Le Laos, champ de mines ciel ouvert ?

par arthur
lundi 8 novembre 2010

La première réunion fondatrice des pays signataires de la convention d’Oslo sur l’interdiction des bombes à sous-munitions se déroulera à Vientiane au Laos du 8 au 12 novembre 2012. Ce petit pays enclavé de l’Asie du sud a subi de plein fouet les ravages de la guerre du Vietnam. Pilonné par l’aviation US et affublé du triste record du pays le plus bombardé au monde sans avoir jamais été engagé dans le conflit, prés de 40 ans plus tard, le Laos mène une lutte désespérée pour effacer les pages noires d’une histoire écrite par d’autres. Il n‘est finalement que le triste témoin de la passivité de la communauté internationale.

Durant la guerre du Viet Nam, le Laos était pris en étau entre ses frères communistes chinois et vietnamiens et la Thaïlande à la solde de l’impérialisme américain. L’aviation US était basée dans la ville thaïlandaise d’Udon Thani à 50 km de la frontière laotienne. Les pilotes qui effectuaient chaque jour plusieurs centaines de raids sur le Vietnam avaient pour ordre de ne jamais rentrer à plein pour des raisons de sécurité lors de l’atterrissage après avoir bombardé la piste Ho Chi Minh qui ralliait la Chine en passant par le Laos, pour ravitailler les combattants vietminh. Bien que le Laos n’ait jamais pris part à cette guerre, on estime qu’entre 1965 et 1975 plus de 3 millions de tonnes de bombes à fragmentation ou à sous-munitions, de défoliant et autres agents chimiques ont été lâchées sur la province de Xiengkhouang, c’est à dire plus que sur le Japon et l’Allemagne réunis durant la seconde Guerre Mondiale. Aucun pays n’a été plus bombardé de toute l’histoire de l’humanité. Certaines montagnes du site millénaire de la Plaine des Jarres ont diminué de plus de sept mètres d’altitude sous l’impact des explosions. Souvenons-nous de la phrase tristement célèbre du Commandant des forces américaines au Vietnam qui déclara « comme nous ne trouvons pas le Vietminh dans la forêt, nous raserons la forêt  ». 
 
Bref, l’armée US a enseveli sous les cendres le peuple lao. 
 
35 ans après le retrait des troupes, la situation reste catastrophique. Le Laos recense encore 300 morts par an, dont près d’un par semaine uniquement dans la province de Xiengkhouang. Les plus touchés sont les cultivateurs qui partent chaque matin la peur au ventre de se faire déchiqueter d’un coup de bêche, risquant leur vie pour nourrir leurs familles. Le plus lourd tribut étant payé par les enfants qui, ignorant le danger, jouent avec les petites closter-bombes ressemblant à des ballons. Ces villageois sont souvent à plusieurs heures de piste du 1er dispensaire, incapable de fournir la chirurgie lourde nécessaire pour sauver les victimes
 
Les experts ont estimé que près d’un tiers de ce qui a été largué durant le conflit n’a pas explosé, ce qui représente plus de 1 million de tonnes de bombes. Nous ne parlons même pas de l’impact écologique, sachant que le Laos est composé majoritairement de forêts primaires et abrite encore nombre d’espèces en voix de disparition, telles le tigre et l’éléphant sauvage d’Asie. Chaque année, on découvre encore de nouvelles espèces, dont des cervidés et d’autres mammifères de grande taille. C’est une catastrophe pour la biodiversité.
 
Le sol lao ne contient pas de mines antipersonnel ou de mines antichar puisqu’il n’y a eu officiellement aucune avancée de troupes à l’intérieur des frontières. Le problème vient donc des obus, et des « closter-bombes » ou bombes à sous munitions amorcées mais non-explosées qui font l’effet de mines à fragmentation jonchant le sol. Le travail de dépollution devant se faire manuellement de par la nature escarpée du territoire lao, il est très difficile et dangereux. Les équipes spécialisées sillonnent ainsi chaque arpent de terre au péril de leur vie pour redonner au pays le deuxième souffle qu’il mérite.
 
