Le Sud nostalgique

par Rémi Gaggioli
vendredi 18 novembre 2011

La guerre de Sécession, dont on commémore le cent-cinquantième anniversaire de la déclaration cette année, divise encore les Etats-Unis. Certains Sudistes en particulier ne semblent pas avoir encore totalement digéré la défaite. Outre le fait que l’Américain moyen apprécie peu de se retrouver du côté des perdants, la victoire du Nord est vue comme celle d’un Etat fédéral honni.

Habitant de Virginie (État sécessionniste), Mike, père de famille d’une cinquantaine d’années, fait partie de ces nostalgiques regrettant une époque où le pouvoir de « Washington » sur le pays était moins pesant. Issu d’une famille de militaires et lui-même ancien marine, il est membre d’une association un peu particulière, les Sons of Confederate Veterans (les fils des vétérans confédérés).

« Nous sommes une association ouverte à tous les descendants des soldats qui ont servi dans les rangs de l’armée confédérée, explique-il, notre but est d’honorer la mémoire de ceux qui ont combattu pour le Sud. »

Originaire de Louisiane par sa mère, Mike a tout d’abord découvert en faisant des recherches généalogiques que son arrière-arrière-grand-père d’origine française, un certain Félix Roussin, avait pris parti pour le Nord. En creusant un peu, il s’aperçoit ensuite que le frère de Félix, Théodore, a lui combattu au sein de l’armée du Missouri, un État confédéré. La notion de descendance chez les Sons of Confederate Veterans étant assez souple, il est admis dans l’association. L’équivalent nordiste, les Sons of Union Veterans of the Civil War, existe bien, mais Mike ne semble pas avoir envisagé une seconde de le rejoindre.

L’esclavage, un détail de l’histoire ?


Outre l’entretien des cimetières et la mise en place de plaques commémoratives, les SCV disent se battre pour que soient reconnues les valeurs pour lesquelles leurs ancêtres sont morts. Des valeurs parmi lesquelles l’esclavagisme tenait une place minime assure Mike.

« Ils se sont battus pour le droit des Etats à contrôler leur destinée, contre un Etat fédéral trop fort qui les taxait sans qu’ils ne bénéficient de rien », précise-t-il. Très répandu au sud du pays, ce discours « anti-Washington » connait depuis quelques années un regain de popularité, activisme du Tea Party aidant.

Si l’esclavage n’était pas la raison principale du conflit – ce qu’admettent d’ailleurs les historiens – Mike va plus loin, à l’entendre, ce n’était pas un détail de l’histoire mais presque.

« Certains maîtres étaient certainement cruels, mais dans la plupart des cas, les esclaves étaient bien traités, probablement mieux que les ouvriers dans les usines du Nord, parce qu’en tant que main d’œuvre ils valaient cher, affirme-t-il, et ici, au Sud, il y avait moins de ségrégation, Noirs et Blancs habitaient ensemble, allaient à l’église ensemble, et quand les esclaves étaient trop vieux pour travailler, leurs maîtres continuaient à les loger et les nourrir gratuitement. »

Affirmant s’opposer à une vision trop manichéenne du conflit, Mike milite pour une réhabilitation des soldats confédérés, trop souvent pointés du doigt selon lui.

« Ce qu’on enseigne trop souvent dans les écoles, c’est la version du vainqueur. On nous dit qu’il y avait d’un côté les bons anti-esclavagistes et de l’autre les méchants esclavagistes, on nous compare même à des nazis, notre image est vraiment négative dans les médias. »

Le drapeau de la discorde

Le drapeau confédéré au centre du logo des SCV

Une image négative qui selon Mike serait en partie due au Ku Klux Klan. « Dans les années 1960, ils se sont appropriés le drapeau confédéré qui figure aussi sur notre logo, déplore-t-il, mais nous n’avons rien à voir avec eux. »

Régulières, les controverses autour des Sons of Confederate Veterans ont récemment tourné autour de… plaques d’immatriculation. La personnalisation des licence plates étant très prisées des automobilistes américains, l’association propose des plaques ornées de son logo. Celui-ci étant donc un drapeau confédéré, les SCV font face dans chaque Etat à une levée de boucliers orchestrée entre autres par la très influente NAACP (National Association for the Advencement of Colored People, principale organisation de droits civiques). Le mois dernier au Texas, face au tollé suscité, le Department of Motor Vehicles a finalement interdit les plaques de la discorde. Candidat à l’investiture républicaine pour les prochaines élections présidentielles, le gouverneur Rick Perry avait lui-même pris position contre – il est vrai qu’il devait redorer son blason après la polémique sur son ranch anciennement nommé « Niggerhead ». Interdites au Texas, ces plaques sont, malgré les polémiques, disponibles dans de nombreux autres Etats.

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