L’impasse arménienne
par William Kergroach
vendredi 30 août 2019
L'Arménie est dans une situation inextricable. Depuis le génocide de 1915, toute trace des Arméniens a été effacée en Turquie ; Staline a savamment organisé le noeud gordien ethnique dans la région. Les minorités ethniques bouillonnent dans chaque vallée. Le pays est enclavé, sans ressources énergétiques, à la merci de ses voisins. L'économie et la politique étant livrées aux mafieux qui tiennent le pays depuis la fin de l'URSS, la seule opportunité reste l'exil. Un tiers de la population vit à l'étranger.
Tout le monde est passé par la région caucasienne où s'est formée l'Arménie historique. Aujourd'hui, après bien des épreuves, le pays est réduit à une minuscule enclave montagneuse au climat rude, sans débouché maritime. La moitié des Arméniens vivent en dehors des terres ottomanes de leurs ancêtres, Erevan est leur dernier lien avec l'Arménie. Même réduite, l'Arménie gêne encore. Depuis sa formation, vers le VIe siècle avant Jésus-Christ, tout le monde a cherché à la rayer de la carte. Les Byzantins l'ont combattu. Les Romains, les Arabes puis les Turcs seldjoukides l'ont dominé, comme les Ottomans ou les Perses et, maintenant, les Russes. Chacun a voulu effacer politiquement les Arméniens de l'Histoire. Les Turcs ont voulu carrément les exterminer à partir de la fin du 19e siècle et surtout en 1915.
Aujourd'hui, dans ce qui reste de vallées escarpées, la situation reste compliquée : des Arméniens subsistent sur les territoires azéris (Nagorny-Karabagh) et géorgiens (Djavakhétie) voisins et ils continuent à revendiquer leur autonomie. Cette revendication fâche l'Azerbaïdan et la Géorgie. La Turquie islamiste d'Erdoghan, quant à elle, est moins que jamais disposée à présenter des excuses aux Arméniens pour le génocide qu'elle a commis en 1915. La situation est bloquée, même si le voisin iranien, qui s'est calmé depuis les excès de la révolution islamique de 1979, reste neutre. Pour l'instant, en échange du contrôle économique et politique du pays, Moscou garantit la sécurité des frontières. Le pays, très enclavé, est miné par la corruption.
La vie politique arménienne est chaotique. Le 27 octobre 1999, un commando fait irruption dans l'assemblée nationale et assassine le premier ministre Vazgen Sargsian ainsi que sept autres hommes politiques. Depuis la révolution de velours de mai 2018, où la population était descendue dans la rue pour chasser ces dinosaures politiques, souvent d'anciens cadres communistes de l'ère soviétique, qui s'accrochent, le journaliste Nikol Pachinian a été nommé premier ministre. La tâche de cet homme courageux, qui doit composer avec un parlement largement tenu par des chefs mafieux et Moscou qui tient le pays sous sa botte, est difficile...