Le travail de dépollution du Laos se partage entre le programme gouvernemental d’UXO lao très actif sur le terrain, différentes ONG dont principalement Handicap International Belgique, MAG, NPA, FSD…et des entreprises privées de dépollution . Ces organismes gouvernementaux et non gouvernementaux ne se limitent pas à la simple dépollution des zones à risques. Ils font des campagnes de sensibilisation et d’éducation auprès des populations et assurent une mise en place du suivi et de l’assistance aux victimes en coopération avec le Ministère de la Santé. Le bon déroulement du programme nécessite plus de 1000 employés sous la bannière d’UXO et un suivi logistique considérable.
 
Tout cela revient très cher, sachant qu‘un simple détecteur de métaux ne coûte pas moins de 4000$ minimum. Les organismes étant tenus par la gestion de leur budget, ils sont obligés de prioriser certaines régions à hauts risques au détriment d’autres moins peuplées. Les populations locales ne pouvant regarder indéfiniment leurs enfants se faire tuer sous leurs yeux, elles dépolluent elles-mêmes le terrain. Sans la moindre protection, les paysans manipulent et désamorcent ces bombes devenues familières, récupérant le métal de haute qualité qu’ils revendent. Paradoxalement, on peut donc affirmer que la majorité de la dépollution du pays est effectuée par les populations locales et non par les organismes spécialisés.
 
Les fonds permettant l’existence des organismes de dépollution viennent de la communauté internationale mais les pays n’ont pas tous la même définition de la générosité. Parmi les membres de la Communauté Européenne, l’Irlande et les pays scandinaves donnent près de 500 000 euros chaque année, tandis que la France ne semble pas se sentir concernée par cette catastrophe humanitaire. D’un point de vue mondial, les États-Unis donnent 1 million de dollars par an, chiffre conséquent mais ridicule par rapport au 900 milliards de dollars dépensés en pure perte durant la guerre du Viet Nam. Ils semblent plus enclins à sacrifier leurs économies pour donner massivement la mort que pour mettre fin aux atrocités dont-ils sont à eux seuls la cause. 
 
Tous les espoirs d’une prise de conscience collective renaissent avec le déroulement de la 1er réunion des signataires de la conventions d’Oslo qui aura lieu du 8 au 12 novembre 2010 à Vientiane, capitale du Laos dans la continuité de la convention d’Ottawa signée en 1997 sur l’interdiction de l’emploi, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel et sur leur destruction, le traité d’Oslo stipulant pour sa part l’interdiction d’utilisation et de production de bombes à sous munitions et l’obligation de destructions des stocks. Il a été adopté par 107 pays le 30 mai 2008 à Dublin et fut signé le 3 décembre de la même année. Son application est obligatoire pour les pays signataires depuis sa mise en vigueur le 1 aout 2010.
 
Les grandes puissance militaires telles que la Chine, l’Iran et, bien sûr, les États-Unis ont quand à elles refusé les termes mêmes de la convention. Toujours première à prendre les armes pour aller sauver le monde et ses intérêts, l’Amérique brille par son absentéisme de convention en convention, n’ayant signé ni Ottawa ni Oslo. La République Démocratique Populaire du Laos quand à elle, avait été le deuxième pays signataire en la personne de Monsieur Thongloun Sisoulith, Ministre des Affaires Etrangères et c’est bien pourquoi la première réunion aura lieu dans les jours qui viennent à Vientiane. Les différentes délégations y analyseront les moyens de mettre en œuvre la convention et les lignes directrices d’une politique à long terme. Près de 1000 personnes sont attendues, comprenant des délégations des états signataires, les différents organismes de dépollution ainsi que les pays n’ayant pas signé la convention, les experts et les rescapés.
 
Cette convention fait fortement pression sur les états aussi bien signataires que non signataires. En effet les États-Unis seront présent pour annoncer leur programme d’aide, tentant par là de faire oublier qu’en plus d’une responsabilité écrasante, ils refusent de signer la convention. Quant à la France, elle semble depuis peu mettre fin à 15 ans d’absence. Le pays des droits de l’homme aurait-il peur que son titre soit de plus en plus remis en question ?
 
La flamme de l’espoir renaît dans la cœur de tous les villageois du Laos qui attendent beaucoup de cette réunion sur leur sol, espérant que la communauté internationale prendra enfin conscience de la gravité de la situation et mettra tous les moyens en œuvre pour mettre un terme à cette catastrophe humanitaire et écologique dont-ils sont les premières victimes.
 

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