Iran - Arabie Sťoudite, vers un conflit direct ?

par Christophe Bugeau
mercredi 6 janvier 2016

L’exécution du Cheik Chiite Nimr Baqer Al-Nimr par les autorités Séoudiennes pour avoir de facto dirigé la révolte chiite dans le pays durant le printemps arabe a entraîné un fort émoi dans les pays chiites du golfe persique notamment en Iran où l’ambassade séoudienne a été brulée par des émeutiers. Jusqu’où la situation peut-elle dégénérer ?

Rappelons que les autorités d’Arabie Séoudite auraient pu faire preuve d’un peu de discernement et éviter d’exécuter un opposant politique (ce serait fort mal vu de la Russie ou de la Chine, mais les séoudiens peuvent se permettre beaucoup de choses…). Néanmoins, la réaction iranienne a été forte : l’incendie de l’ambassade séoudienne à Téhéran n’a pu se faire qu’avec l’aval du gouvernement (la police n’est intervenue qu’après) et l’Ayatollah Khamenei, guide de la Révolution et donc véritable dirigeant de la République Iranienne a clairement menacé les Séouds d’une punition divine !

Dans les 2 cas, les choses vont trop loin et s’inscrivent dans une logique de montée des tensions qui dure depuis plusieurs années. Les chiites d’Arabie (2 millions de personnes dans le El-Hasa la partie proche du golfe sur les 18 millions d’habitants du pays, plus 12 millions d’étrangers) se sentent des sujets de seconde zone et sont même menacés par Al-Quaïda. D’où les prises de position très dures du Cheik qui vient d’être exécuté.

L’Arabie se sent menacée : l’Iran soutient la révolte des houtis chiites au Yémen, alors que l’Arabie et ses alliés essaient d’intervenir pour mater la révolte. Les Chiites sont désormais au pouvoir en Irak où ils sont majoritaires et pour combler le tout, les américains alliés traditionnels de l’Arabie semblent s’éloigner pour se rapprocher de Téhéran ! Les Séouds deviennent donc très nerveux et le reste de la Région aussi.

Car le régime ne tient sur rien : tout le monde bénéficie d’une rente pour assurer la paix sociale, alors que les réformes politiques et économiques se laissent attendre, d’où les décisions de l’Arabie : intervenir en Syrie pour faire tomber El-Assad mais surtout par le biais de Salafistes qui lui sont proches (et au tout début aide à l’Etat Islamique), mais aussi déclenchement d’une baisse de prix du pétrole en surproduisant afin de faire couler les producteurs de pétrole de Schiste américains (ceci afin de rendre à nouveau les Etats-Unis dépendant de l’Arabie et donc plus protecteurs).

Les tensions sont donc en train de monter dans toute la région entre Chiites et Sunnites et donc entre Iran et Arabie Séoudite : les seconds viennent de décider de fermer leur ambassade à Téhéran. D’autres pays arabes font de même. Le risque est réel d’un nouveau conflit dans le golfe qui ne pourrait que bénéficier à l’Etat islamique et risquerait d’entrainer une perturbation des approvisionnements pétroliers.

D’où la volonté de médiation des américains et des russes : personne n’a intérêt à un tel conflit, ce qui ne signifie pas qu’il n’aura pas lieu, car le problème de fond reste le même : l’Iran Chiite et l’Arabie Wahhabite sont deux théocraties sur lesquelles personne n’a vraiment prise. Le jeu reste ouvert en espérant que les grandes puissances soient encore en capacité de siffler la fin de partie.     


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