La fin de la guerre en Ukraine se jouera-t-elle dans le futur « chaudron » de 150 Km autour du Donbass ou dans un triangle de 30Km Kherson ?

par REMY Ronald
vendredi 8 avril 2022

Alors que les généraux français se succédaient dans les médias pour annoncer chaque semaine l’effondrement proche de la défense ukrainienne, le 22 Mars 2022, nous avions démontré de façon détaillée la grande vulnérabilité du dispositif militaire russe tout au bout de son aile Nord, au dessus de Kiev. Causes multiples : isolement géographique le long du Dniepr très boueux dans la moitié Nord (à l’Est de la zone de Tchernobyl) et trop large dans la partie sud vers Kiev. Refus renouvelé de la Biélorussie de couvrir cette aile arrière russe très vulnérable. Arrivée de nombreux renforts ukrainiens équipés en missiles portables Stingers (sol-air) et Javelins (anti char) de l’Ouest via la Pologne. Grande fatigue générale, technique, sanitaire et morale des troupes de Poutine (enfermées plusieurs semaines dans leurs blindés pendant la grande manœuvre avant l’invasion puis… enfermées cinq nouvelles semaines pendant l’invasion, sous une fréquente pluie glaciale et des gels nocturnes). Gaspillage d’essence pour le chauffage dans les véhicules et fin des rations alimentaires prévues pour une campagne militaire bien plus courte. Résultat : effondrement russe dans tout le Nord. Pour le reste, sur presque tous les autres fronts, depuis Kharkov jusqu’à la zone au dessus de Kherson (sauf la région bordant la Crimée et englobant le siège de Mariupol), stagnation puis recul progressif des russes en raison des lourdes pertes en blindés et en… officiers supérieurs (dont six généraux et un amiral seraient fin mars déjà décédés au combat).

 

Au cours des 5 premières semaines de guerre, peu motivés, mal commandés, les tankistes russes n’ont pas fait le poids face aux fantassins ukrainiens déterminés, intelligemment armés, connaissant le terrain, informés par les services d’observation internationaux et tous reliés les uns aux autres par téléphone portable (objet interdit au soldat russe).

28 Mars, confirmation de la justesse de notre analyse militaire du 22 Mars  : Moscou annonce une « future concentration » de ses actions dans l’unique zone du Donbass.

29 Mars, ultime assaut russe sur la banlieue Est de Kiev.

30 Mars, contre attaque ukrainienne sur les arrières de cette colonne « kamikaze » russe (explication plausible : ces blindés n’auraient pas eu assez d’essence pour se replier vers l’Est, mais juste assez pour foncer une dernière fois vers Kiev. Ils auraient eu comme but de faire diversion, d’attirer l’attention sur eux pendant les préparatifs de retrait des deux corps d’armée russes).

31 Mars isolement de la tête de cette colonne sacrifiée.

1er avril, effondrement et rapide retraite du corps d’armée russe à l’Est de Kiev.

2 Avril, retraite de l’autre corps d’armée russe au Nord-Ouest de Kiev.

3 Avril, début de découverte des terribles exactions à Bucha et ailleurs sur les civils (par les soldats réguliers russes, par les mercenaires Wagner ou par les renforts tchétchènes du sanglant dictateur Ramzan Kadyrov ulcéré par ses propres pertes ? L’enquête, devenue maintenant internationale, le dira).

 

Dans le précédent article, afin de prendre une nouvelle fois en défaut Vladimir Poutine, nous avions estimé indispensable qu’un grand nombre de prisonniers russes soient présentés aux médias internationaux et interviewés. Notamment pour démontrer que ceux-ci avaient bien été manipulés, qu’ils ne savaient absolument pas qu’après leur très longues semaines de manœuvre, ils partaient directement pour une vraie guerre en Ukraine. Pour démontrer aussi l’usage illégal d’une partie des soldats du contingent, car ceux-ci ne peuvent être utilisés à l’étranger sans vote préalable et explicite de la Douma (Parlement Russe). Pour prouver aussi que Vladimir Poutine nie systématiquement la quantité élevée de ses pertes via l’usage de mercenaires et de camions crématoires accompagnant ses régiments.

 

Mais comme le corps d’armée russe d’extrême Nord s’est extirpé à temps de la zone piège à l’Ouest du Dniepr (avec assentiment négocié ukrainien semble-t-il), une chance de récupérer une masse notable de prisonniers russes existe-t-elle encore ? Au vu de la surprenante restructuration « amiable » du front (étrangement concédée par les négociateurs ukrainiens), la logique incite à répondre que non.

 

Un massif assaut médiatiquement annoncé par Moscou sur la région du Donbass est actuellement en gestation. Poutine ne veut surtout pas d’un deuxième échec. Il veut une victoire militaire claire et nette. Une belle victoire aux conséquences à la fois diplomatiques et « domestiques », avec comme récompense la conquête des autres territoires (encore ukrainiens) du Donbass. Son État-major, qui l’a grandement déçu pendant 5 semaines, doit impérativement se rattraper lors de cette grande et féroce bataille en préparation.

 

Dans combien de jours ou de mois aura lieu ce vaste assaut en mâchoire ? Nul ne le sait (sauf peut-être les réseaux secrets de l’américain Joe Biden). Autant de jours ou de mois de bombardement aveugles sur Kharkov et les autres villes ukrainiennes martyrisées, comme cela avait été fait pendant huit ans depuis le Donbass occupé (huit années de saccage impuni sous le nez des observateurs impuissants et muselés de l’OSCE !). Une perspective de durée objectivement inacceptable militairement et économiquement pour la faible Ukraine.

