Le démontage de l’euro avance en Finlande

par Laurent Herblay
mercredi 25 novembre 2015

Décidément, l’UE et l’euro ne sont que des châteaux de cartes. Alors que Londres prépare un référendum sur la sortie du machin européen, la Finlande, dont une ministre avait déjà indiqué en 2012 que le pays « ne s’accrochera pas à l’euro à n’importe quel prix  », se pose à nouveau la question.

 
Les raisons des doutes d’Helsinki
 
A priori, il est surprenant que la Finlande se demande s’il ne sera pas plus intéressant d’abandonner l’euro. En effet, voici un petit pays, voisin d’une Russie sensible à son aire d’influence, qui remet en question son appartenance à un club plus peuplé et plus riche que son encombrant voisin. Voilà qui en dit long sur tous les problèmes que pose cette union monétaire contre-nature. Comme l’avait résumé Romaric Godin il y a quelques semaines dans la Tribune, le pays expérimente une vague d’austérité drastique qui a provoqué une grève générale en septembre, la première depuis 1956. En effet, le gouvernement issu des dernières élections a annoncé vouloir baisser de 5% le coût du travail et toute une série de mesures de baisse des prestations sociales dans la lignée des potions de la troïka.
 
Il faut dire que la situation économique du pays est difficile, puisque son PIB a reculé de 0,3% depuis 2010 alors que celui de la zone euro a progressé de 2,9% sur la même période. La production industrielle recule de manière continue depuis deux ans et demi. Le chômage approche les 10% et affiche la plus forte hausse de la zone euro. Les capitaux quittent le pays. En cause : une progression du coût du travail de 8,9% en 5 ans, alors que la productivité a reculé, diminuant fortement la compétitivité du pays, d’autant plus que bien des pays de la zone euro ont pratiqué une dévaluation interne. La nouvelle majorité a proposé de mener la même politique, couplée à une austérité budgétaire. Mais la quatrième année de récession pourrait pousser le pays à remettre en cause sa participation à l’euro.
 
Le piège de la monnaie unique
 
Bien sûr, la situation économique de la Finlande a aussi un rapport avec les échecs de Nokia, ancien leader de la téléphonie mobile, qui est passé à côté de la révolution des téléphones dits intelligents, au point de finir par vendre cette activité à Microsoft. Mais plus profondément, cela démontre une des failles majeures de la monnaie unique, qui impose une même politique monétaire à des pays différents, et qui pousse, comme on pouvait l’anticiper dès les années 1990, à une course mortifère au moins disant social. Avant l’euro, les pays ajustaient leur compétitivité par la valeur de leur monnaie. L’euro a transféré le fardeau de l’ajustement sur les salariés, qui doivent accepter, au mieux, des baisses des prestations sociales, au pire des baisses de salaires, comme en Espagne, ou en Grèce (-22% pour le SMIC).
 
Mais cette course au moins-disant social est une course sans fin. D’abord, il faut garder en mémoire qu’il existe à nos frontières des pays où le salaire minimum dépasse à peine 100 euros par mois, en Afrique du Nord ou en Europe de l’Est. Et pire encore, l’Afrique, et les pays les moins développés d’Asie descendent encore plus bas, au nécessaire. Certes, les pays européens échangent d’abord entre eux, mais l’entrée de l’Europe de l’Est a mis une pression à la baisse sur les salaires, particulièrement bien exploitée par Berlin, qui a aussi tracé une voie mortifère pour les pays dits développés, la baisse du coût du travail, jusqu’à l’horreur sociale des mini-jobs et de l’explosion de la pauvreté dans la croissance d’un modèle qui n’en est pas un pour qui regarde d’un peu plus près à la situation.
 

Mais pour la Finlande, l’ajustement à mener est extrêmement important, après avoir perdu sa locomotive économique. Il est donc bien logique que le pays finisse par se poser la question d’un retour à la monnaie nationale qui lui permettrait de s’ajuster de manière bien moins douloureuse.


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