Le silence complice
par Khalifa Chater
lundi 10 juillet 2006
Défendant le règlement de la question palestinienne, en vue de l’établissement d’une paix juste au Moyen-Orient, le professeur Khalifa Chater, analyste des relations internationales, s’inquiète de l’impasse actuelle, confortée par la montée en péril. Il tente d’analyser la signification des événements actuels à Gaza, de la dichotomie entre le discours libéral de l’établishment international et sa paraxis de tolérance de la dérive. Comment remettre les pendules à l’heure et exiger le retour à la négociation ?
"La puissance d’Israël, tout comme sa capacité de dissuasion, n’ont jamais été endommagées par la sous-utilisation de la force, mais par son suremploi. La détermination et la résistance palestinienne croissent toujours lorsque leur situation empire." (Haaretz, jeudi 6 juillet 2006, cité par Le Monde, 08.07.06 , Editorial, « Punition collective »).
Les événements de Gaza jettent le masque et permettent de dégager le bon grain de l’ivraie, dans le discours et dans la praxis... On parle de droits de l’Homme. Mais les actes font valoir leur négation. Dans ce Moyen-Orient, objet des discours éloquents sur la nécessaire bonne gouvernance, on laisse « l’alliée du monde libre » consolider son occupation, exercer un terrorisme d’Etat, pour détruire les infrastructures. Faut-il commenter l’arrestation des ministres et des députés palestiniens, par ce redéploiement des forces, dans les terres ré-occupées ? La tolérance de cette pratique montrerait que l’Establishment international considère le processus électoral comme un simple alibi, dans des argumentaires politiques conjoncturels.
Fallait-il, d’autre part, par cette politique - maladroite du point de vue des partisans de la paix, mais pertinente du point de vue des expansionnistes - pousser le Hamas dans ses derniers retranchements, en vue d’auréoler, par une politique d’escalade, ses dirigeants, consolider ses assises populaires et parvenir ainsi à ajourner machiavéliquement sine die la libération de la Palestine ? L’histoire nous a appris qu’en fin de parcours, tous les expansionnistes ont échoué, tels les partisans de l’élargissement de « l’espace vital », en Europe. Maigre consolation, dans cette histoire néo-coloniale, où l’on enregistre, chaque jour, mort d’hommes.
Unique scénario, pour une sortie de crise et pour mettre fin aux actes de résistance et des aléas de la conjoncture, qui peuvent s’ensuivre, - tel le sort de ce soldat capturé dans ce climat de ressentiment, de désespoir, de fermeture de l’horizon et du verrouillage concentrationnaire -, le retour à la table des négociations et la délégitimation de l’occupation. C’est ainsi qu’on avait appris, dans les livres d’histoire de l’indépendance américaine, de la résistance gaullienne et du processus de décolonisation du monde.
Professeur Khalifa Chater, vice-président de l’AEI.