Iran : Alireza Akbari, nouvelle victime du régime sanguinaire des mollahs

par Sylvain Rakotoarison
mardi 17 janvier 2023

« L'exécution d'Alireza Akbari est un acte odieux et barbare. Son nom s'ajoute à la trop longue liste de victimes de la répression et de la peine de mort en Iran. Solidarité avec le Royaume-Uni. Solidarité avec le peuple iranien. » (Emmanuel Macron, le 14 janvier 2023 sur Twitter).

Consternation face à la barbarie du régime iranien : l'ancien vice-ministre de la Défense Alireza Akbari (61 ans) a été condamné à mort le 11 janvier 2023, condamnation confirmée par la Cour suprême d'Iran, et exécuté par pendaison le samedi 14 janvier 2023. Au-delà de véritable scandale de la peine de mort lorsqu'elle est appliquée et de la justice prétexte, la protestation internationale vient également du fait qu'Alireza Akbari, homme politique iranien, était à la fois de nationalité iranienne et de nationalité britannique.

En 1988, Alireza Akbari a fait partie de ceux qui ont vérifié l'application du cessez-le-feu à la fin de la guerre Iran-Irak, prévu par la résolution 598 adoptée à l'unanimité le 20 juillet 1987 par le Conseil de Sécurité de l'ONU. Il a été nommé plus tard, de février 2000 à août 2005, vice-ministre auprès de l'amiral Ali Shamkhani, qui a été Ministre de la Défense du 20 août 1997 au 24 août 2005, sous la Présidence de Mohammad Khatami, après avoir été Ministre des Gardiens de la révolution du 20 septembre 1988 au 21 août 1989. Ali Shamkhani, dont était proche Alireza Akbari, a été le directeur du Centre pour les études stratégiques des forces armées iraniennes de 2005 à 2013 et depuis le 10 septembre 2013, nommé par le Président Hassan Rohani, il est le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale et conseille le Guide suprême Ali Khamenei pour les affaires militaires. C'est un poste stratégique en Iran et le maintien d'Ali Shamkhani à son poste risque d'être compromis après la condamnation d'Alireza Akbari pour espionnage.



En effet, la condamnation à mort a été rendue sous prétexte qu'Alireza Akbari aurait été un espion pour le compte des services de renseignements du Royaume-Uni, ce qu'il démentait formellement (ainsi que sa famille). En 2005, il avait quitté l'Iran pour habiter au Royaume-Uni au point d'acquérir la nationalité britannique. Il se rendait régulièrement en Iran. Il avait été arrêté une première fois en 2009, puis relâché.

Puis, il a été arrêté de nouveau en 2019 lors d'un nouveau voyage en Iran. Il aurait été torturé pendant sa détention en prison avant sa condamnation à mort. Lors d'une conversation téléphonique avec sa famille, il a expliqué qu'on le forçait à se droguer et à s'empoissonner chimiquement, qu'on le mettait à l'isolement longtemps, afin d'obtenir de lui des aveux complets qui ont été enregistrés et diffusés par les médias iraniens.

La justice iranienne a notamment reproché à Alireza Akbari d'être impliqué dans l'assassinat de Mohsen Fakhrizadeh le 27 novembre 2020 à 50 kilomètres à l'est de Téhéran. Le général Mohsen Fakhrizadeh était un physicien qui avait la responsabilité du programme nucléaire iranien. Son objectif était de concevoir et réaliser une ogive nucléaire au début des années 2000. À l'époque, les autorités iraniennes avaient accusé Israël d'être à l'origine de cet assassinat. Le 30 avril 2018, le Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahou avait dénoncé Mohsen Fakhrizadeh comme le cerveau du programme nucléaire iranien.

