L’Iran, Sakineh, BHL et la peine de mort

par Manu Boom
vendredi 5 novembre 2010

Où comment une lutte en apparence noble et généreuse peut se révéler particulièrement contre-productive.

Ce que nous nommons "l’affaire Sakineh" a débuté en France sous l’impulsion de Bernard Henry Levy et de sa revue ’La règle du jeu’ dès le début du mois de Juillet 2010. Elle a ensuite été reprise par tous les grands médias français.
 
Mais qu’en est-il vraiment ?
 
Cette affaire, encore relayée aujourd’hui dans les médias comme étant une affaire barbare de lapidation pour adultère, a en fait connu quelques bouleversements essentiels.
 
Sakineh n’est en somme, ni condamnée pour adultère, ni à la peine de mort par lapidation. Il n’existe ainsi aucun document officiel permettant d’affirmer qu’une peine de mort par lapidation ait été prononcée à l’encontre de Sakineh. Ce qui n’empêche pas le ’Comité International contre la lapidation’ de continuer à tenter de mobiliser l’Opinion pour sauver Sakineh. Bien que dès le 10 Juillet 2010, Bernard Henry Lévy lui même, écrivait déjà dans un article disponible sur le site de ’la règle du jeu’, que, je cite : "Sakineh Mohammadi Ashtiani ne sera pas lapidée. Les autorités iraniennes, face à la mobilisation internationale, ont annoncé qu’elles n’exécuteraient pas la sentence prononcée par les juges."
 
Plusieurs questions sont soulevées par cette affirmation : les autorités iraniennes n’appliqueraient-elles pas la sentence des juges ? La mobilisation internationale suffirait-elle à faire plier la justice d’un pays comme l’Iran ?
 
Ainsi les injonctions de peine de mort par lapidation, constamment reprises par les médias semblent ne pas avoir suffisamment de consistance. Et la confusion semble même maintenue par Bernard Henry Levy, comme on peut le voir ici sur CNN dans cette petite vidéo datée du 19 septembre 2010 :
 
 
Et qu’en est-il du crime commis ?
 
Selon BHL, dans le même article du 10 juillet 2010 : "Son crime, son seul crime, un crime que, par parenthèse, elle nie avoir commis et dont, autre parenthèse, trois des cinq juges ayant eu à se prononcer sur son cas doutent fortement qu’elle l’ait commis, ce crime, donc, qui fait qu’elle risque, à l’heure où j’écris, d’être sauvagement exécutée serait d’avoir eu des relations hors mariage avec un homme plusieurs années après… la mort de son mari !"
 
Il omet une chose importante, c’est que Sakineh avait des relations avec l’homme reconnu coupable de la mort de son mari, ce qui implique potentiellement, une complicité de meurtre, charge d’ailleurs retenue contre elle par la justice iranienne, comme le souligne à juste titre un article du Point disponible ici :
http://www.lepoint.fr/societe/iran-les-comites-de-soutien-a-sakineh-redoutent-son-execution-imminente-02-11-2010-1257396_23.php
 
Ainsi, ce combat à l’allure noble et généreuse se révèle en fait faire partie d’une campagne de désinformation visant l’Iran. Où il n’est pas question de s’insurger contre la peine de mort, ou la lapidation, et tout pays qui la pratique, mais bien de montrer du doigt un ennemi en particulier : l’Iran. 
 
J’invite donc Monsieur Bernard-Henry Lévy à élargir son combat contre la peine de mort par pendaison (voir la photo) pour complicité de meurtre en Iran, à la lutte contre la peine de mort dans le monde entier. Et si il préfère prendre Sakineh comme symbole, plutôt que Mumia Abu Jamal, qui se trouve dans les couloirs de la mort aux Etats-Unis depuis 28 ans, pour un crime où le racisme semble avoir pris le pas sur les conclusions de l’enquête, grand bien lui en fasse. Mais attention, car dans ce cas, il va bien falloir tout de même, à un moment ou un autre, s’attaquer à des pays dits "amis", et non uniquement à l’Iran.
 

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