathédrale, et avec un « malecon », un front de mer où il fait le bon le soir aller danser le « merengue ».

C’est le pays du couturier Oscar de la Renta, qui après avoir fait fortune avec ses créations et ses parfums n’a pas oublié sa région natale de Punta Cana, jusqu’à y attirer les « people » de ses amis et contribuer à lancer ce tourisme autrefois très haut de gamme, aujourd’hui plus « bronze-cul », non pas 3 étoiles mais 3 S (sea, sun and sex) avec pour le dernier S, des jeunes femmes et jeunes hommes qui sont si compréhensifs…

Nous sommes très loin d’Haïti ? … Non, pas du tout, on est sur la même île.

Saint-Domingue, qui occupe les trois quart à l’Est, et Haïti, un quart à l’Ouest de l’île d’Hispaniola… Même du ciel on voit la différence : Haiti, jaune, pelée, chauve comme un présentateur télé qui aurait raté ses implants, et à l’Ouest la luxuriante Saint-Domingue…

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais, alors que même à Gaza ou au Bhoutan, on se mobilise pour venir en aide à Haïti, il n’y a pas une mouche qui vole du côté de Saint-Domingue… Oui, bien sûr, en cherchant bien, quelques dizaines de blessés ont été accueillis par des hôpitaux sous les caméras de télévision.

Port-au-Prince, et la plupart des villes haïtienne ne sont qu’à quelques heures de route seulement de la République dominicaine. On aurait donc pu penser que l’aide internationale aurait pu utiliser les aéroports, les moyens de communication de ce pays afin d’agir le plus vite possible. On aurait pu imaginer… Non, là c’est dans vos rêves… Au contraire, la République dominicaine a courageusement fermé ses frontières, et vit dans la crainte de voir ses plages blanches noircies par un flot d’Haïtiens…

Vous vous demandez : "Mais pourquoi l’auteur montre tant de haine à l’égard de Saint-Domingue ? Alors que sur la même île, eux au moins, ils ne sont pas devenus le pays le plus pauvre du monde".

Hélas, les mots n’ont pas été choisis par provocation. Tout l’histoire moderne de Santo-Domingo a été construite dans l’opposition et la haine des haïtiens, pardon des noirs, mais à Saint-Domingue, c’est synonyme…

A l’origine, Français et Espagnols se sont partagés l’île. Mais alors qu’à l’Ouest, les français surexploitaient leur portion, en en faisant la plus grande et la plus riche, et la plus exploitée, déforestée des colonies du monde, les espagnols eux, avaient bien d’autres perles à leur empire.

Après la révolution et l’indépendance d’Haïti,en 1804, les haïtiens tentèrent évidemment de libérer les esclaves de la partie espagnole, et occupèrent puis furent chassés de Santo-Domingo. Par les colons , blancs… Qui lorsqu’ils proclamèrent l’indépendance , n’eurent qu’une seule hantise : les haïtiens. D’où le drapeau dominicain, qui est le drapeau haïtien sur lequel ils apposèrent une croix blanche.

D’où cette dictature de la blancheur qui conduit beaucoup de dominicains qui ne sont pas blancs-blancs à se dire « indien » « indien grillé, indien crotté, indien délavé, indien foncé, cannelle » tout sauf… noir.

Bon, malgré ce défaut, vous pensez que "les dominicains eux, auraient moins mal géré leur pays"… Hélas, non !

Malgré son tourisme, son potentiel agricole, le niveau de vie de la population y est à peine plus élevé qu’en Haïti. Et en matière de corruption, dictature , et atrocités Santo-Domingo est au sommet du podium.

Car l’autre célébrité du pays est un des plus affreux dictateurs d’une région qui en a connu beaucoup : Trujillo, dictateur de 1930 à 1961…

Trujillo, était tellement mégalomane, que même la capitale Santo-Domingo avait été rebaptisée Ciudad Trujillo.