Plus généralement, la justice aurait établi qu'Alireza Akbari aurait fourni des renseignements sur 178 personnalités iraniennes au gouvernement britannique par l'intermédiaire d'une société écran en relation avec des centres de recherche à Londres. Il aurait été aussi convaincu de corruption et aurait reçu 2 millions de dollars dans plusieurs devises étrangères. Au-delà de l'erreur judiciaire possible sinon probable (je ne sais pas s'il était coupable ou pas de ce qu'on l'accusait ; il aurait seulement reconnu qu'un agent britannique lui aurait demandé des renseignements), la condamnation à mort et l'exécution (même pour un coupable !) relèvent de la barbarie et de la violation du droit élémentaire à la vie, d'autant plus lorsqu'il s'agit aussi d'un ressortissant d'un pays étranger.



De plus, cette exécution a eu lieu dans un contexte particulièrement troublé pour le régime iranien qui est aux abois. En effet, depuis le mois de septembre et la mort de Masha Amini, tuée sous les coups de la police des mœurs pour n'avoir pas porté de voile, les rues de Téhéran et d'autres grandes villes de l'Iran sont régulièrement occupées par des manifestants pour protester contre la dictature des mollahs. Ces nombreuses manifestations auraient déjà entraîné la mort d'au moins 510 personnes. Si le procureur général de l'Iran Mohammad Jafar Montazeri a aboli la police des mœurs le 4 décembre 2022, il a néanmoins multiplié les condamnations à mort et les exécutions de manifestants. Le premier manifestant exécuté fut Mohsen Shekari le 8 décembre 2022. D'autres ont suivi. Encore récemment, le 7 janvier 2023, Mohammad Mahdi Karami (22 ans) et Seyed Mohammad Hosseini (39 ans) ont été exécutés par pendaison. Le 17 décembre 2022, l'actrice très populaire Taraneh Alidousti a été arrêtée pour son soutien aux manifestantes qui n'ont plus peur du régime iranien (c'est cela, la nouveauté).

Profondément touché par cette nouvelle violation des droits de l'homme, le peuple britannique a été particulièrement ému de l'exécution d'Alireza Akbari. Lors de l'annonce de sa condamnation à mort, le Ministère britannique des Affaires étrangères pensait qu'il s'agissait d'une justice diplomatique dont le but était de négocier la vie de ce ressortissant britannique. James Cleverly (le Ministre britannique des Affaires étrangères) a annoncé le jour de l'annonce de l'exécution que le Royaume-Uni allait prendre des sanctions à l'encontre du procureur général Mohammad Jafar Montazeri : « Le procureur général est au cœur de l'utilisation barbare de la peine de mort en Iran à des fins politiques. Le sanctionner aujourd'hui souligne notre dégoût face à l'exécution d'Alireza Akbari et notre engagement à tenir le régime pour responsable de ses épouvantables violations des droits de l'homme. (…) Il est important de souligner que notre réponse ne sera pas limitée aux actions que j'ai évoquées aujourd'hui. Je déciderai, après consultations avec les membres du gouvernement, de la marche à suivre. Je ne m'étendrai toutefois pas sur ce sujet maintenant. ». L'ambassadeur du Royaume-Uni en Iran, Simon Shercliff, a été rappelé temporairement par le gouvernement de Rishi Sunak.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 janvier 2023)
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Pour aller plus loin :
Alireza Akbari.
Mehran Karimi Nasseri.
Claude Malhuret contre la mollarchie.
Masha Amini, les femmes iraniennes, leur liberté et Claude Malhuret.
Révolution : du rêve républicain à l’enfer théocratique de Bani Sadr.
L'Iran de Bani Sadr.
De quoi fouetter un Shah (18 février 2009).
N’oubliez pas le Guide (20 février 2009).
Incompréhensions américaines (1) et (2).
Émission de France 3 "L’Iran et l’Occident" (17-18 février 2009).
Session de septembre 2006 à l’ONU : Bush, Ahmadinejad, Chirac.
Dennis Ross et les Iraniens.
Un émissaire français à Téhéran.
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Des opposants exécutés par pendaison en Iran.
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