Karadzic le caméléon : poète, psychiatre nationaliste et gourou

par Diane Saint-Réquier
mardi 2 mars 2010

Radovan Karadzic, ancien leader des Serbes de Bosnie, présentait ce lundi sa défense au tribunal pénal international de La Haye. Face aux 11 charges auxquelles il doit répondre (génocides, enlèvements, meurtres, non respect de traités de guerre, nettoyages ethniques), l’homme se tient seul, n’exprimant ni culpabilité ni remords. Après des années de cavale, puis de boycott du procès, l’heure est enfin venue pour le bras droit de Milosevic d’être confronté à ses juges.

Poète médiocre

Karadzic, dont le nom restera certainement associé aux massacres perpétrés en Bosnie dans les années 90 est aussi un homme à multiples facettes. Né dans le Monténégro de l’après guerre, il arrive à Sarajevo l’année de ses quinze ans, et y suit des études de médecine. Pendant cette période estudiantine, il s’essaie aussi à la poésie, un domaine où il reste, selon les dires de ses proches de l’époque « médiocre ». Ses réceptions attirent les intellectuels qui mangent et y boivent. Mais l’élite de la capitale tend à le rejeter, voire même à se moquer de ses talents limités et de sa paresse. Des débuts qui ne sont pas sans rappeler l’incursion ratée d’Hitler dans le monde de la peinture.

Velléités d’élite

Dès la fin des années 60, l’idéologie nationaliste serbe fait son chemin dans l’esprit de Karadzic. Il continue néanmoins ses études de médecine psychiatrique, en Bosnie, puis aux Etats-Unis. Fortement attaché à son pays, il y retourne après son passage aux USA, pour travailler dans une clinique psychiatrique de Sarajevo. L’un de ses collègues d’alors confirme que ses velléités d’amitiés littéraires sont toujours omniprésentes. il flatte les poètes et écrivains, mais ne parvient toujours pas à être pris au sérieux.

Republika Srpska

Et quoi de mieux pour forcer le respect que la politique ? Gorgé de ses idéaux nationalistes, il fonde en 1990 le parti démocratique serbe (SDS). Un timing qui tombe à pic, puisque l’année suivante voit éclater la Yougoslavie. De ce morcellement renaissent les vielles rancœurs territoriales, historiques, ethniques et religieuses de la région. Au milieu de cette « poudrière » des Balkans, les serbes tirent vite leur épingle du jeu, et autoproclament la République Serbe de Bosnie, avec Karadzic aux commandes. Ambitieux et expansionnistes, les serbes veulent une région bien à eux, et rien qu’à eux. Un raisonnement qui mène au nettoyage ethnique le plus grave depuis la seconde guerre mondiale, et qui vise cette fois les musulmans et croates.

Dragan Dabic

A la fin de la guerre, les institutions internationales enquêtent sur les exactions commises, et des pistes mènent rapidement à Slobodan Milosevic (mort d’une crise cardiaque avant la fin de son procès), Ratko Mladic (toujours en fuite), et au fameux Radovan Karadzic. Ce dernier échappe pendant des années au mandat d’arrêt international en se réinventant, une fois de plus. Cette fois c’est la tunique et la longue barbe des gourous new-age que revêt Karadzic, qui change aussi de nom pour faire bonne mesure. Dragan Dabic, comme il se alors appeler, pratique les médecines alternatives, jusqu’à 2008 où il est arrêté.

Quand on contemple la vie de cet homme, on ne peut s’empêcher d’être surpris. Il semble en effet qu’il n’a pas eu une seule existence, comme le commun des mortels, mais plusieurs, chacune très différente de l’autre. Et cette capacité à « se réinventer », son collègue de la clinique psychiatrique de Sarajevo l’avait remarquée dès la fin des années 1970. Alors que s’ouvre enfin un procès qui devrait durer deux ans et qui a réunit plus d’un million de pages de documents, on assiste à une énième renaissance de Karadzic : cette fois en homme de droit, qui aurait agi pour la défense de son peuple, une cause « juste et sacrée ».


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