 

Cette concentration d’attention des généraux russes sur l’organisation du futur « grand chaudron infernal médiatisé » autour du Donbass (exigence de Vladimir Poutine), peut indirectement et paradoxalement servir… Cette polarisation sectorielle imposée à toute l’armée russe pourrait permettre une action plus ou moins discrète sur un autre théâtre d’opération estimé accessoire voire sans intérêt : 

 

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Le corps de blindés russes imprudemment aventuré au Nord de Kherson, de facto très mal ravitaillé, se trouve lui aussi dangereusement isolé au Sud-Ouest du Dniepr. Envisager cette opération sectorielle sera paradoxalement beaucoup plus difficile que celle deux fois plus longue dans le vaste Nord de Kiev (qui bénéficiait, lors du projet d’encerclement, d’une précieuse protection forestière) : Terrain découvert. Deux axes de pénétration divergents au lieu d’un seul, le tout aboutissant à un triangle isocèle de 30 Km2 facilement analysable par drone et satellite. Contre attaque russe possible par le Sud via le bastion de Kherson. Par conséquent une entreprise n’ayant rien à voir avec la guérilla sous protection végétale au Nord de Kiev, mais relevant plutôt d’une folle action périlleuse essentiellement nocturne effectuées par des… taupes humaines ! Heureusement, une fois l’action lancée (et donc découverte), les canons et les missiles tirant sur la zone de Donbass n’auront pas un pouvoir de dédoublement sur cette zone éloignée au Sud-Ouest du Dniepr. Avant d’évaluer les possibilités de pénétrations en territoire ennemi, n’oublions pas que les 10.000 blindés de Poutine (ou les 7.000 qui lui restent) sont plus ou moins dispersés sur 700 Km en linéaire. En fait, ils sont dispersés sur plus de 2.000 Km en zigzag. Soit 3 à 10 véhicules par Km suivant la densité militaire estimée nécessaire s’ils étaient simplement alignés (alignement bien sûr aberrant).

 

La menace aérienne devra être impérativement contrée par une solide défense sol air que des « taxis ukraino-polonais de la Marne  » (avec des pick-up impérativement discrets) pré-positionneront avant les marches d’infiltration. L’éventuel usage d’une poignée de véhicules déjà confisqués aux russes, (pour une exceptionnelle infiltration sectorielle puis exploitation) sera-t-elle nécessaire et possible ? (Comme lors de la contre attaque israélienne pendant la guerre du Kippour mi octobre 1973  ?). Probablement pas. à la rigueur, un bond en provenance du Nord du Dniepr, en fin d’opération, pour une brutale précipitation du désordre.

 

Une fois réalisé de manière nocturne, ce triangle isocèle de 30 Km de côté constitué d’environ deux à trois cents trous de taupes humaines (« à la vietnamienne », en profondeur grâce à une terre molle, remplis de Stingers et de Javelins) obligera ensuite tout le corps d’armée russe à déguerpir de ce nouveau piège. Dans leur futur repli, n’oublions pas que les blindés russes seront encore plus en terrain découvert. Embourbées ou non dans des champs de blé détrempés, ces bruyantes cibles métalliques mouvantes sont bien plus grosses et plus visibles que des fantassins silencieusement et profondément enterrés (« style 13eme RDP avec périscope  » que j’ai assez bien connu). Ensuite, les engins russes rescapés se dirigeront fatalement, à roue ou en chenille, cahin-caha, vers l’unique issue disponible : le futur périlleux passage étroit du très long pont de Nova Kathovka. Avec cette vue dégagée vers ce futur enfer fumant qui sera de facto visible de loin, un grand nombre de soldats russes (officiers compris) choisiront la reddition. Surtout si des tracts et des messages phoniques ou radiophoniques sont prévus à cet effet.

 

Un risque demeure néanmoins :

Qu’un général russe décide de regrouper rapidement toutes les forces disponibles autour de ce long pont de Nova Kathovka avec rapatriement d’une partie de l’artillerie lourde du Donbass. Mais dans une bataille, tout est affaire de pré-positionnement et surtout de timing, allant du trop tôt jusqu’au trop tard. Avec une densité militaire faible et sur un terrain à découvert comme ici, cette notion de temps a encore plus d’importance qu’avec une forte densité d’hommes et de tranchées type Verdun.

 

Pour comprendre l’intérêt de cette action n’aboutissant qu’à un fleuve et n’offrant aucun avantage stratégique, il faut préalablement avoir digéré ce contexte très poutinien où trop de choses sont basées sur le mensonge, la propagande et les exactions impunies (y compris au sein des prisons du Donbass occupé depuis 8 ans !) ; où les crimes de guerre seraient commis selon lui « par des bombes ukrainiennes » ou par « des nazis ukrainiens se faisant passer pour des russes » : un prisonnier russe bavard à Lviv, à Kiev, en Pologne ou à Paris vaut mieux que 10 russes morts sans papier dans une ruelle ou un champs d’Ukraine, accusés d’être… « des morts ukrainiens déguisés » !

 

En résumé, parce que situé dans une zone dégagée vulnérable et sans intérêt notable, les russes ne penseront pas être attaqués à cet endroit. Mais ce triangle au Nord de Kherson (représentant huit à dix heures d’une discrète et lourde marche nocturne) demeure l’unique moyen de faire un grand nombre de prisonniers. Et ce, dans un seul et unique objectif : influer médiatiquement et directement sur l’image de Vladimir Poutine en Russie (seul levier politique efficace pour limiter sa gestion tyrannique solitaire et écourter cette guerre dévastatrice. Peut-être éviterons-nous ainsi la future boucherie en préparation sur l’ensemble du Donbass.

 

 

 

 

 


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