Hamas : de l’indécision à la radicalité
par Bernard Lallement
mardi 31 janvier 2006
Comme son voisin hébreu d’ailleurs, l’Autorité palestinienne a un besoin vital des subsides internationaux pour assurer son fonctionnement, ne serait-ce que pour payer ses fonctionnaires.
En menaçant le Hamas de restreindre, voire de cesser, toute aide s’il ne désarme pas, Georges W. Bush montre que, décidément, il n’entend rien à la question du Proche-Orient. En apparence du moins.
Selon Khaled Mechaal, son chef politique basé à Damas, le Hamas serait prêt à négocier avec les autres factions palestiniennes afin d’arriver à un accord de gouvernement. En effet, une cohabitation avec le Fatah serait le seul scénario permettant de sauvegarder quelque espérance d’un dialogue renoué, à terme, avec les Israéliens. « Nous continuons de tendre la main à chacun et avons besoin de tous », a-t-il déclaré, tout en confirmant sa détermination à fusionner plusieurs branches militaires pour constituer, sous sa bannière, une armée destinée à assurer « la sécurité du peuple palestinien. » Façon de répondre à l’ultimatum de désarmement.
Il est évident que toute recherche d’un compromis, au sein de l’Autorité palestinienne, n’aura aucune chance de succès si la coalition, sortie des consultations que mène Mahmoud Abbas, est perçue, par son peuple, comme une conséquence des pressions de l’Occident.
Dans l’entourage d’Ismaïl Haniyeh, qui a conduit la liste du parti extrémiste aux élections, on envisagerait, même, de soutenir, au poste de Premier ministre, un candidat issu d’aucune des forces en présence. Le nom revenant le plus souvent est celui de l’ancien ministre des Finances Salam Fayad, un ancien du Fonds monétaire international (FMI), gage de sérieux pour la communauté internationale. Le refus du Fatah de collaborer pourrait contraindre les islamiques à inclure des technocrates dans le nouveau cabinet.
C’est dire que rien n’est joué ; tout incite à la prudence. Washington et Angela Merkel, en visite au Proche-Orient, ne peuvent ignorer qu’une rupture des subventions accordées aux Palestiniens aurait comme conséquence directe de les précipiter vers d’autres bailleurs de fonds, particulièrement l’Iran. Inutile de préciser combien le régime de Mohammad Khatami s’empresserait de voler au secours de ses frères musulmans.
Ce serait le pire des scénarios catastrophes, auquel les Etats-Unis, et les capitales européennes, ne pourraient rester indifférents. Il imposerait, à terme, une intervention militaire dans la région. Le genre de stratégie qui ressemble, comme deux gouttes d’eau, à celles affectionnées par les éminences grises de la Maison Blanche.
Aussi la victoire du Hamas fait-elle partie des évènements de l’Histoire qui contribuent à changer le cours du monde. Plus que jamais, l’axe du mal prend ici tout son sens, encore faut-il déterminer d’où souffle le vent du bien. Machiavel fera toujours des émules.
Photo : AFP