C’est pas qu’il était corrompu, non… seulement qu’en gros, toute l’économie du pays avait fini par lui appartenir.

C’est pas qu’il était un obsédé sexuel, pédophile et pervers, non… mais en gros, dès qu’une jeune fille commençait à être…., bref, sa famille était invitée au palais et la jeune fille avait intérêt à se laisser faire, sinon, c’est toute la famille qui trinquait.

C’est pas qu’il était raciste. Non… d’ailleurs , un des rares aspects « positifs » de cette obsession de « blanchitude » est que Saint-Domingue est un des rares pays au monde à n’avoir jamais fermé ses frontières aux réfugiés fuyant l’Allemagne nazie ou l’Europe centrale., mais Trujillo fût l’inventeur de l’opération « Persil ».

« Persil », en espagnol« Perejil », un mot que les haïtiens ont quelques difficultés à prononcer. D’ailleurs essayez donc, entre le r roulé et le j « jota », ce n’est pas évident… »Opération Persil » est donc le nom des massacres lancés en 1937 pour blanchir Santo-Domingo. Les soldats demandaient aux paysans en leur montrant un brin de persil : « Qu’est-ce que c’est ? » S’ils n’arrivaient pas à prononcer le mot en espagnol, crac…Quand même 30 à 40 000 morts en cinq jours…Sous d’autres latitudes, on aurait appelé cela "génocide"...

Même après l’assassinat de Trujillo, l’intervention américaine, la guerre civile, et l’établissement d’une certaine démocratie, cette obsession anti-haïtienne, anti-noir continue à marquer toute la société dominicaine.

Ainsi Peña Gomez, qui fût un des plus grands hommes politiques de l’après Trujillo. A la tête du Parti socialiste dominicain , le P.R.D, il fût élu maire de la capitale, mais jamais il n’arriva à être élu Président. Ses adversaires n’eurent de cesse que d’essayer de le discréditer en laissant planer le doute sur ses origines, il serait en fait haïtien… Il faut dire que Peña Gomez était noir, contrairement à son rival, le conservateur Balaguer , ancien collaborateur du Trujillo, qui , même à 88 ans, aveugle et invalide, fût élu Président. Il faut dire que lui, on était sûr qu’il était bien blanc, de Catalogne…

Si vous ajoutez à tout cela, le fait que les grandes propriétés agricoles de la République dominicaine exploitent plusieurs centaines de milliers de travailleurs haïtiens, utilisés comme des esclaves à faire les travaux les plus ingrats, vous comprendrez aisément, que le mot d’ordre y est : « Chut, pas un bruit ». « Evitons de se faire remarquer par les américains et la communauté internationale, et attendons que ça passe »…

Or , c’est en train de passer puisque déjà Haïti « retombe » à la deuxième , voire troisième place des titres de l’actualité ». Et puis, la misère des uns faisant le bonheur des autres , tout reviendra comme avant. Peut-être même mieux, les haïtiens seront encore moins chers.

Nul besoin d’être visionnaire pour comprendre que cette situation de ces deux pays se détestant sur la même île ne pourra pas continuer. Il faudra bien que Santo-Domingo et Haïti se mettent à travailler ensemble. Comment reconstruire Haiti, si Santo-Domingo se sert de ses voisins comme d’un réservoir d’esclaves, si elle laisse passer toutes les mafias, et profite de tous les trafics qui déstabilise Haïti ?

Mais tout ce qui précède montre qu’il sera plus facile de reconstruire les bâtiments de Port-au-Prince que de détruire plusieurs siècles de préjugés raciaux à Saint-Domingue.

Puisque notre secrétaire d’Etat Alain Joyandet a de si bonnes relations avec le Président dominicain, ce serait pourtant une piste sur laquelle la France pourrait , avec beaucoup de prudence, de subtilités, de doigtés, s’engager…

PEREJIL : Nous vivons une e-poque formidable ! 
 
Source : Blogodo Novo
 

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