Idlib (Syrie), la Turquie tente d’imposer une présence et un contrôle permanents. La monnaie turque remplace une livre syrienne

par PETINOS
vendredi 19 juin 2020

Les djihadistes qui contrôlent encore une partie du nord-ouest syrien avec l’appui de la Turquie ont commencé à remplacer la livre syrienne par la monnaie turque dans les transactions courantes.

La livre syrienne est en chute libre depuis l’annonce des Etats-Unis de l’entrée en vigueur, à partir de mercredi 17 juin d'une loi baptisée « César », qui impose de nouvelles sanctions au régime syrien et ses alliés. Ces sanctions devraient provoquer une nouvelle chute de la livre syrienne et mécaniquement une augmentation des prix. Cependant, est-ce la seule raison de ce changement ?

Indépendamment du volet économique, la décision d’adopter la livre turque jette un peu plus entre les bras de la Turquie cette région, laissée pour l’instant par les Syriens et leurs alliés Russes aux mains du groupe djihadiste Hayat Tahrir al-Cham, affidé à la Turquie et qui domine la région d'Idlib.

Rappelons que la région d'Idlib, peuplée de trois millions d'habitants dont une majorité dépendent de l'aide humanitaire pour survivre, abrite plusieurs groupes djihadistes et des rebelles soutenus par la Turquie.

Le groupe Hayat Tahrir al-Cham (HTS), a souvent changé de nom mais le noyau dur a été formé par l'ex-branche syrienne d'Al Qaïda[1]. Il a toujours été exclu des trêves et cessez-le-feu parrainés par l'ONU ou la Russie dans le pays en guerre[2].

Le groupe HTS s'est d'abord fait connaître sous le nom de Front al-Nosra, à partir de janvier 2012. C'est par ce nom que le pouvoir syrien de Bachar al-Assad et son allié russe continuent de le désigner.

Il est classé groupe « terroriste » par Washington, l'Union européenne et l'ONU. En 2013, le groupe a maintenu son allégeance à Al-Qaïda, avant d'annoncer la rupture en juillet 2016, et de se rebaptiser Front Fatah al-Cham. Début 2017, il s'auto-dissout pour devenir la principale composante de HTS[3].

Le HTS comprend essentiellement des djihadistes syriens. Il compte quelque 30.000 hommes, dont environ 10.000 étrangers, d'après l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

C’est en partie ces djihadistes que la Turquie a transférés vers la Libye (environ 8.000 hommes) pour soutenir le gouvernement d’entente nationale de Fayez el-Sarraj qui contrôle la Tripolitaine, contre le maréchal Khalifa Haftar, qui contrôle la Cyrénaïque.

La Turquie montre, par l’adoption de la monnaie turque dans les régions syriennes que ses affidés djihadistes contrôlent, son intention de rester de manière permanente sur place ; elle a déjà fait la même chose à Chypre, coupée en deux depuis l’invasion et l’occupation turques de 1974. Depuis lors, la Turquie a reconnu (seul pays dans le monde à l’avoir fait) un « État fantoche » dans la partie de Chypre qu’elle occupe et y a implanté le mode de vie turc (islamisation à marche forcée, nationalisme, etc) et imposé comme monnaie la livre turque…

 
[1] Dépêche de l’AFP, daté du 10 octobre 2018, Syrie : qui est Hayat Tahrir al-Cham ?

Voir également : L'Orient-Le Jour, juin 2017. 

[2] Dépêche de l’AFP, datée du 15 juin 2020.

[3] Idem.


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